Partagez | 
 

 T.O.S [Réservé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: T.O.S [Réservé]   Lun 10 Avr - 1:13

Armadillio se réveilla brusquement. Il cligna un peu des yeux avant de reprendre pleinement possession de ses moyens. le couloir de l’avion, éclairé par une violente lumière jaune, se faisant de plus en plus nette, le coyote jeta un oeil sur son portable : Deux heure du matin. En d’autre terme, l’appareil arriverai bientôt à destination. Il souleva le petit panneau cachant le hublot, espérant apercevoir d’Empire City autre chose que l’obscurité et les incalculables galaxie formés par ses lumières. Peine perdue, la brume et l’obscurité s’étaient chargé de les voiler de ténèbres.
Il détourna le regard pour, machinalement, déverrouiller son portable et faire défiler les messages envoyé récemment par son associé, Pigeon-Voyageur premier du nom.

Afin de faciliter l’anonymat de ses partenaires dans le domaine des affaires, Armadillio avait décidé de les lister sous cette appellation. De cette manière, il ne pouvait connaître leur vrai nom. Eux-même ne le connaissait que sous son pseudonyme - Kwarno Soletine.


La discussion s’arrêtait là. Impossible dès lors de recontacter PV1, et le coyote craignait le pire. La planque, ou plutôt la cabane au fond du jardin était un lieu isolé, à l’écart du terrain d’action qu’il avait pris en charge, une poignée de localité au sud-ouest, très éloigné du tissu urbain de Empire City. Ce qui avait été sans doute de la campagne il fut un temps. Mais, à la suite des réformes de l’agriculture, suite à la fermeture de plusieurs grandes usines, il y a une dizaine d’année, il ne poussait plus, dans cet endroit désolé, que chômage et criminalité. Aux fières villes-champignons s’était substitué des villes-fantômes, et aux champs de blés, les terres rances des vaches maigres. Dès l'atterrissage, le contraste était surprenant. Pas d’aéroport à l’exception d’une cabine de métal et de plexiglas, ouverte à tous les vents et recouverte de tags au marqueur. Un vieux pilote au regard sombre descendait, avec l’aide de l’hôtesse et d’un employé, les valises, balancé à même le bitume sur la remorque d’une camionnette sans chauffeur. Elle était loin, Empire City la puissante et son aéroport gigantesque, Empire City et ses lumineux bâtiments témoins d’un flux ininterrompu de citoyen - Loin, l’Empire City présente dans tous les esprits comme mégapole humaine, si ce n’est comme Ville-monde. Le coyote respira l’air vicié de la piste avant de remettre son sac à dos sur les épaules. Traversant le tarmac cerné de parpaing en béton, il fit passer son faux passeport devant l’employé de douane, qui approuva d’un signe de tête sans même daigner le lire. Armadillio remit le coûteux faux dans sa poche de veste avec une pointe d’amertume, et se lança tout droit à l’assaut de l’obscurité, accueilli par la silhouette sombres des arbres sur le bords de la route.

Après avoir traversé un parking éclairé par la lumière orangée des lampadaires fonctionnant toujours, il passa sur un autre sentier, selon un parcours bien défini, s’enfonçant dans l’obscurité d’une forêt de long arbres aux branches décharnées, au racines de plus en plus visible. Il connaissait la route - et s’il devait reconnaître qu’il était plus plaisant de la traverser de jour, il y marchait armé de son pistolet, sans appréhension : Il avait trop à penser. Oui, un terrain parfait pour lui. Peu de présence des forces de l’ordre. Une clientèle toujours plus féconde, des gangs. Un terrain parfait pour les armes. PV1 était l’un de ses associés les plus dynamique. Le Grand Sud-Ouest était le poumon de ses économies : Qu’un problème survienne et les vrais ennuis allaient commencer. Il était perplexe : Il croyait jusque là que PV1 était quasiment intouchable, du fait du quadrillage serrée d’alliance effectuée avec différents chefs de gang rivaux. PV1 était particulièrement bon dans ce domaine, très en avance, prompt à connaître les têtes qui façonneraient l’ordre de demain. Il était comme la chute d’eau irriguant de ses bons offices tous et toutes. Impossible qu’une de ses personnes ait commandité son assassinat, ou son enlèvement.

Il ne croyait pas non plus à la thèse du GUN : Dans l’affolement PV1 s’était sans doute trompé. Qu’est-ce que les troupes du gouvernement viendraient faire ici ? Faire régner l’ordre ? Allons, un peu de sérieux. La police du coin, pour raréfié qu’elle était, était tellement corrompu qu’elle vivait en totale harmonie avec les gangs. Ce qui avait d’ailleurs encore accéléré l’exode rurale. Le coyote le savait, tout le monde le savait, il existait sur Mobius des territoires oubliés, mis à part, pauvre, et finalement vidé. Les gens allaient vers les grandes villes, pour aller s’entasser en périphérie de celles-ci en des lieux comme Wretched, comme Westopolis, comme les souris attirés par l’odeur du fromage. C’était Normal. L’Ordre normal des choses, qui permettait à Armadillio et à ses associés de vivre. Car le Monde était bien fait.

Il marchait depuis déjà une dizaine de minute lorsqu’il entendit un bruissement dans l’herbe et un craquement parmi les branches. Il cligna des yeux pour distinguer le dos d’un petit sanglier de marais. Marais qui se faisait de plus en plus proches jusqu’à ce que son odeur, pestilentielle, remplisse tout l’espace du bourdonnement des moustiques et d’une humidité froide. Le coyote évita précautionneusement les barrières en bois posé là par sécurité, et éloigna un rideau de plante grimpante flasques pour revenir sur une route bitumé. Il continua dessus pendant encore un petit quart d’heure, transpirant, les bruits de des Culicidae toujours intense, les oreilles fermé et glissé dans sa veste, dont il avait refermé la capuche afin d’éviter toute piqûres.

Traversant encore une barrière d’arbre, il avait enfin en visuel ce qu’il recherchait : Les silhouettes carré des fermes placés en avant-poste d’un petit village accueillant les marcheurs à leur sortie de la forêt. Et au milieu de dizaine de fenêtre aveugle, condamné par des planche, la dévantures faiblement illuminé d’une boîte de Location de Véhicule : Blindalley père et fils.

Posant le pied sur le pas de l’entrée, il vit à l’intérieur le renard à la réception se lever pour venir lui ouvrir la porte doublé d’une moustiquaire.

- Bonsoir !

- Bonsoir, Monsieur… “Tolestine” c’est ça ?

- Oui, oui, dit le coyote en souriant.

Il serra la main du renard. Jackson Blindalley, le fils. Depuis un bout de temps il tenait l’entreprise seule.

- Un peu frais pour la saison, dit Jackson. Vous permettez ?

Il enjamba un pneu posé par terre pour aller refermer la porte à clé.

- Je préfère qu’on ressorte par le garage, dit le renard en prenant sur son bureau un contrat de location pour la donner au coyote.

Armadillio se frotta les yeux, plaqua la feuille contre le mur et commença à la remplir avec le stylo que lui passait Jackson.

- Comme la dernière fois, une pas cher ? Basique mais pratique ?

- La Twinklejet, oui.

Le contrat rempli, le coyote le signa et la tendis au locataire, qui pris la peine, par professionnalisme, de lui redemander les papiers dont il avait déjà pris une copie la dernière fois. Une fois ces formalités remplies, il l’accompagna jusqu’à un garage à l’arrière, exhalant une odeur d’essence fatiguée. Ne lançant même pas un regard vers la vieille décapotable sur-décorée sur sa gauche, Jackson sortit de sa poche la clé pour ouvrir la porte côté conducteur.

- Oh… dit-il avec déception.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- La banquette arrière est un peu sale - ça ne vous pose pas de problème ? Je vais faire un constat…

Le coyote se pencha par la portière pour y voir des coussins à la couleur écarlate, dans la quasi-pénombre qu’offrait le garage.

- Non… Je m’en sers jamais de toute façon, dit-il en levant les sourcils.

Il pris place sur le siège du conducteur après que Jackson se soit écarté et lui ait passé la clé de contact. Le renard lui donna un double des documents de la voiture, que le coyote glissa dans la portière. il remarqua alors que le pare-brise était aussi rendu à l’état sauvage. On voyait tout juste au travers.

- Tout est bon, dit le renard. Et bien, n’oubliez pas de la ramener avec le plein, et, comme on dit toujours, bonne route !

Le renard ouvrit la grande porte métallique en la faisant coulisser. Non sans effort. Il dû s’y reprendre à plusieurs fois avant de réussir à l’ouvrir de moitié. Arrivé à ce stade, la porte bloquait toujours, immanquablement. Le coyote avait l’habitude, et avait déjà commencé des manoeuvres compliqué pour contourner l’autre voiture et finalement sortir, en adressant un signe de main à Jackson, qui suait déjà à grosse goutte pour refermer cette damnée porte.
Le coyote alluma les phares. La Twinklejet, capricieuse, démarra lentement, telle une bête fatiguée, permettant à Armadillio de continuer sa traversée nocturne dans des conditions plus décentes - du moins si la décence pouvait faire abstraction d’un peu de sang séchée sur la banquette arrière.


Dernière édition par Armadillio Finstev le Lun 10 Avr - 1:32, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Lun 10 Avr - 1:29

Le coyote roulait depuis maintenant une bonne heure. La voiture passa devant une ancien accumulateur électrique. Il lui sembla voir, l’instant d’un éclair de phare, une ombre disparaître derrière l’un de ses murs. Sans doute des squatteurs, un vers dans la pomme dirait un esprit carré - Mais quel problème lorsque le pommier s’effondre ? Ce qu’il restait d’industrie dans la région avait essaimé des palissades, des barrières au barbelés rouillés, des carcasses de voiture. La Twinklejet dans lequel il était actuellement assis avait sans doute été fabriqué ici. Mais plus rien ne naissait dans ces environs, et la forêt, lourde, oppressante, avait poussé en harmonie avec les déchets laissé par l’industrie. Le coyote freina et se plaça sur le bas-côté, à quelques centaine de mètre d’un passage au-dessous d’une voie de chemin de fer. Si ces souvenirs étaient bon, il devrait tourner à gauche de la voie, juste avant le tunnel, ce qui l’obligerait à couper la route d’une voiture venant en sens inverse. Manoeuvre presque impossible à faire de jour à cause des transporteurs lourds utilisant cette route comme une voie d’accès vers le grand sud du continent. Il y avait bien moyen de prendre un rond-point mais celui-ci se trouvait dans une ville à des centaines de kilomètres.

Enfin, cela importait peu à 3 heures du matin : Les routes étant vide de vie, il pouvait rouler en sens inverse sans jamais percuter qu’un chaouï, à la rigueur un ours des marais. Il se souvenait que PV1 lui avait un jour fièrement montrer un bout de peau écailleux et vert tout écrasé et portant des traces de pneu. Il jeta un regard aux alentours. Tout dans le Sud-Ouest semblait tassé au fond de l’obscurité, le dos au mur, près à bondir de son trou pour peu qu’on s’approche trop. Aucun autre mot n’aurait pu le définir, si ce n’est l’Hostilité. Armadillio y songea quelques instants. PV1 aurait-il pu baisser sa garde, un jour, une nuit, pour être happé par un des dangers de son environnement ? Non, répondit-il pour lui-même avec une impression désagréable. Ce n’était sans doute pas un ours brun qui l’avait ainsi traqué.

Il avait déjà passé en revue tout ce qu’il connaissait. Ni le GUN, ni les gangs, ni aucun ennemi personnel à sa connaissance. Ne restait plus que deux possibilité : La Trahison ou le Mensonge. Soit son premier Pigeon-Voyageur avait décidé de voler de ses propres ailes en faisant croire à sa propre disparition, soit les messages n’avaient pas été envoyé par la bonne personne. Dans les deux cas, encore une fois, la probabilité était à ses yeux extrêmement faible. Il se surprit à y songer - à croire qu’il lui répugnait d’aller plus loin dans ses terres en friche. Son coeur se mit à battre plus fort : et si son associé avait réussi à parvenir jusqu’à la “planque au fond du jardin”, mais qu’il gisait là, trop blessé pour envoyer un quelconque message ? Ni une ni deux, il fit tourner la clé de contact pour enclencher à nouveau le moteur…

Qui s’arrêta immédiatement. Panne sèche.

Le coyote ré-essaya de le faire démarrer, à plusieurs reprise. Avant de pousser un juron : Ce qu’il avait pris pour la flèche sur l’indicateur de carburant n’était qu’une félure sur le verre du tableau de bord. En l’essuyant vigoureusement avec la manche, il vit que la flèche pointait sur zéro. Ce qui était d’autant plus étonnant car le dernier client était censé avoir fait le plein avant de la ramener chez Blindalley. Il frappa le volant avec un juron et sortit de la voiture. Comme pour lui répliquer, c’est ce moment que choisit la batterie pour lâcher à son tour. Les phares s’éteignirent pour refuser de se rallumer. Le coyote se plaindrait.

Dehors, le calme plat : Sans doute personne pour le remorquer, et la zone était dépourvu d'assistance pour ce genre de cas. Il n’allait de toute façon pas attendre qu’un très hypothétique chauffeur puisse l’aider : Il y avait, peut-être, sans doute, sûrement, une urgence. Il tira le frein à main et commença à pousser la voiture, beaucoup trop lourde. Sur la voie utilisé par les camions se trouvait une station service. Il avançait le plus vite que possible, et dans la moiteur de l’atmosphère, commença à suer à grosse gouttes. Si pousser ce damné tas de ferraille jusqu’à une pompe le viderait de toute son eau, il espérait au moins que la station, elle, n’était pas à sec.

Les pneus crissaient dans l’obscurité.

***

Le coyote s’épongea le front avec son t-shirt, éclairé par une nuit de plus en plus claire. Assis sur la place conducteur, les pieds dehors. Il bu ce qu’il restait de sa bouteille d’eau avant de la glisser vide dans son sac à dos. Deux vieux individu le regardait depuis l’intérieur de la station service. Il leur rendit leur regard en levant la tête. Un écureuil au teint pâle et au museau ridé portant le costume de la station, à côté d’un homme au tempes grisonnantes, la tête chauve, la barbe taillé en bouc vêtu plus simplement d’une chemise à carreaux. L’écureuil dit quelque chose à l’homme et sortit par la porte.

- Bonsoir. Le plein ?

Le coyote le regarda avec étonnement. Avant de se souvenir que c’était une pratique courante dans le temps - comme un groom chargé de faire monter et descendre l’ascenseur à votre place, la pompe à essence était à l’origine un travail à lui tout seul, ce qui était le plus banal relevait du plus cérémonieux.

- Oui, merci beaucoup.

- Pas de quoi, il faut bien que je prouve à Pat’ que je peux encore lui servir à quelque chose.

- Comme si j’avais le choix de te garder, vieux machin, dit par la fenêtre l’homme qui avait très bien entendu.

Armadillio se gratta la tête et entra dans la station. Pour marcher sur un antique linoléum, qui avait connu des jours meilleurs, et sentir à plein nez une odeur d’huile de vidange. Il y avait bien des étagères blanches posé contre les murs : Mais sur leur plateaux jaunâtre, peu de chose encore bonne. Des boîtes de haricots rouge en conserve - encore consommable il y a trois ans. Un vrombissement résonna dans ses oreilles. Il n’y fit guère attention.

- Faut pas se fier à la date, les haricots ça se conserve bien, dit l’homme derrière la caisse. Suffit de chauffer…

- Non, merci, pas très faim - je vais plutôt régler le plein.

- Une Quarante-cinq litre à ce que je vois, à Un ring quarante trois, ça vous fait soixante-cinq. Autre chose ?

La caisse enregistreuse se vida d’un ruban de papier avec un léger ronronnement.

- Ah, j’allais oublier de vous demander, dit le coyote en sortant son portefeuille. La batterie de la voiture -

- NOM DE...

Le regard du vieil homme passa rapidement du coyote à l’écureuil. Manquant de renverser la caisse, il se rua aussi vite qu’il le put. Armadillio le suivit du regard sans comprendre, puis, en s’approchant de la vitre, sortit à son tour en courant.
L’écureuil était par terre, tremblant, encore accroché à la pompe, qui déversait son essence sur son costume, créant une flaque s’étendant de plus en plus sur le béton craquelé et terreux. Le vieil homme se pencha sur lui pour lui arracher la pompe et en fermer la valve. Il pris le Mobien par les épaules pour le secouer. Les yeux de l’écureuil roulait dans leur orbite - à tout point de vue il semblait avoir eut une attaque.

- Nom de Dieu, Sebastian...

L’humain aurait sans doute pu le déplacer seul dans des les sus-dits jours meilleurs, mais son dos semblait souffrant. Le coyote se dépêcha pour l’aider à relever l’écureuil. Au porte de l’inconscience, celui-ci semblait vouloir lever le bras gauche.

- Y a une sortie d’eau de l’autre côté, dit le vieil homme.

Se déplaçant précautionneusement jusqu’à un tuyaux d’arrosage sortant du mur, ils firent s’asseoir l’écureuil, pour que l’homme lui passe un torchon humide sur le visage. Il semblait tout juste se remettre, et regardait le coyote d’un air éteint.

- Sebastian, qu’est-ce que tu nous fais ?...

- Vous voulez que j’appelle une ambulance ?

- Non surtout pas, ça nous coûterait un bras, dit l’homme. Et puis ils prendraient bien trop de temps pour venir - Et de toute façon ça va mieux. Hein, mon vieux ? Pas d’inquiétude.

L’écureuil clignait des yeux, l’air assommé. Malgré le sourire forcé de l’homme, le coyote n’était pas dupe : À les regarder, n’importe qui aurait pu constater que l’âge et l’usure avait fait leur travail et ne les avait pas laissé en état pour faire le leur. Mais il préfèra taire son avis, et maintenant que l’écureuil était assis, retourner vers la voiture. L’essence avait coulé mais la peinture n’avait pas été rayé par le tuyaux. Le coyote s’assit à nouveau dans la voiture et regarda dans le coffret sur la place avant, pour voir s’il y avait de quoi enlever l’odeur d’essence répandu sur le vitrage de la fenêtre. Un tas de câble tomba à la place.

À la lumière de son portable, il les inspecta avec curiosité. On aurait dit une sorte de câble téléphonique, munis d’un boîtier et d’une sorte de microphone, ancien, mais apparement prévu pour ce véhicule. En retournant le boîtier entre ses mains il comprit qu’il s’agissait d’un de ces appareils pour envoyer des message radio, un talkie-walkie. Il ne semblait pas particulièrement poussiéreux - il avait dû être utilisé récemment, peut-être par le dernier client ayant utilisé cette voiture. Il entendait encore les bruits de discussions des deux anciens de l’autre côté de la station.

- Impossible.

- Si, Pat’. Aussi vrai que je te vois. C’est pour ça que je me suis sentis mal...

- Arrête avec ça, et surtout arrête d’écouter la 01, ce sont des fadaises pour esprits simples !

Il sortit de la voiture sans prendre la peine de remettre le câblage dans le coffre. Il était intrigué, et fit le tour de la station dans le sens inverse. L’écureuil au visage encore mouillé était reclus, l’air interdit, et l’homme, appuyé contre la façade, les bras croisés. Il sourit mais ne semblait pas vouloir mettre le coyote dans la confidence.

- Je vais venir finir votre plein, encore désolé.

- Aucun problème, faites attention à vous.

Lorsque l’homme se leva, le regard de l’écureuil s’alluma. Il avait vu les câbles et le boîtier du talkie-walkie dans les main d’Armadillio. Le coyote constata avec surprise. Il s’était levé.

- Il fonctionne ?

- Hum ?

- Votre micro il fonctionne ?

- Je sais pas, je ne l’ai pas testé.

- Monsieur désolé pour l’essence, mais - je peux me servir de votre radio ?

L’écureuil boîtillait déjà vers la voiture.

- Attendez, si vous voulez vous servir de la radio, je dois vous dire qu’elle risque pas de fonctionner, la batterie est à plat.

- Ah, dit l’écureuil. Je vous la recharge gratuit, on fait comme ça ?

Il s’activa, de toutes ses forces pour marcher le plus vite possible, et disparaître dans l’arrière-boutique. Il revint quelques minutes plus tard avec un chargeur et des pinces. Le vieil homme était revenu à la caisse.

- Tu fais quoi, Sebastian ? Arrête de courir...

- Le Monsieur à la batterie à plat.

Il se pencha pour ouvrir le capot de la Twinklejet pour y brancher son appareil après s’être assuré que l’engin était éteint et attendit quelques minutes, avant de les débrancher. Laissant par terre le chargeur, il prit des mains le talkie-walkie pour le brancher sur la radio et alluma le moteur. Les phares de la voiture s’allumèrent en même temps. D’une habileté confinant au professionnalisme, il tourna le bouton du récepteur pour régler la fréquence, visible sur un petit écran. Une musique à la guitare sortit par la prise de sons. Sans plus attendre, le vieux Mobien appuya sur le bouton du microphone en regardant sa montre. Sa voix résonna dans la radio : Il y était rediffusé en direct.

- Bonjour, ici la Station Service sur la route entre l’aéroport et Hornet Lake. Vers… 4 heure 12, environ, j’ai vu passer au-dessus de moi deux “oiseaux noirs”, je répète, 4 heure 12, depuis la Station Service entre l’aéroport et Hornet Lake, ils allaient… direction est nord-est.

- Fort bien, merci pour votre contribution, mon frère, répondit une voix à la radio. Nous allons reporter sur notre page les coordonnées du vol. Vous avez entendu ? Faites comme ce frère, gardez l’oeil ouvert le jour et l’autre la nuit ! Terminé.

Un grésillement et la musique de guitare repris sur la station radio. L’écureuil semblait fier tout autant qu’épuisé. Le coyote le regarda d’un air interrogatif.

- Qu’est-ce que c’était que ça ?

- Vous n’êtes pas d’ici, affirma l’écureuil. J’ai juste envoyé à la 200.1 un message pour le parler de ce que j’ai vu.

- La 200.1 ?

- C’est une radio locale, spécialisée dans ce genre de cas.

- ...Ce genre de cas ?

L’écureuil s’appuya sur la voiture pour reprendre son souffle.

- Les oiseaux noirs. Il y en avait deux qui se suivait à courte distance. J’ai cru défaillir quand je les ai vu, ils avaient l’air plus gros que jamais. Deux oiseaux noirs à la fois, c’est rare.

- Euh… Des corbeaux ? C’est si rare ?

Le coyote continuait de le regarder fixement. Il ne comprenait toujours pas à quoi le vieux Mobien faisait référence. Celui-ci se mit à rire doucement, avant de se mettre à tousser.

- Vous vous êtes vraiment pas d’ici, hein ? Non, quand je parle d’oiseaux je parle bien sûr d’hélicoptère. Des Hélicoptères Noirs.

- Des Hélicoptères Noirs ?

Le coyote aurait sans doute dû réagir à la façon dont l’écureuil avait prononcé ses mots. Il entendit la porte de la station service s’ouvrir, et vit que le vieil homme y avait passé la tête, inquiet de ne pas voir revenir son employé, puis voyant que le coyote était toujours là, la rentra à nouveau comme une taupe dans son trou. L’aurore allait poindre, et l’écureuil trempé d’essence commençait à frissonner.

- Et ça n’a rien de normal, c’est ça ?

L’écureuil secoua la tête, indécis.

- Oui et non. Ecoutez, Pat’ n’aime pas quand je prend trop de temps sur ce genre de chose. Mais depuis longtemps j’habite la région, et depuis ma jeunesse on a jamais réussit à expliquer - enfin je veux dire ce qu’Ils font, là, ça n’a rien de normal. Le mieux ce serait encore que vous posiez vous-même la question à la 200.1, ils seront ravis de vous en dire plus à ce sujet, dit-il en désignant le microphone du doigt.

Il se leva.

- Vous m’avez l’air d’être un type un peu plus malin que les deux tiers de ce que je vois passer ici.  Alors où que vous alliez, faites gaffe aux oiseaux noirs et aux spectres.

Le jour se levant, l’humidité s’était formé à la façon de la rosée du matin, réveillant du même coup les moustiques. le coyote en écrasa un qui passait à sa portée sur son bras et s’essuya la main sur son jeans.

- Sacré faune locale...

L’écureuil hocha de la tête avec un sourire.

- ça on peut le dire oui.

- Sebastian !

Le vieux Mobien adressa un signe de main au coyote avant de s’en retourner à son poste dans le magasin, après avoir ramassé la batterie qui trainait par terre. Le coyote retourna dans la voiture, alluma le moteur avant de faire demi-tour, direction la cabane au fond du jardin, le câblage sur ces genoux, et le microphone en plastique, noir comme la nuit malgré l’aube.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Jeu 13 Avr - 23:25

Après être revenu en-dessous du passage sous-voie, le coyote pris la voie de gauche, bien content que les camions n’aient pas encore repris leur circulation intensive. Il continua de rouler même lorsque la route bitumé laissa finalement place à un sentier au milieu des arbres, serré à droite par la voie de chemin de fer, à gauche par des barrières haute surmontées de fils barbelés. Enfin, il obliqua encore vers la gauche à un croisement pour s’enfoncer droit dans la forêt. En roulant à nouveau à sa vitesse normale, la Twinklejet soulevait les débris des feuilles d’arbres tombé l’automne dernier. Le petit matin gris révélait la forêt dans ce qu’elle avait de plus triste. Dans ce qu’elle avait de plus mort, peut-être parce que dans ce qu’elle avait de plus figé. Un toit de tôle restait là, sur ces poteaux de bois, seul trace d’un cabanon précédemment construit. Sous le manteau de feuilles d’arbre, on devinait ici et là les reliefs d’une activité mobienne, tel ce profond sillon agricole qui fit rebondir la voiture sur ses essieux, ou ces carcasses de tuyaux rouillés à côté desquels le coyote passa.

Bientôt la terre pleine de végétaux se raréfia aux profits de dalles de béton recouverte de mauvaises herbes : Il approchait de son objectif. À nouveau, les façades d’une zone entouré de barrières de sécurité. Il la longea par la droite jusqu’à arrêter le véhicule non loin d’un mur de brique, unique, mais imposant. Il sortit de la voiture, s’étira et se faufila dans une ouverture, pratiqué au milieu de la barrière de fer, probablement avec une pince et très certainement pas par l’ancien propriétaire des lieux. Il enjamba un baril renversé sur le côté et  s’avança pour voir apparaître dans son intégralité la dite “cabane au fond du jardin”.

Le coyote l’avait appelé ainsi car elle était retirée du reste de la circulation par une bande de forêt assez dense. Mais la cabane au fond du jardin n’avait rien d’une jolie cabane en bois, même, rien de petit. Le bâtiment était d’une rectangulaire laideur : découpé en secteurs, les hangars avait des portes de garage noires tirant sur le rougeâtre, tous long d’une vingtaine de mètres. Aux bâtiment principal avait été ajouté, non loin de celui-ci, un autre, aux mêmes allures, surmonté en plus d’un toit triangulaire en tôle et d’un étage supérieur plus petit. Un étage dont les nombreuses fenêtres ne présentaient plus aucune vitre entière, et qui malgré tout semblait vouloir encore dominer son environnement. Mais l’usine de viande, décatie n’était plus qu’une carcasse vide, et ce depuis longtemps.

Armadillio regarda aux alentours. Pas d’autres voitures garées ici. Il fit le tour pour retrouver la porte d’accès, petite porte de fer plié sur ses gonds. Les toiles d’araignées s’accumulant dessus n’était plus là, ce qui prouvait que quelqu’un l’avait poussé récemment. Ce détail lui redonna espoir. Il poussa la porte pour entrer à l’intérieur, se laissant happer par l’obscurité et par une désagréable odeur d’ammoniac.

***

L’intérieur du bâtiment restait relativement éclairé, du fait des nombreux trous dans le plafond laissant filtrer le peu de soleil qu’offrait cette matinée grise. Zone de ténèbre et zone de lumière se succédaient ainsi dans le hangar traversé de poutre en béton. Au centre un grand container, d’un noir sale, donnant sans doute accès aux cheminées dans lesquels les restes des corps animaux étaient brûlés. Armadillio balaya du regard les environs. Pas de trace de PV1 ici.

- Il y a quelqu’un ?  lança-t-il à tout hasard.

Seul son écho lui répondit. Il haussa les épaules et continua de marcher en direction d’un chariot, monté sur un rail qui traversait toute la longueur du bâtiment, et passa l’entrée d’un couloir plutôt étroit et bourré d’objets les plus divers : Plusieurs étagères en fer montées sur roues poussées contre le mur, un assortiment de bouteille de gaz butane vide empilée les unes sur les autres en plein milieu du chemin, des réservoirs en plastique, un manche de hache et quantitée de câble tombant d’un ancien faux plafond. Sur le sol poussiéreux et recouvert de terre s’étaient étalés divers bris provenant de bouteilles en verre. Aucun de ces éléments ne se trouvait là lors de son dernier passage. Au bout du couloir, des carreaux de fenêtre renforcés, portant des traces de coups, laissant filtrer par leur fêlures une bien étrange lumière, dans ce couloir sombre dont l’obscurité dissimulait les traces de fouille. Le coyote sortit son pistolet. Se pouvait-il que les vandales, n’ayant pas trouvé ce qu’ils cherchaient, soient encore ici ?

Par acquis de conscience, il revint sur ses pas, regarda à nouveau les alentours du chariot. Peu de recoin où se cacher. Il avança jusqu’à l’incinérateur, toujours en balayant des yeux l’endroit, appuya sur le levier et manqua de trébucher de surprise. Le nuage de cendre que cela avait soulevé l’avait recouvert d’une suie poussiéreuse. Il s’essuya le visage vigoureusement : Il détestait cette matière, mais surmonta son dégoût pour jeter un oeil au fond du tuyaux d’évacuation. Rien ni personne. En fermant d’un claquement l’ouverture du container, le coyote entendit alors comme le bruit sourd, comme si quelque chose se déplaçait. Armadillio se leva et mit en joue son pistolet.

- PV1 ?

Plus rien. Le bruit semblait provenir d’une des plate-formes surélevées, sorte de balconnets accessible par un réseau d’escaliers. Ces derniers dominaient l’hangar, de sortes qu’une personne perché là-haut avait une vue plongeante sur l’ensemble de l’étage. Il se déplaça aussi vite et aussi silencieusement que possible, et vu avec surprise que les escaliers était obstrué par des portes grillagées serrées d’une lourde chaîne. Il retourna dans le couloir, cherchant à mettre la main sur une malette à outil. Il la trouva sous une bâche plastifiée et en sortit une pince-monseigneur de taille moyenne, avec lequel il coupa la chaîne, non sans effort, celle-ci ayant finit par se coller contre la paroi par le biais de l’oxydation. En tout cas, si quelqu’un se trouvait à l’étage, il n’était certainement pas pu enjamber cette porte d’un bon mètre quatre-vingt ornée de piques.
Il monta les escaliers en écartant les toiles d’araignée pour arriver finalement à l’étage. Du haut de celui-ci il s’approcha de la barrière donnant une bonne vue sur tout l’hangar, fit demi-tour, ouvrit les casiers de la salle de contrôle au bout du couloir, pour ensuite revenir à son point de départ. Rien, excepté la poussière qu’il soulevait sur le sol, laissant derrière lui des traces. Les seuls qui soient visibles…

Il commençait à se poser des questions sur l’origine du bruit, lorsque celui-ci se rappela à sa présence. Des pas lourds, puis le claquement d’un objet dans de l’eau. ça venait des bassins. Le coyote descendit les escaliers pour filer au bout du couloir remplis d’ordures : De l’autre côté de celui-ci se trouvait une deuxième pièce, au plafond duquel étaient attaché des crochets. En dessous, de larges fosses pleines d’eau croupie : elles avaient servi dans le temps aux employés de l’abattoir, qui devait probablement y jeter des déchets carnés, vu la puissante odeur de carcasse qui s’en dégageait encore. La nature ayant repris ses droits, l’eau de pluie s’était infiltré dans un trou de la toiture et avait ruisselé sur le sol en pente, conçu à l’origine pour attirer le sang, pour que celui-ci coule automatiquement vers le coeur de la pièce. Le coyote resta sur le côté, et attendit. L’eau brunâtre bougeait encore. Soudain des bulles à la surface. Qui était assez stupide pour tremper la tête dans cette soupe infâme ?

Armadillio regarda avec effarement la tête plate, écailleuse, couronnées de deux yeux fixe apparue au milieu de la mare, suivit d’un long panache de petites bosses. Constatant que le coyote ne constituait pas une proie intéressante, le reptile nagea jusqu’au rebord et sortit ses quatres mètres de musculature hors de l’eau, secoué à présent de vague pour sortir par un trou dans le mur de brique. Son pas particulièrement pesant indiqua à Armadillio qu’il s’était trompé : Le supposé fouineur n’était rien d’autre qu’un gros alligator, attiré par l’odeur du sang qui imprégnait cet hangar. Il contourna les bassins pour monter l’escalier principal donnant accès au second bâtiment.

Toujours rien - ceci étant, le dortoir situé à son sommet était lui aussi sans-dessus-dessous, ce qui tendait au moins à confirmer sa première impression. Quelqu’un était venu ici, avait cherché quelque chose, et ne l’avait pas trouvé. Précisément parce qu’il n’y avait ici rien à trouver. PV1 n’avait pas entreposé d’argent ici, ni même de document. La “cabane au fond du jardin” n’avait pour tout intérêt que sa localisation : isolé du reste, il constituait une bonne zone de repli.

Le coyote rangea son pistolet, non sans arriver à se défaire d’une certaine tension, probablement dû à la promiscuité de l’endroit et aux fantômes de cet ancien abattoir, qui gardait leur sang étalé pour tout souvenir.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Jeu 13 Avr - 23:52

Le soleil continuait sa course. Il était à présent un peu plus de midi, et il avait déjà finit le sandwich contenu dans son sac à dos. Assis sur la place conducteur, il tentait désespérément de contacter PV1. Il lui avait déjà envoyé plusieurs messages, mais toujours rien, pas même une demande de rançon.

- Bon sang.

Il faudrait bientôt qu’il fasse sa propre enquête, en courre après d’anciens clients. Malencontreusement, les derniers messages de PV1 faisait état d’un certain “Turner” dont il n’avait jamais entendu parler. Il aurait pu remonter à la commande de ce type si son associé lui en avait donné le numéro. C’est d’ailleurs PV1 qui avait inventé cette base de donnée, “toute simple”, selon lui, qu’il pouvait consulter sur son téléphone - du moins si la commande était assez récente. Il ouvrit la liste sur son téléphone et commença à en revoir le contenu. Difficile de tracer les acheteurs avec ça - il n’y avait que le numéro de la commande, un nombre d’unités, et un chiffre en fonction du type d’arme. Untel voulait une dizaine de fusil d’assaut. Tel autre aussi. Le troisième enfin misait sur des pistolet-mitrailleurs. Autant déchiffrer une écriture inconnue, en y allant à l’instinct. “Turner” pouvait être la dernière commande comme la toute première de la liste. Et en quoi devait-il en conclure quoique ce soit ?

Le coyote laissa retomber son portable avec dépit. L’envie d’abandonner lui passa par la tête, sans doute parce qu’il était très fatigué. Il alluma la radio pour éviter de s’endormir.

- “...Et donc on peut en conclure mes chers frères, mes chères soeurs, que cette apparition dénoncé cette après-midi au sud de Steel Forest Lane ne peut que s’ajouter à toute celle cumulée auparavant. Dans un autre style, j’aimerai pouvoir vous parler de ce que le gouvernement met dans votre eau....”

Le coyote cligna des yeux, s’attendant à entendre un bulletin d’info bien plus banal. Il baissa la tête,et constata que la radio était réglé sur la fréquence 200.1. Ce que lui avait dit le vieil homme à la station service plus tôt dans la journée lui revint en mémoire immédiatement.

- “Saviez-vous que plusieurs litre d’un produit toxique a été déversé dans les nappes phréatiques du continent ? Dans le but de contrôler la population Mobienne bien entendu. Diminuer la fertilité des Mobiens pour les rendre stérils.

Le coyote souffla du nez.

- “Encore une tentacule de ce monstre de haine, contre tout ce que vous représentez. Mais soyez fier de porter sur vous les raisons de notre guerre… N’hésitez pas à nous faire part de vos impressions, nous les retransmettrons en direct.”

Armadillio connaissait le refrain. Il y a quelques temps, un échidné posté dans un parking sous-terrain lui avait montré une cassette vidéo portant sur les même thèmes, sur les mêmes thèses tordues. Cependant, il était curieux d’en savoir plus sur ce dont le vieil écureuil lui avait parlé. Il brancha le microphone sur la radio et appuya sur le bouton d’appel.

- Bonjour - euh…

Il hésita deux secondes, pensant au fait qu’un nombre indéterminé de personne allait l’écouter.

- Voilà, je suis nouveau dans le coin et un type m’a parlé des “oiseaux noirs”. Vous pouvez me dire de quoi il s’agit ? Il m’a dit de m’adresser à vous pour avoir une réponse.                              

- “Bonjour à toi mon frère. Oui, cette personne a eut raison de te transmettre sa connaissance… de cette radio. Et bien, qu’est-ce qu’un oiseau noir ? “Oiseau noir” c’est un mot pour parler de quelque chose de noir et de volant, un mot de code tu comprends.”

- Oui.

- “En l'occurrence cette personne à voulu te prévenir, à juste titre, de l’existence d’hélicoptère noir. Mais de quoi s’agit-il vraiment et pourquoi sont-ils redouté ?...”

Le Mobien parlant à la radio laissa le silence, d’une fraction de seconde, donner de l’effet à sa révélation.

- “Les Hélicoptères Noirs sont des hélicoptères peint de cette couleur, ne portant pas de marques d’identification. Ils se déplace souvent seul, parfois en par paire mais c’est plus rare. Ces hélicos appartiennent au gouvernement. Et comment le sait-on ?...”

Le coyote resta silencieux.

- “Aucune autre organisation sur le territoire n’aurait la force d’en faire apparaître autant, et en autant de modèle. Aucun appareil ne saurait passer ici sans inquiéter les autorités, car l’espace aérien, c’est-à-dire dans les airs, et plus surveillé que l’espace au sol. Au départ n’importe qui se dirait qu’il pourrait s’agir de vol test. Mais regardons les choses en face.”

Un bruit de feuille de papier.

- “Il y a 5 ans on a commencé à les compter. 23 au mois de juin. 15 au mois de septembre. 19 au mois de novembre. Et ainsi de suite. 73 au total si on compte tout les mois que j’ai n’ai pas cité. Il y a 4 ans, pareil. 87 vols au total. On a posé des questions, on a pas eut de réponse valable, la police ne sait rien. Il y a 3 ans, 68 vols au totals, etc. etc. Et ces derniers temps ces vols se sont intensifié.”

Le coyote appuya à nouveau sur le bouton d’enregistrement.

- Quel est le but de tout ces vols ?

-  “Pendant très longtemps on ne savait pas quel était ce but. Nous avons pensé : “ça peut être de surveillance”. Pourquoi nous surveiller ainsi ? Si un homme veut te demander quelque chose, il peut venir chez toi, te parler yeux dans les yeux. S’il te regarde du haut de ta cage, c’est qu’il ne voit en toi rien d’autre que quelque chose, un truc qui n’a pas la même valeur, la même nature, voir un truc dangereux.“

Un autre auditeur marqua une approbation bruyante.


- “Oui nous pensions à de la surveillance, mais ces vols étaient irrégulier, jamais aux mêmes moment, jamais au mêmes endroits, jamais DE la même direction, jamais DANS la même direction. On y voyait aucune logique. Et puis dès que l’idée nous est venu de noter toutes leurs apparitions et leur coordonnées, on a finit par découvrir certains trucs.”

- Quels trucs ?

- “À chaque fois qu’ils apparaissaient, on nous a signalé peu de temps avant la disparition de personnes, tous des Mobiens, tous appartenant à des gangs.”

- Ah, dit le coyote, en oubliant d’appuyer sur le bouton d’appel.

- “On en a retrouvé un ou deux, mais ils étaient morts, et portaient des traces de mutilations. Impossible qu’il y ait tellement de coïncidence entre l’apparition de ces choses et les meurtres. Conclusion, ces hélicoptères nous surveillent, et lorsqu’ils le jugent nécessaire, enlèvent des Mobiens - et vu l’état de ceux qu’on retrouve, pour en faire des cobayes.”

Le coyote réfléchis deux seconde.

- Attendez, ils n’enlèvent que des Mobiens ?...

- “Oui mon frère. Est-ce que l’un de tes proches, une connaissance a disparu ?”

Le coyote hésita à répondre à cette question. L’image de PV1 se fit nettement dans son esprit.

- Oui.

- “A-t-il pu être enlevé par les oiseaux noirs ?”

- Je ne sais pas. C’est un Humain.

Un silence sur la radio.

- “un humain… ah bon, non, ça ne doit sans doute pas être ça. C’est l’une de tes connaissance, tu dis ?”

- C’est ce que j’ai dis.

À nouveau un silence. Trop long. Un petit rire presque inaudible au fond de la radio.

- Quoi ? Est-ce que ça pose problème ? demanda le coyote en s’emportant devant le ton méprisant de son interlocuteur. C’est une bonne personne, presque un frère.

Un nouveau silence sur la 200.1. Un auditeur lança, comme un cri du coeur épidermique :

- “ESCLAVE D’HOMME, casse-toi !”

- Quoi ?

Le sang du coyote ne fit qu’un tour et il sentit la colère lui battre les tempes.

- T’as dis quoi, petit con ?

- “Tu…”

Mais la radio coupa la réponse. Le coyote fulminait. Il lui aurait cassé la figure si sale petite tête s’était retrouvé en face de lui.  Le présentateur décida de calmer le jeu.

- “Eh, mes frères calmez-vous, cette radio n’est pas un ring de combat. Je pense que ce que notre nouveau frère veut dire c’est que certains hommes, certains cas exceptionnels peuvent être bon. Et si on ouvre les yeux, oui, il doit sans doute y en avoir. Mais ce que nos autre frère a dit c’est de nous méfier, car c’est bien l’homme qui a amené la haine sur Mobius et non l’inverse. Et tout porte, OBJECTIVEMENT à croire qu’une majorité d’entre eux veulent se débarrasser des Mobiens. Il suffit, déjà, de voir ce qu’ils ont fait à cette région. Evidemment vous ne verrez pas ça à la télévision…

- “Tu crois ce qu’ils te passent dans leur télé, toi, tu manges leur soupe, frère.”

C’était la voix de l’auditeur qui l’avait insulté il y a quelques instants.

- Non. J’ai appris à me méfier de tout ce qu’on me raconte, de ce qui passe à la télé comme ce qui passe à la radio, “mon frère”.

- “Arrêtez. Stop, j’enlève les appels, je le répète encore cette radio n’est pas un ring. Et puis les auditeurs doivent commencer à s’ennuyer.”

Le coyote laissa tomber sur le siège son microphone et soupira.

- “Je propose qu’on reprenne sur << Quel aliments doit-on acheter si on veut les stocker pendant plusieurs mois >>. Comme vous le savez, l’intensification du passage des “oiseaux noirs” indique la proximité de la guerre, du jugement dernier, qui verra la séparation entre les Vigilants et les Incrédules…”

Armadillio éteint la radio, et reposa sa tête contre le dossier du siège conducteur. Mais, énervé, il décida de se lever, pour faire quelques pas sur le bitume sale et recouvert de mauvaises herbes, préférant les plantes grimpantes aux discours à l’intelligence rampante.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Ven 14 Avr - 0:08

Empire City. Dans l’ombre d’un maison avec piscine, le coyote discutait au téléphone, assis sur une chaise longue. Il s’était servit dans la salle de bain en prenant sur lui un long peignoire blanc. Dans le jardin, plusieurs Mobiens, certains fumant leur cigarettes roulées, d’autres tapant dans un ballon de foot crevé, bruyant. Armadillio attendait l’hôte de ces lieux, c’est-à-dire celui qui avait loué cette maison et les y avaient invité pour le week-end. Tel un seigneur, le coyote était allongé là, profitant des derniers rayons de soleil avec désinvolture.

- Où tu es, mec ? On est tous là, y a même, euh… rappelle-moi ton nom ? dit-il en tappant de la main sur l’épaule d’un jeune lycaon.

- “Otis”.  Y a Otis, mec, carrément, dit le Mobien en prenant le téléphone.

- Haaa, Otis, dit la voix à l’autre bout du téléphone. Alors là faut vraiment que je me dépêche.

Le lycaon et le coyote se mirent à rire. PV1 ne connaissaient absoluement pas le dénommé Otis. Tout à coup, Armadillio se sentit soulevé dans les airs, avant d’être balancé dans la piscine.

- Ah, le bâtard ! dit le coyote en crachant de l’eau, encore habillé.

Battant des pattes dans l’eau, il retourna jusqu’au rebord, pour voir que son associé était là, l’air hilare, fier de sa blague.

- ça c’est pour le peignoire ! dit PV1 en enlevant sa veste.

Le coyote le tira par la jambe pour le faire tomber à son tour au milieu de la flotte sous les beuglement des invités. Une bonne ambiance en ces jours de fêtes. Un peu plus tard, essoré, posé sur l’herbe, les deux associés s’étaient assis au pied du mur. Distinguant les silhouette de ces Mobiens prenant aussi du bon temps, certains entourés de femmes, visiblement payées pour l’occasion.

- De temps en temps, au milieu du travail, entre deux affaires, ça vaut la peine de prendre un peu de repos, dit PV1, tu ne penses pas, Kwarno ?

- Mais grave. Je pense qu’on peut te féliciter, dit le coyote, extatique. Oui, vraiment, de tous mes associés tu es LE “PV” le plus rentable.

- Tu me connais, nous les humains on est des bêtes de travail. J’ai pas assez appris à profiter de mon temps libre.

- Ah ouais ?

- Il y a trop de chose que j’ai mis de côté. Des amis, ça je m’en suis fait, mais…

- La Famille ?

Il paraît qu’on embellit toujours les souvenirs dont on a décidé qu’il serait bon. Mais le coyote n’avait pour autant jamais oublié le silence de PV1 et le regard fuyant qu’il lui avait adressé. Sans doute, à ce moment, quelque chose brûlait les lèvres de son associé. Apparement quelque chose de trop personnel, de trop privé. Le coyote ayant compris que sa question avait suscité un certain malaise, lui mit une main sur l’épaule avant de se relever, pour aller chercher deux verres de cocktail sur une table posé au milieu de la cour.

En revenant, il vit PV1 absorbé dans l’observation d’une photo. Il la rangea à nouveau dans la poche de son sac à dos, et pris en souriant le verre que lui tendait son associé et ami.

- À nos affaires ? dit le coyote.

- À nos peines perdues, répondit PV1.

Ils trinquèrent, leur verres renvoyant la lumière d’un soleil mourrant.

***

Le soleil était en train de se coucher, entourant d’un halo orangée les arbres alentours. Les rayons, filtrées par les feuilles de ceux-ci, dessinaient de mystérieux motif sur le sol de la forêt. Le coyote regarda le ciel. Il avait passé divers coup de téléphone, essayant de contacter les membres des gangs dont PV1 lui avait donné les numéro, essayant de voir si l’un d’eux en savait davantage. Deux d’entre eux, un certain “Otis” Thompson et son pote Omar, avaient même prévu de le retrouver un peu plus loin sur la route, le long de la voie de chemin de fer, de manière à ce qu’il puisse l’aider à chercher son “principal fournisseur”, mais seulement à la tombée de la nuit. Le coyote soupira. Le temps semblait s’être arrêté dans ce lieu abandonné. Il réfléchit et se demanda si par le plus grand des hasards PV1 n’aurait pas laissé une trace, ou un document quelconque dans le dortoir de l’usine. Il fit demi-tour et retourna en direction des hangars.

Il s’arrêta net lorsqu’il perçut le bruit d’un morceau de tôle métallique tombant bruyamment sur le sol. Tiens ? Était-ce l’alligator qui faisait à nouveau des siennes ? À moins que l’hangar ne commence à tomber en morceau. Après tout, les poutres en bois qui soutenaient une partie du toit, rongées par les mites, avait fini par s’effondrer sous la pression. Le bâtiment s’effritait de plus en plus. Raison de plus pour se dépêcher de monter au dortoir.

Le trafiquant se dépêcha de traverser le couloir de moins en moins bien éclairé, avant de monter par les escaliers principaux. Arrivé en haut, son regard embrassa l’intégralité du désordre, les duvets retournés, les couvertures miteuses éparpillées. Une table avec tiroir se trouvait là, poussé contre la fenêtre. Il tira le premier tiroir pour y trouver des crayons et un bloc-note neuf, poussiéreux mais inutilisé, puis le second. Un dossier cartonné. il mit la main dessus pour l’ouvrir. Des notes et des bouts de factures…



Le coyote tomba en avant et frappa de plein fouet le sol. On le tirait par la jambe avec une force énorme. Il tenta de se retourner pour sortir son pistolet mais il était inexorablement tiré au travers de la pièce. La pression énorme autour de son mollet le souleva en l’air. La tête en bas, son regard rencontra une masse informe. Il sortit son pistolet, tira. Avec un cri strident, son agresseur lâcha prise. Le coyote tomba à nouveau au sol, se releva rapidement, constatant avec effroi qu’il ne s’agissait pas de quelqu’un, mais de quelque chose. Il visa l’horreur, qui hurlait toujours, avant de sauter au plafond pour fuir comme une grosse araignée, en sortant par un trou dans le toit.

Armadillio tremblait de tous ses membres, se dépêcha d’aller prendre le dossier de PV1 pour le tirer hors de son tiroir. Son esprit peinait à assimiler ce qu’il venait de voir. Mais elle ne lui en laissa pas le temps. Avec un grognement, elle réapparu par la fenêtre, orientant ses deux visages boursouflés vers lui. Se déplaçant par terre grâce à ses quatre bras, traînant derrière lui un nombre incalculable de jambe. Le coyote fit demi-tour pour battre en retraite. Il courru en direction de la porte de sortie et dévala en trombe les escaliers. La bête, comprenant que la peur avait changé de camp, s’était mis à le courser avec des hululements. Lui fonçant dans le dos, elle le fit tomber à la renverse dans les dernières marches. Le coyote trébucha pour virevolter jusqu’au mur d’en face, réussit à se retourner pour le cogner du plat du dos. Appuyé ainsi, il leva à nouveau son pistolet, tira. Sous l’impact des balles, des gerbes de sang explosèrent sur le torse de la créature. Celle-ci fut agitée par des convulsions, commença à lui jeter des pierres trouvé par terre.  Mais le coyote ne se laissa pas démonter une nouvelle fois. Il continua à tirer, les coups résonnants en écho dans le grand hangar vide.

- VA-T-EN ! PARS, SALOPERIE !

Reprenant pied, reculant dans le couloir, il manqua de tomber sur la pile de bouteille de gaz vide, et se saisit du manche de hache. La bête hésitait, effrayé par le vacarme. Armadillio frappa avec son manche de hache contre la paroi. Ce qui avait dû être un homme par le passé sembla se replier sur le sol comme un animal effrayé. Puis elle lui fonça à nouveau dessus. Le coyote sauta sur le côté pour esquiver sa charge, puis frappé d’une soudaine lucidité, et se mit à courir de plus belle, et cette fois de l’autre côté : en direction des bassins. Il se dépêcha d’en faire le tour, fit volte-face. La bête, lancée à pleine vitesse, s’arrêta net à l’entrée, lorsque, attiré par l’odeur du sang, l’alligator avait refait surface. Face au reptile, la bête sembla se faire craintive - la chose ne lui était pas inconnu, et c’est un cri de terreur qu’elle poussa lorsque l’animal l’approcha en ouvrant sa mâchoire béante.

- Bien vu !

Le coyote fouilla dans sa poche pour trouver une balle, rechargea son pistolet et le braqua sur la monstruosité. Mais le temps lui manqua : Celle-ci avait déjà bondit, grimpant le long des crochets avec des cris stridents. En hauteur, elle lui adressa un dernier regard, hurla et disparu dans les combles. Le coyote resta immobile un instant. Puis l’adrénaline, redescendant, ne laissant place qu’à une terreur froide, lui indiqua de prendre les jambes à son cou. Il courru en direction de la voiture, jetant des regards derrière lui, le pistolet en joue, de peur que le démon ne revienne le frapper, puis se dépêcha d’entrer, jeta le dossier sur la plage arrière pour démarrer le moteur d’une main maladroite, s’éloigner de cet endroit le plus vite possible étant son absolue priorité. Jetant un regard dans son dos, il sursauta en voyant que la créature était là.
Elle était là. Difforme. Elle le regardait, du haut du toit du hangar. Perché comme un corbeau sur sa branche. Faisant demi-tour, il manqua de peu un arbre et fonça sur le sentier, le soleil orangée déclinant à vue d’oeil.

***

La Twinklejet roulait à présent en accélération constante le long de la voie ferrée. Il sortit son téléphone, pour essayer de recontacter Otis, pour lui donner un autre lieu de rendez-vous, dire ce qu’il avait vu. Il connaissait le coin comme étant inhospitalier mais cette chose ne portait aucun trait issu d’un phénomène normal.

- Allez, réponds, merde !

La voiture atteint la bifurcation avec la route principale. Pas de voiture à l’horizon. Une voix répondit de l’autre côté de la ligne. C’était lui.

- Ouais, tu as essayé de m’appeler ?

- Otis, il faut que…

Mais le coyote n’eut pas le temps de finir sa phrase. Au moment où il arriva sur la voie principale, la voiture fut percuté de plein fouet. Un camion, lancé à pleine vitesse, la faucha au moment où elle atteignait le carrefour, le projetant contre la paroi du tunnel. L’airbag se déploya d’un coup, inutile, au milieu d’une pluie de bris de verre pendant que la tonne de feraille se retournait sur elle-même, frappa une première fois le sol en perdant un de ses pneus. La voiture arrêta net son tonneau en tappant contre le mur du tunnel, et retomba sur le bitume.

Le camion continua son chemin comme si de rien n’était, laissant la route maculée de carburant revenir à son silence originel.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Sam 15 Avr - 1:18

- Paul, vous reprendrez bien un peu de ce vin ?

- Tout à fait, il est, je trouve, fort plaisant, Marie.

La femme fit un signe à la domestique Mobienne, qui se dépêcha de soulever la bouteille pour en verser le contenu, dans le verre de son mari, à ses côtés. Tout deux étaient assis à une longue table, recouverte d’une nappe en satin d’une blancheur éclatante, de couverts en argent, ternis par l’âge mais luxueux, de larges assiettes dans lequel se trouvaient divers aliments, divers produits, rares et chers.

Paul et sa femme Marie n’étaient pas les seuls autour de cette table. Une dizaine d’humain étaient rassemblés là, mangeant et discutant avec gaieté, sans trop élever la voix. On avait allumé le grand lustre, magnifique arbre de lumière aux dizaines de branche décorées de cristaux, amenant le plein jour au sein d’une nuit particulièrement noire. À côté d’eux, un homme au crâne chauve, aux lunettes en demi-lunes, accompagné de deux autres. Ces trois-là, portant, par-dessus leurs costumes, une blouse blanche cérémonieuse, se connaissaient : Ils travaillaient ensemble, certes ; Mais quelque chose de plus fort les liaient, sans qu’on ait pu vraiment dire quoi.

Paul se leva, son verre dans la main. Recoiffant sa chevelure grise, rayonnant, il prit la parole :

- Eh bien, messieurs, je lève mon verre. À votre réussite !

Les convives applaudirent. À l’autre extrémité de la table, un autre homme, à la carrure plus prononcé et à la calvitie naissante. Ses bajoues à peine soulevé par un faux sourire de circonstance. Et au centre, un garçon d’une vingtaine d’année, pâle, au regard interdit, applaudissant non pas par plaisir, mais par obligation : par politesse.
Le gros homme tappa du doigt sur la table, désignant une pile de papier sur lesquels s’étalaient tableaux de nombres et courbes statistiques.

- Une réussite, ça oui, les chiffres le prouvent.

Paul hocha de la tête dans sa direction, son regard revenant au groupes d’hommes en blouse blanche.

- Docteur Pierce, si je puis vous appeler ainsi, cher ami... Reprenons tout depuis le début. comment êtes-vous parvenu, déjà, à augmenter aussi radicalement la productivité de l’usine de notre ami Andrew ?

Le gros homme dont c’était le nom s'enfonça à nouveau dans sa chaise et repris sa fourchette, pour finir un morceau de roast beef d’allure saignante. Le Docteur Pierce regarda ses collègues d’un air entendu et essuya ses lunettes en demi-lunes, pleine de buée.

- C’est une histoire magnifique, tant la chance y vient rencontrer le génie pour le compléter de bien belle manière, dit le Docteur. Permettez qu'On reprenne tout depuis le début. Cela était parti d’une expérience d’un de nos jeunes collaborateur sur le cerveau d’une bête souris.

- Une bête souris ? répéta en riant Marie.

- Tout à fait ! Une bête petite souris. Il faut dire que le sujet d’étude de ce médecin en neurologie portait sur le comportement et sur l’influence que pouvait y avoir les infections de type virale - En résumé, sur les virus affectant les circuit neuronales. Il y a trouvé, par le plus grand des hasards, deux circuits, commandant respectivement le comportement de la poursuite d’une proie, et celui de la morsure.

- Tu écoutes bien, n’est-ce pas Earl, dit Paul d’un ton réjoui à son fils.

- Bien entendu, père, dit le jeune homme avec un sourire crispé.

- En les modifiants de manière à ce qu’ils s’activent lors de l’inoculation d’un certain gaz - que nous appelons “gaz déclencheur” - il a réussi à faire en sortes que, dès que la souris entrait en contact avec celui-ci, ces deux comportements soit provoqué.

- Fort bien, et que s’est-il passé ? demanda Paul.

- Eh bien figurez-vous que la souris a attaqué la première chose se trouvant dans son champ de vision ;  Un de ses congénères - j’ajoute, un congénère avec lequel elle avait grandit - et l’a dévoré, non sans rage.

- Pauvre bête ! dit Marie.

- Allons, ne vous troublez pas de si peu ma chère, dit le Docteur. Car tel est le tempérament, l’animalité, la bestialité, je dirais, de ces petites choses. L’expérience n’a fait que les accélérer, les orienter. Mais en observant au mieux cet incident, j’en suis alors venu à la conclusion que derrière cette expérience se trouvait peut-être quelque chose pour améliorer l’animal.

Le Docteur se resservit du vin en prenant la bouteille à sa portée. Le liquide rouge se déversa lentement dans le verre à pied. Il le bu.

- Améliorer l’animal, oui. Tirer hors de ses limites une forme de vie... En faire un…”Être Supérieur” aux autres. Trouver un moyen de canaliser ses forces dans un but recherché. J’avais discuté avec plusieurs chercheurs travaillants au sein du programme militaire des Gardiens des Nations-Unis, qui m’ont dit qu’ils seraient capable de financer mes travaux si j’y trouvais un intérêt “d’ordre militaire”. Seulement voilà, comment prouver cet “intérêt” si je n’avais à ma disposition des amis comme vous, Andrew, pour mener les premières recherches à bien ?

- Bonne question, affirma le gros bonhomme la bouche pleine.

- Nous avons donc commencé à faire ces recherches, afin que l’opération sur les cerveaux, fastidieuses, ne soient plus nécessaire. Améliorer le gaz-déclencheur, notre priorité : Nous avons finis par trouver une molécule, qui, sous pression constante, arrive dans une moindre mesure au même résultat. Nous avons poursuivi alors les tests sur des Animaux de plus grande taille.

- Les Hybrides ? demanda le jeune Earl.

Terme en vigueur pour parler des “autres” habitants de Mobius, les non-humains.
Le Docteur reposa son verre.

- Pas tout de suite. D’abord sur des vaches. Mais elles se contentaient de creuser de leur sabot le sol jusqu’à ce que leur pattes se mettent à saigner, et bien au-delà, jusqu’à ce que mort s’ensuive. J’avais le sentiment que tester le Gaz sur des bêtes de traits, c’était aller dans la mauvaise direction, d’autant plus que, informé de mes recherches, d’autres chercheurs, plus gradé, Responsables scientifiques de l’armée, m’avait envoyé des lettres au ton alarmé.

- Alarmé ? demanda Earl.

- Ils avaient peur. Peur de ce que j’avais trouvé sur les souris, peur du fait, qu’ils ne connaissent pas, vraisemblablement, l’intégralité des recherches : Je pense que leur peur provenait surtout du fait qu’une invention de première importance pouvait potentiellement leur filer entre les doigts. En discutant avec Andrew, qui m’avait fournit les premières bêtes, nous avons alors décidé d’accélérer les choses, de passer à la vitesse supérieur, avant de reprendre notre correspondance avec les Responsables. Nous avons pris l’un de ses travailleurs Hybride et lui avons inoculé le Gaz. Et bien, comme vous le savez tous, il y a réagit très très bien.

Andrew s’appuya sur la table, l’air ravi.

- Vous vous rendez compte, dit le gros homme. Avec une seule petite machette, l’animal, un hérisson si je me souviens bien, à décapité une centaine de poule en un gros quart d’heure, et a élagué au moins 14 unités de viande de boeuf de ses petites mains débiles. Impressionnant !

- Oui, dit le Docteur. Le Gaz provoquait l’effet voulu, et l’Hybride a découpé la viande avec une force nouvelle.

- Incroyable, dit Paul. Et… c’est là que j’ai proposé à Andrew de faire de ces améliorations une amélioration “à la chaîne” suivant les méthodes, innovantes, que l’on a trouvé dans mes usines de voitures. Une façon de faire, qui soyez en sûr, est un modèle d’avenir.

- Exactement, dit Pierce. Nous avons mis au point une salle, par lesquels les travailleurs étaient obligé de passer, plutôt une cabane, à l’extérieur de l’usine, par lesquels des tuyaux devaient envoyer, sur ceux-ci, des projections dudit Gaz.

- L’idée était de faire passer cette cabane comme une mesure de désinfection, pouffa l’un des jeunes médecins.

- Après tout, vous n’êtes quand même pas obligé de leur demander leur avis, à ces bestiaux ? s’emporta Earl.

Un instant de silence. Marie avait les yeux fixé sur son fils - un regard de reproche. On ne s’emporte pas ainsi à table.

- Eh bien, jeune homme, dit le Docteur d’un air solennelle. Vous pouvez toujours obliger les animaux à faire quelque chose, comme un chien qu’on tient en laisse ou un cheval qu’on bat. Mais cela demande un effort d’imposer. Pour être le plus efficace il faut que l’animal consente. Qu’une intelligence inférieur comme celle des Hybrides soit facile à berner, c’est un fait, cependant ils peuvent exprimer une certaine résistance. Ils faut qu’ils aient “consenti” à se laisser mener. Dans ce cas précis :  À l’abattoir - Pour travailler. Comme cela, pas besoin d’hommes de mains pour accélérer les choses, ni d’aucun chiens de gardes. Payez-leur même une quantité substantifique de “rings”, et ainsi on dirige l’instinct, qui finit par créer lui-même les raisons qui le font marcher.

Earl ravala sa colère. Il lança un regard à la domestique, qui s’éloigna craintivement. Il passerait encore sa rage dessus, ce soir.

- Et ils marchent. Ils courrent même ! s'exclama Andrew. Ces derniers jours, ils insistent même pour travailler de nuit - Je n’ai pas eut le coeur de les en empêcher -  et le lendemain matin, je les retrouve, les mains dans le travail. D’une force nouvelle, d’une fidélité nouvelle, même ! J’entend, ils doivent encore y être, dit-il en regardant sa montre.

- Résultat, nous y voilà, tout marche comme tout aurait dû marcher, finit Paul. Cet “ajustement” des travailleurs a fait des merveilles. Et je compte bien l’utiliser dans mes propres usines. Nous avons déjà réfléchi à d’espèces de grand locaux de “désinfection” pour inoculer votre Gaz, qui ressemble à s’y méprendre aux douches d’une salle de gymnastique physique. Les travailleurs, en voyant à quel point je me soucie de leur sort - et l’on sait combien ont le luxe d’acquérir une salle de bain, dans leurs dépotoires immondes -  se bousculeront aux portiques. Et alors, à moi le choix, celui de sélectionner les meilleurs. Tout se complète.

- Vous faites les choses bien, dit Pierce

- Cependant... Commença Andrew.

Le gros homme s’essuya les lèvres, laissant le silence s’installer parmi les paroles enthousiastes.

- Je dois vous rapporter un petit quelque chose, Docteur Pierce. Trois fois rien, mais cela suscite tout de même quelque perplexité, chez moi.

Le Docteur croisa les bras.

- Certains travailleurs - pas tous - se mettent à certains moment à… comment dire. Rugir. Ils hurlent et cela fait pas mal de tapage. Et… Bon. Plusieurs fois il y en avait deux, trois qui se mettaient à frapper à la hache les poutres en béton à côté desquels ils travaillent, mais je me suis pas formalisé là-dessus. Non, une fois en revanche j’en ai vu deux se battre, et l’un d’eux a pris un couteau et l’a planté une dizaine de fois dans la poitrine de l’autre, dit Andrew en mimant le geste. Il a fallu plusieurs travailleurs pour les en empêcher, mais quel bazar !

Le Docteur hocha de la tête.

- Oui… Rien d’étrange. C’est la nature animale qui reprend le dessus, constata tristement Pierce.

- C’est peut-être dû au fait que le Gaz inoculé redéploie à chaque fois une souche du virus dans les neurones de l’animal irradié au lieu de simplement déclencher un virus existant - m-mais…

Pierce le regarda avec un sourire quelque peu méprisant.

- Bien sûr il y a toujours des pistes d’amélioration possible. La conséquence de l’utilisation du Gaz sur le long terme va très certainement vous obliger à renouveler vos équipes, Andrew. Cela pourrait les rendre, sur le long, et je dis bien sur le long terme, quelque peu inefficient.

- C’est ce que je me suis dit, soupira Andrew.

Un silence. La domestique s’affairait à balayer le couloir, pencher sur son ouvrage. Earl avait hâte que le repas se termine.

- Ah, fit Pierce. Pour changer de sujet, et aussi parce qu’il serait sans doute bon de vous mettre dans la confidence, puis-je vous parler un instant de ce que les chercheurs militaire m’ont rapporté ?

- Allez-y, dit Paul d’un ton enjoué. Vous savez que la défense de la nation humaine me tient toujours à coeur !

- Et moi donc ! C’est aussi ce que nous réuni ici, dit Andrew.

- Paul. Avez-vous déjà entendu parler du terme “Stratégie de Compensation” ? demanda Pierce.

- Dites toujours, dit Paul en repliant sa serviette.

- Le terme est nouveau, “Offset Strategy”, n’est pas partagé par l’ensemble de l'intelligentsia militaire des Nations-Unis, mais la chose est vieille. Je vais en appeler un peu à l’histoire : Déjà, les gardiens des Terres-Unis y avait recours, expliqua Pierce. Elle se base sur l’idée, simple, selon laquelle, afin de préserver la civilisation, et donc l’humanité à la surface de Mobius, il faut pouvoir assurer la suprématie militaire humaine. Jusqu’alors cette suprématie était assuré par les hectares et les hectares de colonies qui faisait de l’homme le garant des “règles du jeu”.

- De quel jeu parle-t-on ? Demanda Paul.

- C’est un autre terme stratégique. Les règles du jeu sont les règles selon lesquels les forces en présence s’équilibre. Si nos adversaires avaient des épées et nous donc, alors il nous faudrait s’équiper d’arc afin de changer les règles du jeu, et dominer l’adversaire. Mais rien n’est fixé - la course est constante. Il suffit en effet qu’un jour l’adversaire découvre l’archerie pour remettre à plat toute suprématie.

- Donc, si je vous suis bien, dit Paul, pour changer encore et toujours ses règles, et donc s’assurer une sorte d’avance, il faudrait qu’on ait toujours quelque chose “en plus” que l’adversaire n’a pas ?... Hm.

- Limpide, n’est-ce pas ? demanda Pierce en nettoyant ses lunettes. La colonisation a engendré le système colonial, dont la suprématie ne serait jamais remis en cause, et ce grâce à notre niveau de développement, par rapport aux sauvages. Le système faisait du commerce et battait à plate couture la sauvagerie par l’organisation et par les structures qui la maintenait. C’est ce qu’on a appelé, aujourd’hui, la toute première stratégie de compensation.

- Je vous suis, dit Paul.

- Malheureusement, continua le Docteur Pierce, suite à la création d’entitées politiques parmi les colonisés, et notamment celle amené par ces ...démons des steppes, cette suprématie s’est effondré. À nous les inquiétudes de vivre dans un monde dont nous ne serions plus l’unique Pôle…

Il essuya machinalement ses lunettes.

- Nous avons donc décidé par la suite de développer un complexe militaro-industriel, afin que notre niveau de développement propre et la technologie utilisé par l’armée soient bien supérieur aux autres états. S’assurer également un moyen de mettre à l’abri nos connaissances, notre savoir, et notre espèce si la situation venait à dégénérer au sol...

- Vous parlez de l’Arche ? demanda Paul.

- Oui, répondit Pierce. L’Arche est à la quintessence même de ce qu’on appelle aujourd’hui la deuxième stratégie de compensation. Je dis bien “aujourd’hui” car en ce temps-là nous n’avions pas encore la vision globale qui, au jour où je vous parle, prime dans le milieu où j’ai mes marques...

- Tout ça pour dire ? demanda Andrew, peu sensible aux mondes des idées, à la recherche de concret.

- Qu’encore une fois, cette suprématie a été mis à mal. En effet, l’Arche a eut quelques “problèmes”. Et de l’autre côté de la frontière, les Hybrides ont fait preuve d’une assez grande adaptabilité aux nouvelles problématiques. Pire, ils ont encore quelque chose que nous n’avons pas : Le nombre.

- Ils sont plus nombreux ? demanda Paul.

- Beaucoup plus nombreux. Le ratio entre Nous et Eux est totalement déséquilibré, et cela pourrait devenir dangereux. En effet, d’ici quelques décennies, notre population pourrait décroître, radicalement : Statistiquement les mères n’ont plus assez d’enfants pour combler les pertes au sein de la population, plus assez d’enfants pour la renouveler. Aucun moyen alors de défendre nos acquis face à des sauvages armés d’outils modernes et d’un certain désir de revanche. Aucun moyen de défendre notre frontière commune. Même si un Océan nous séparait, aucun moyen de se soustraire à long ou à moyen terme, à un destin funeste.

Un bruit de bris de verre. Marie venait nerveusement de faire tomber le sien.

- Mon dieu, dit-elle pendant que son mari mettait le bras sur ses épaules.

- Eh bien il faut les frapper, et le plus vite possible, dit alors Earl.

La domestique alla chercher une pelle et une balayette.

- Et perdre tellement d’effectifs ? Accélérer le mouvement invasif en leur livrant sur un plateau d’argent un parfait Casus belli ? Les Gardiens n’y sont pas préparé, répondit Pierce.

- Ce qu’il faut, dit Andrew en se penchant en avant sur la table, c’est que nous nous développions mieux, et plus vite. Pour rester un interlocuteur, une force d’autorité.

- Et ce sera le cas, finit Paul, grâce à votre magnifique invention, Docteur, ce… Oui, ce Gaz-Travail !

Le silence pesant se brisa. Les convives se mirent à rire et applaudirent un bon mot qui avait détendu l’atmosphère. L’invention était désormais baptisée.

- Oui, c’est ce que nous avons commencé à faire, sans même le savoir, dit Paul.

- C’est ce qu’il y a de merveilleux là-dedans, répondit Pierce. À croire que les Pères Fondateurs, de là-haut, auraient guidé nos pas. Mais cela ne saurait suffire. Voilà pourquoi j’ai commencé, en me basant sur des documents, notes et schémas à l’appui, qui m’ont été fourni par un ami ayant participé à divers programme de recherche, à orienter mes investigations sur un autre paramètre. En effet, si notre population pouvait croître, alors le problème serait en grande partie réglé. N’ai-je pas raison ?

Andrew acquisa. Un cri au loin se fit entendre. Pierce, pensant que c’était un oiseau de proie, n’y fit guère plus attention que les autres convives.

- De ce fait, comment faire pour augmenter de nous-même notre population ? Laisser l’affaire des naissances aux seuls mères en dépit de la science, c’est s’ouvrir à l’incertitude. Trop de possibilité d’avoir des enfant mal portant, débile léger, porteur d’un handicap de telle ou telle nature du seul fait des caprices de la Génétique…

Il aligna ses couverts le long de son assiette vide.

- Il suffit de séparer le bon grain de l’ivraie, dit Earl en grattant sa serviette de table avec son couteau. Cela évitera à l’Humanité de devoir le tirer comme un boulet.

- Certes, dit Pierce. Mais cela ne règle en rien le problème du chiffre.

- C’est un problème de productivité, dit Paul. Encore une fois…

- On peut dire ça, continua le docteur. Et je dirais même, il faudrait bien plus qu’un enfant par femme pour répondre aux défis que nous offre la démographie des “États” Hybrides. On ne peut pas forcer les gens à en faire davantage, car bien peu de personne souhaite s’occuper de plus de deux enfants. Par contre, si les ventres des mères ne souhaite pas en accueillir davantage, que dirait une femme que l’on payerait pour cela ?

Marie jeta un regard à Paul. On avait entendu un bruit, comme si un pot précipité sur le sol s’était cassé - cela provenait de la véranda. Même Earl avait lâché son couvert. Mais Paul et le Docteur Pierce, emporté par leur passionnante discussion, n’en firent pas grand cas.

- Ah ! C’est ce qu’on appelle les mères porteuses, n’est-ce pas ? dit le père de famille.

- Tout à fait, répondit le Docteur. Le principe est alors de comprendre le fonctionnement de la reproduction, le mécanisme biologique par lequel s’opère la création d’un foetus pour percer le secret de la création.


Un bruit sourd commença à se faire entendre derrière la porte. On marchait sur le plancher de la véranda.

- Ce que les sauvages nomment “Gaïa” n’a rien d’une divinité : la nature se comprend, se dissèque, s’analyse. Et s’utilise. Elle va nous permettre de déterminer les grands traits de cette Troisième Stratégie de Compensation, ou Third Offset Strategy.

La domestique laissa son balais contre le mur et sortit de la pièce pour aller voir les raisons de ce vacarme. Le docteur repris.

- Nous avons beaucoup appris des Meers, et des résultats de leurs recherches sur les gaz de combat à effets mutagènes. Nous comptons utiliser le même procédé à terme, mais pour l’instant nous sommes dans le domaine expérimental. Tout se trouve dans la femme pour nous permettre d’agir. Le but est de sélectionner ce que l’on appelle des ovocytes. Ce sont des cellules - certaines deviennent, après maturation, des ovules, matériel de base pour…

L’un des médecins s’étaient levé de sa chaise, avait fait quelque pas et écarter les rideaux pour aller regarder à la fenêtre. Le docteur repris.

- Enfin, comprenez, c’est grâce à cela que l’on donne naissance à des humains. Nous avons donc pris une femme bien humaine - une pauvresse qui a accepté contre une modique somme de faire office de cobaye. C’était sans danger croyait-on. On a alors fait le défis de donner naissance, grâce à cette technique, à des jumeaux. C’était il y a quelques temps maintenant…

- Ah, dit Paul en jetant des regards interrogateur en direction de la porte. Et ça ne s’est pas bien passé ?

- Euh - pas vraiment. Il y a eut un problème, une erreur médical. Mauvais calibrage. Il y a bien eut une naissance, mais...

Pierce eut un regard dans le vague.

- Et la femme ?

Le docteur posa ses lunettes, comme pour donner un mauvais diagnostique.

- Morte. L’expérience a échoué. dit le docteur.

Son jeune collègue médecin continuait de regarder par la fenêtre, fixement, le rideau serré dans sa main.


- Oui. La science ne se déroule pas tout le temps comme un conte de fées, assura Pierce. Certaine de nos erreurs peuvent, pourraient, avoir de graves répercussions.

- Ne vous inquiétez pas, Docteur, dit Paul en levant son verre plein d’un vin, d’un rouge sang à la lueur du lustre. Le progrès ne s’arrête pas et, un jour, votre travail payera. Et ce jour où le succès pointera, comme l’aurore, sur nous tous, alors ce jour-là je serai le premier à lever mon verre...

Paul Turner n’eut pas le temps de finir sa phrase. La domestique s’enfuit en criant de terreur. Entendant cela, les convives se levèrent. La porte d’entrée, fermée, trembla sur ses gonds avant de tomber, laissant place à plusieurs vingtaine d’Hybrides qui s’engouffrèrent dans la pièce, armés de couteaux, et pour certains de machette. L’un d’eux, un regard vide dans ses grands yeux, portait une lourde hache. Marie cria. Paul n’eut pas le temps de se lever - le premier coup l’en empêcha. Ces Hybrides, sortis de nul part, comme du néant, avaient les mains pleines de sang, le visage pâle. Beaucoup portaient encore les casques réglementaires de l’usine d'abattage. Totalement hors de contrôle, les sauvages, aux yeux injectés et à la gueule barbouillée de sang, frappaient convulsivement, au hasard, détruisant la table, empalant Andrew, s’amassant pour faire disparaître le gros patron d’usine sous les coups, plantant leur coupe-viande dans les murs du palais. Un coup sec de hache décapita deux des jeunes collège du Docteur Pierce. Ce dernier avait bien tenté de fuir. Il finissait de perdre son sang  au milieu des bris de verre, un rasoir plantée en plein coeur.

Le cri de détresse de Marie résonna dans les oreilles de ceux qui avaient réussit à fuir. Earl Turner manqua de tomber sous la masse, mais finit par se relever, pour courir à l’abri que lui offrait les étages supérieurs. Les Hybrides se penchèrent au-dessus des deux corps morts, pour changer leur costumes en charpies, arracher des cheveux avant d’y planter leur dents. Tel un organisme purificateur, tel un Déluge, la meute n’avait rien laissé en place, jusqu’au mur même de l’édifice dont le papier peint était immanquablement arraché, les objets inévitablement brisés. Les tableaux de maîtres non pas volé, mais jeté au sol pour ne rien laisser à la postérité. Brutal retour de flamme pour les apprenti-sorciers dont le conte de fée s’était consumé lors d’un cruel retour au réel. On pouvait bien parlé d’une purification et d’un bain de sang, mais d’un geste salvateur, non : D’un geste meurtrier. Car c’était bien une rage mortifère qui avait poussé les Mobiens, intoxiqués au Gaz-Travail, à se transformer en Zombie pour ne plus n’être capable que de réfléchir selon des pulsions prédatrice, reniant toute forme de civilisation. Un coup de feu résonna à l’étage, mais ne fit reculer personne.


À l’endroit même où l’Humanité avait cessé de respecter l’Autre, l’Humanité avait signé son arrêt de mort. Confirmant, si le besoin s’en faisait encore sentir, qu’Harmonie n’était que chose fragile.

Et le vin de se mêler au sang en s’étendant sur le sol de la salle de banquet des Turner.


Dernière édition par Armadillio Finstev le Dim 16 Avr - 0:02, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Dim 16 Avr - 0:00

- Putain, il est là-dedans, le Kwarno. Aide-moi !

Les deux Mobiens joignirent leur force pour désincarcérer la portière de la voiture accidentée. Ils parvinrent finalement à la rouvrir avec un grincement métallique. L’un d’eux posa son fusil par terre pour détacher la ceinture de sécurité du coyote, qui le maintenait au plafond, la tête en bas, avant de tirer vers lui le corps inerte. Après avoir braqué sur lui sa lampe, son partenaire alluma une cigarette. Le coyote avait saigné du nez et s’était ouvert une partie de l’arcade sourcilière. Une de ses paupières gonflé par un hématome, une manche de sa veste déchirée jusqu’à l’épaule, des traces de bris de verre plein le bras.

- Amoché. Pose-le là.

Le lycaon se releva pour sortir une bouteille de sa poche et verser de l’eau sur le visage d’Armadillio. Celui-ci cligna des yeux d’un air ahuri, le regard fixé sur le plafond du tunnel.

- ça va ?

Le coyote ne répondit pas. Son premier réflexe fut de sortir son pistolet pour le pointer d’une main hésitante sur le lycaon qui lui faisait face. Ce dernier leva les bras tandis que l’autre braquait son fusil.

- Attention, dit-il en faisant tomber sa cigarette.

- Wow, du calme ! C’est moi, Otis, dit le lycaon. Tu te souviens ?

- Otis…

En reconnaissant le lycaon, le coyote avait laissé tomber son pistolet. Il jeta un regard autour de lui, et vu l’état de la Twinklejet de location.  Mais en premier lieu sa liste de priorité se transforma d’un seul coup à la vue du tas de ferailles méconnaissable. La nuit était maintenant tombé. On ne devinait qu’à la lueur de la lampe d’Otis les contours de l’accident, dont le coyote venait de se souvenir.

- Oh merde… Blindalley va me tuer.

- Faut se barrer d’ici, Kwarno.

Otis l’aida à se relever en le tirant par le bras. Il avait mal aux articulations, et au genoux droit en particulier.

- Attends. Il y a des papiers, là, un dossier dans la voiture, je peux pas laisser ça là.

- Laisse-moi voir ça, dit le chat. Moi c’est Omar.

Il se pencha pour jeter un oeil dans la voiture, fouilla, et fini par faire tomber un dossier rempli de papier sur le sol. Il le ramassa et jeta de façon indiscrète un oeil dedans, avant de le redonner à Armadillio, qui le glissa sous son bras..

- Tu m’as demandé tout à l’heure si j’avais vu ton associé. Au début je savais pas. Mais après je me suis souvenu d’un truc qu’il m’avait dit.

Les trois Mobiens sortirent du tunnel, deux d’entre eux portant le dernier, marchant à cloche-pied.

- Un truc… qu’il t’avais dit ?

- Ouais. ça m’est revenu quand tu as dis que, dans ses derniers messages, il parlait d’un certain “Turner”. C’était le nom d’un mec blindé de thune.

- C’était ?

- C’était.

Le coyote regarda le lycaon, plus jeune que lui, à la lueur de sa propre lampe torche, qui attirait un nuage de moustiques.

- Le type dirigeait une usine de voiture dans la région, à une dizaine de kilomètres de là, continua Otis. Mais un jour il est mort - et depuis dans les environs de sa maison, des “spectres” rôdent.

- Des spectres…

- Faut dire que les circonstances de sa mort sont plutôt mal connu. Sur la 200.1 ils ont dit que le gouvernement avait étouffé l’affaire, mais qu’il se serait fait buter par ses propres ouvriers. On sait pas trop ce qui s’est passé mais maintenant les gens s’abstiennent d’y aller.

Le coyote toussa.

- Ha, je ne crois pas à leurs légendes, à ces types-là. Ni aux fantômes.

- Mais c’est pas des légendes - et c’est pas des fantômes. Quand je dis “Spectre” je parle de mecs, je crois que ce sont des humains, des types qui se cache dans ses environs - on est garé là, pas loin.

Ils avancèrent un moment sur la route plongé dans l’obscurité, dans le silence. Le coyote réfléchit et retrouva aussitôt le sens de la parole.

- Quel rapport avec Turner ?

- Ton associé m’a dit qu’il avait discuté avec ces types-là, caché dans la “résidence Turner”. Et qu’en découvrant plus il avait renoncé à honorer leur demande, et leur a livré des vieux flingues à chier. Peut-être qu’ils ont pas aimé. Moi je vois que ça comme raison probable pour qu’il disparaisse.

- Très bien, dit le coyote. Alors amène-moi là-bas.

-  Y aller ? Trois mec dont un estropié ? Mauvais plan, dit Omar.

- Pourquoi ? Ils sont combien ?

Otis réfléchit.

- On ne sait pas justement.

- On pourrait appeler d’autres mec à la planque ?... proposa le chat.

- Non, ils sont pas là-d’ssus en ce moment, ils s’en battent les couilles d’un Humain pris en otage par d’autres Humains. Qu’est-ce que tu…?

Le coyote cessa de s’appuyer sur le lycaon, pour s’appuyer contre un arbre. Il fouilla dans son porte-monnaie pour sortir deux billets de vingt.

- Amenez-moi là-bas. Pour le reste je peux me débrouiller.

Le lycaon regarda le billet, puis le coyote.

- Nan, pour un truc comme ça… Nan, j’en dois une à ton gars, je vais me racheter en le sortant de là.

Omar pris le billet.

- Par contre, moi j’ai rien contre, mon ami.

Otis le regarda faire et leva les yeux au ciel.

- Quoi, mec. Pour payer le transport - L’essence ça coûte dans ce foutu bled.

Le coyote se remit à tousser.

- Du moment qu’on ne perd pas de temps.


Dernière édition par Armadillio Finstev le Dim 16 Avr - 0:12, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Dim 16 Avr - 0:10


L’orée de la forêt brillait d’une vive lumière orangée. L’homme marchait de long en large dans cette petite clairière. Par dessus ses habits, une longue tenue blanche. À la base, il s’agissait d’une blouse de médecin. Il l’avait ramassé sur le corps de l’un d’eux, et y avait apporté quelques menues modification. Son visage était caché - dissimulé sous une cagoule blanche taillé dans un tissus, surmonté d’un chapeau en forme de pointe. La drôle de silhouette qui en résultait ressortait, sur la noirceur de la nuit, comme le pâle halo d’un fantôme. À ses côtés, le corps rigide d’une Mobienne à l’âge avancée. Elle était pendue par le cou à une solide branche d’arbre.

- Mes frères.

Face à lui, une dizaine d’individu portant le même déguisement, assis en rang comme pour recevoir la messe.

- Aujourd’hui va commencer les jours de la grande vengeance. Les derniers jours de l’ancien monde.

Le public se mit à applaudir.

- J’ai été enseigné, dans ma prime jeunesse, par un événement fort dramatique, que, je pense, beaucoup d’entre vous ici connaissent déjà.

Les mains dans le dos, l’homme continuait ses détours. Sa capuche au contours inexpressif, parfaitement indifférente au cadavre se balançant à l’arbre.

- Oui, ce jour où ma famille et leurs amis, bienfaiteurs pour autant, d’une naïveté presque touchante avec les sauvages, ont été massacré par ces bêtes dont elle prétendait assurer l’avenir.

Les pas lourds de l’homme à la cagoule, portant à son cou une chaînette surmonté d’un hérisson barré d’une croix, s’accentuait sur le sol de la forêt.

- De tout temps, de toute époque, il n’y a jamais eut d’accord possible - Autant tenter de négocier avec un pistolet chargé, tenu par un ivrogne - Ces êtres sont, pour notre existence même, un danger. La séparation des continents nous ont séparé des Hybrides : Mais notre gouvernement, pervers et manipulé, en a laissé entrer d’autant plus.

La foule de cagoule resta silencieuse. Un silence spectral.

- Aujourd’hui nous sommes submergé. Et le cancer se propage. Il est tellement profondément enraciné dans l’organisme naturel qu’est notre société humaine, qu’il sera difficile de l’extraire. Et la tâche se révélera impossible sans arracher une plus grande portion de chaire. Alors, oui.

Il fulminait. Car le manteau cachait l’homme ; Le discours recouvrait d’un voile de pudeur le ressentiment, dans sa nudité.

- Oui il faudra très certainement faire des sacrifices. Le système humain a changé, en s’ouvrant au progressisme de tout bord, qui tente de nous dicter qu’on peut faire de ces sauvages nos égaux, si ce n’est déjà pas le cas, engendrant un nouvel homme, ouvert au métissage de culture, et bientôt d’espèce. Homme-chien, Homme-chat, qu’importe à ses adeptes du coït arrière, comme j’aime à les appeler - Ils marcheront bientôt à quatre pattes.

Des rires s’élevèrent dans l’assemblée.

- Et le jour où les bêtes attaqueront, ils nous supplieront, ces grands lâches de l’histoire, car ici se trouvent les vrais combattants. Les véritables guerriers.

- À BAS LES FAUSSES IDOLES ! hurla un homme. Il tenait en ses mains un bâton surmonté d’une barre perpendiculaire, sur lequel brûlait l’effigie d’un hérisson bleu.

- Oui. À bas ! Comme les pointes sur lequel s’empalent les imprudents, la menace que nous représentons pour eux et difficile à percevoir. Car nous sommes la mort souhaitée d’un destin funeste programmé. Qu’on amène le traître à sa race !

Les spectateurs se séparèrent en deux groupes, pour laisser passer trois hommes tirant un troisième au sol par les jambes, battu, au visage ensanglanté. Il fut assis au centre de la Scène.

- Je t’accuses, dit l’orateur, d’avoir trahi l’espèce humaine, vendant des armes au groupes de bandits Hybride et refusant de nous livrer un équivalent. Tu croyais vraiment qu’on pourrait se contenter de ces fusils de chasse du siècle dernier ?

- Vous…

L’homme le frappa d’un coup de botte en plein menton. Le trafiquant tomba en arrière. On le releva de force.

- Une dernière chose à dire, mon frère ?

Le trafiquant, d’un âge avancé, tremblait de douleur. Il concentra ses dernières forces pour cracher en plein visage de l’orateur.

- Tu oses me dire “frère” ?... D’où sors-tu cette idée, Turner ? Du même endroit où tu as enfouis mon vrai frère de sang ?

L’homme à la cagoule resta un moment indécis.

- Tu ne sais pas ce qui va te tomber dessus. Car je t’avais trouvé avant que tu ne me trouves... Bon baiser de qui tu sais, enculé !

Turner retira sa cagoule pour regarder bien en face le trafiquant à genoux.

- Je ne vois même pas de qui tu parles. Tes divagations te coûteront cher. Car la cause ne connaît aucun gros sacrifice pour être mené à bien - et notre Guerre n’appelle aucun prisonnier.

Les oiseaux s’envolèrent des arbres environnants lorsque le coup de feu retentit. Bientôt, la lueur orangée s’éteint, laissa la forêt à son silence et à l’obscurité de sa nuit.

***

Les trois Mobiens était entassé dans l’habitacle trop petit d’une minuscule voiture à deux places, dont il manquait le capot. Le chat essayait de conduire tant bien que mal, en faisant de grands gestes pour tenter d’appréhender au mieux divers virages. Autour d’eux, des sentiers mal agencés, inachevés pour la plupart, les obligeants à foncer dans des buissons ayant poussé en partie sur la piste, puis à repartir avec des feuilles plein le pare-brise. Le pneu tomba à plusieurs reprise dans des nid-de-poules remplis d’eau.

Bientôt le véhicule atteint une zone dont le sol avait, semble-t-il, été aplati, stérilisé et vidé de ses arbres : Plus rien ne semblait avoir poussé depuis longtemps sur cette terre couleur de glaise. Cette esplanade était coupé en deux par un haut grillage. Un panneau assurait la présence de chiens de garde.

- Merde. Il va falloir qu’on trouve une entrée là-dedans, dit Otis. Au moins on a la confirmation qu’y a bien des gens qui entretiennent ce coin. Cette barrière n’était pas là la dernière fois.

- Ou alors, dit le Omar, on retourne vers le QG et là y doivent avoir des pinces pour ce genre de connerie.

- Pas le temps, d’ici là il sera déjà mort, dit le coyote en plaçant sa jambe non loin de celle du chat, plissant les yeux à l’idée de ce qui allait se produire.

- Désolé, dit Otis. Au moins tu auras fait tout ce que...

Le coyote pencha la tête en avant. Il avait déplacé sa jambe douloureuse, à raison, sur la pédale de l’accélérateur. La voiture décolla d’un coup. Otis compris alors l’intention du coyote.

- Non ! Fais pas ç…

Le véhicule traversa la zone à pleine vitesse, avant de foncer en plein dans la barrière, qui céda sous le choc dans un bruissement métallique. La voiture roulait à présent dans le vide, perché sur une barrière pliée.

- P’tain-sa-mère, commença le chat.

La clôture finit par céder et la voiture retrouva le sol en rebondissant sur ses essieux. Le véhicule continua en direction d’un groupe d’arbre, au centre de l’esplanade. La voiture ralenti avant de s’arrêter, tout phare éteint, au milieu d’une petite étendue, pleine d’arbre plantées de façon régulière aux feuilles tombantes et mal entretenus. Le coyote finit par deviner qu’il s’agissait de palmiers. Otis s’adressa aux deux autres à voix basse.

- Ok. On est là. Après, enfin je veux dire, maintenant, on fait quoi ?

- On les débusque et on butte ces fils de p’, dit Omar en armant sa MO-47.

Le lycaon pris également son fusil, et jeta un oeil du côté d’Armadillio.

- Et toi ?

Le coyote sortit son pistolet. Otis secoua la tête avec une moue mécontente.

- Hmmm, pas bon. Je sais pas si on ira loin avec ça…

Le coyote hocha la tête et pressa Omar de sortir de la voiture.

- Kwarno, attends, dit le lycaon en sortant à son tour. Qu’est-ce qu’on fait ? Eh !

Il se retourna. Il avait perçu comme un bruit, venant non de la maison, mais de l’obscurité. Alerté, Otis tourna également son canon. Ils restèrent un instant ainsi.

- Il y a… quelqu’un, là ?... demanda Otis à l’adresse du coyote.

Le chat ne savait pas sur quel pied danser. Il tournait son fusil dans tout les sens. Il finit par s’énerver, lançant un regard assassin à son associé. Très clairement, un bruissement s’était fait entendre à nouveau dans les arbres.

- On va de l’avant ou on surveille nos arrières ?

- Demande moi de choisir entre la peste et le choléra, enfoiré, dit le lycaon en secouant la tête.

Armadillio cligna des yeux, puis fit un signe de main au jeune Mobien.

- On va de l’avant. Otis, tu vois un mec, tu tires. Je doutes que PV1 soit séquestré ailleurs que dans la maison, répondit le coyote.

Omar avait déjà rabattu sa capuche, et partait vers la première rangée de buisson, après un dernier regard vers l’orée de la forêt. Le coyote, faisant de même, suivait derrière en claudiquant, le pistolet en joue. Otis fermait la marche. En passant de végétaux en végétaux, ils s’approchèrent de plus en plus d’une source de lumière encore lointaine. Le coyote avait mal, mais il se sentait si proche du but qu’il n’en faisait aucun cas.

- Là, murmura Otis.

Armadillio s’approcha. En contrebas d’une pente, se trouvait une grande maison, aux allures de palais : Au bout d’une route pavé, une cour. Puis deux tours aux toits pointus, cernés de deux ailes portant des clochers décoratifs, encadraient un bâtiment principal au toit plat et couronné d'ornements métallique. Peu de fenêtre à l’exception de trois grand vitraux.

Mais l’ensemble avait autant subit les ravages du temps que n’importe quelle autre pièce de cet empire commercial mort. Les vitraux étaient brisés, les murs noir de crasse. L’un des clocher avait été décapité, sa cloche posé sur le sol, dans une cour jonché de détritus et de palettes de bois. Le bâtiment était recouvert de plante grimpantes, non pas de jolies pièces végétales comme on pouvait le voir sur certains jardins suspendu de Grand Metropolis, mais telle de petites veines, laides, noires et sèches. Des jours meilleurs, le palais en avait aussi connu, et cela se constatait particulièrement dans la quasi-pénombre qu’offrait la nuit, lui donnant un visage effrayant. Un bruit de cliquetis, celle de balles de 9 milimètre dans un chargeur de pistolet. Deux silhouettes blanches, visible depuis la cour.

- Bon, dit Armadillio. Allons-y.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Dim 16 Avr - 22:28

Le coyote se leva à la suite d’Omar.  Les “spectres” n’eurent pas le temps de voir la menace arrivé. Ils furent écrasé sous une pluie de balle, et gisaient à présent, morts. Omar accéléra le pas. Dorénavant ils avaient été entendu. Le coyote boitilla aussi vite que possible jusqu’à la cour, pour inspecter le corps, sans baisser son arme : Un homme habillé d’une blouse blanche, portant une cagoule de forme étrange, cônique. Il passa outre, et arracha de ses mains le fusil qu’il tenait, le regarda avec dépit. Otis passant à côté ne pu s’empêcher de rire avant de reprendre sa course.

- C’est quoi ce vieux truc ?

- Aucune idée, dit le coyote en manipulant avec précaution le fusil à double canon, portant deux gâchette, à la crosse en bois décoré, avant de tirer sa bandoulière pour le glisser dans son dos.

Omar balaya les environs.

- Si c’est le matos qu’il leur a vendu...

- Eh !

Le chat leva son fusil et tira sur la silhouette ayant passé sa tête par l’un des vitraux. Un autre arriva en trombe par la porte principale, mais changea d’avis, trébucha en tentant de se remettre à l’abri. Cette hésitation le tua d’une balle dans le dos. Les trois Mobiens se dépêchèrent de courir pour se plaquer contre la porte. le lycaon tira Omar vers lui brusquement.

- Qu’est-ce que tu f...

- PAS CONTRE LE BOIS !

La planche de la porte, derrière laquelle s’était caché Omar une fraction de seconde plutôt, fut traversé par deux coups de fusil, la transformant en charpies de bois. Le coyote, de l’autre côté, arma son pistolet et répondit au coup par coup, tuant un des sbires dans l’encadrement d’un couloir d’entrée au papier peint brûlé, qui, en tombant, emporta avec lui une table sur laquelle était disposé des bouteilles, provoquant un vacarme assourdissant. Les Mobiens se pressèrent. Sur le côté, une large porte obstrué par une plaque en tôle. Le coyote frotta son oeil droit.

- Attends, dit Otis. Il est peut-être là-derrière. Omar, aide-moi à enlever ça...

- Non, certainement pas, dit le coyote qui commençait à se diriger vers les escaliers. PV1 doit être enfermé quelque part là-haut.

Il lui semblait logique qu’un otage ait été caché plus profondément dans le manoir. Mais avant même qu’il ait pu faire ou dire quoique ce soit, les deux Mobiens avait fait tomber la plaque en tôle.
De l’autre côté, une dizaine d’encagoulés, leurs armes braquées, qui n’avait attendu que ça, en embuscade ; Mais surtout, et c’est ce qui fit bondir en avant le coyote, au milieu d’une longue table en bois, posé sous un imposant lustre décrépi, une grosse mitrailleuse à manivelle de la dernière guerre. Le piège se referma immanquablement sur les Mobiens trop confiant.

Une tempête de balles arrosa Omar, qui traversé de toute part, tomba mort sur le sol. Otis avait eut le réflexe de reculer, mais, trébuchant, fut aussi touché par la rafale, du sang lui coulant le long des jambes. Des coups de fusils de chasse vinrent éclater contre le mur de façon sporadique, mais semblait assourdis par le cri assourdissant de la mitrailleuse. Le coyote tomba douloureusement dans les escaliers, tenant la rembarde de toutes ses forces. Son pistolet glissa de sa main et dévala plusieurs marches. Il se retourna. Aucun doute, ces hommes s’étaient préparé à leur venue, et certainement pas depuis quelques minutes. Une voix résonna depuis le traquenard.

- J’en ai vu un qui s’est barré en haut !

Il avait été vu. En haut, la porte était condamné. C’était un cul-de-sac. Il fit volte-face au moment où deux hommes sortirent à tout allure du salon, releva le fusil de chasse qu’il portait jusque là en bandoulière et tira le premier coup. Les éclats de grenailles traversèrent le premier homme, le coupant littéralement en deux, pour venir se ficher dans le torse de son collègue, qui fut projeté en arrière. Armadillio utilisa toute sa force pour se projeter de l’autre côté des escaliers. À l’abri pour un court instant, il réalisa qu’il ne restait plus qu’une seule balle dans ce foutu flingue colonial. Voyant qu’Otis n’était pas mort, mais qu’il rampait sur le sol, il compris que tout était perdu. L’instinct prit alors le dessus sur sa compréhension. En un souffle, il se leva, et courru se projeter dans un angle de la salle de banquet, sous le champ de tir de la sulfateuse.

Glissant sur le sol, il braqua son fusil et tira sa dernière balle dans l’imposant lustre, qui tomba lourdement sur l’homme à la mitrailleuse, mais aussi sur la table : elle s’effondra sous le choc avec un bruit sourd, plongeant la pièce dans l’obscurité et les éclats de cristal. Une voix domina malgré tout le tumulte.

- Ne reculez pas ! Il n’a plus de balle ! Il n’a plus rien, l’animal !

Le coyote tenta de se relever, pour tirer Otis de là. Mais avant qu’il n’ait pu ramasser son MO-47, une dizaine d’homme encagoulé à l’air hébété avait braqué sur lui leur fusil.


- Amenez-moi ça là, dit la voix.

De grosses mains se saisirent du coyote pour le traîner dans la pièce assombri, éclairé par la lueur orange des flammes. Le lustre en s’effondrant sur la mitrailleuse à manivelle, avait provoqué une détonation, déversant le liquide inflammable contenu dans ses torches, mettant le feu à la table.

Un gros homme applaudissait lentement.

- Pas mal, animal, pas mal, tu sais faire des tours. Mais ça n’a pas suffit pour détrôner tes maîtres.

Le coyote fut forcé de se mettre à genoux, tandis que les hommes aux mains tremblantes le mettaient en joue.

- Alors, sauvage, dit l’homme en retirant sa cagoule, dévoilant un visage aux cheveux sombre et aux yeux fanatique. C’est donc toi, le déluge que nous avait promis ce trafiquant d’arme ?...

- “avait promis” ? De quoi ?

Le chef se mit à rire.

- Oh - et bien tant pis. Votre petite mascarade n’aura pas raison des Turners.

Le coyote compris alors à qui il avait affaire. Mais il était tard, bien trop tard pour le découvrir.

- En joue…

Deux bruits, un cri. Et la façade qui s’écroulait.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Gardien des Nations unies
avatar
Gardien des Nations unies
Messages : 18
Date d'inscription : 24/01/2017
Age : 20
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Mer 26 Avr - 2:45

Une explosion venait de faire voler la façade du manoir en éclat. Des morceaux de mur et de plancher arrachés à la structure traversèrent le salon, soulevant un nuage de poussière aveuglant et des cris de panique. Les débris ensevelirent la table enflammée et plongèrent la pièce dans l’obscurité pendant quelques secondes, empêchant la lumière de la lune d’entrer dans la salle en proie au chaos.

Simultanément, d'assourdissantes sirènes s'élevaient autour du bâtiment, noyant les gémissements de douleur d’un homme coincé sous les décombres.
Plusieurs petites bouteilles métalliques traversèrent le nuage de poussière provoqué par l’explosion, roulant sur le parquet abîmé avant de s’ouvrir en deux. Elles expulsèrent une fumée irritante et opaque, ajoutant à la confusion. Rendus aveugles par la fumée, sourds par les sirènes, les esprits les plus faibles furent persuadées d'être attaqués par une mystérieuse force militaire organisée et certains se précipitèrent vers les portes de la salle. Deux fanatiques impatients ne purent réaliser à temps que tous les accès menant vers le rez-de-chaussée avaient été démolis par d’autres explosions tout autour du bâtiment ; ils se brisèrent les membres sur le sol inégal. Leurs hurlements empêchèrent leurs compagnons plus lents de subir le même sort, mais ils commençaient à comprendre qu’ils étaient tombés dans un piège, et que rien de plus rassurant ne les attendaient.

Turner, aussi paniqué que les autres mais étrangement calme à la fois, hurlait des ordres à qui il supposait pouvait les entendre. Il rassembla ainsi autour de lui deux, puis trois, puis six de ses subordonnés, durant quelques secondes où rien ne se produisit.

Les sirènes s’étaient tues pendant le massacre. A cet instant, plus aucun d’eux ne pensait être assaillis par les autorités, ce que le ou les attaquants devait avoir deviné ou prévu. Depuis quand étaient-ils observés ? Par qui ? Qui leur prisonnier avait-il engagé ? Autant de questions qu’ils s’efforçaient de taire pour se concentrer sur leur environnement immédiat.
Il réalisait qu’ils devaient sans doute sortir de là lorsque, comme sortant de nulle part, un petit appareil clignotant glissait sur le parquet jusque sous les pieds d’un de ses hommes. Paniqué, il tira le dernier coup de sa carabine dans un bruit de tonnerre. Alors qu’il tombait à terre, un autre craquement se faisait entendre. Plus étendu. Plus lourd.
Inévitablement détruit par l’explosion, le plancher ne put en supporter plus et s’effondra directement sous les pieds des survivants, à grand renforts de craquements et de cris coupés courts par l’atterrissage brutal. Ne laissant qu’un trou béant avaleur d’hommes, la salle ravagée donnait l’impression d’une entrée des enfers.

Et c’était bien au fond de ce puit que la fin les attendait. Coincé sous les débris, tournant dans tous les sens pour tenter de se libérer, Turner fut le premier à la voir.
La silhouette aux yeux de démon.
Trempé de transpiration, il tournait et se retournait, agitait les jambes, gémissait, mais rien de ce qu’il ne tentait ne parvenait à le décoincer. Dans le même temps, la silhouette avançait, se révélant par un rayon de lumière bleuté tombant dans le fond du puit.
Pas un démon. Une Mobienne !  Des yeux jaunes fendus comme ceux d’un serpent, des oreilles velues dépassant de sa chevelure de feu ! Ce masque noir cachait certainement une gueule salivante garnie de crocs luisants ! Ses gants, des griffes dignes d’un animal sauvage !
Peu de Mobiens correspondaient aussi fidèlement à la description qu’il en faisait !
Il fut pris d’un rire hystérique secouant tout son corps, alors qu’un coup de feu résonnait dans la salle et réduisait au silence un homme aux jambes brisées.

- C’est toi qu’il a envoyé, hein ? C’est trop tard de toute façon, trop tard !

Plus elle avançait, achevant chacun de ses partisans d’une balle en pleine tête, plus son rire perdait de son sens, de son souffle, et les larmes lui venaient aux yeux sans qu’il ne ressente ni colère ni tristesse.

- Des erreurs ! Vous n’êtes que des erreurs de la nature !

Le dernier homme avant lui, coincé de la même manière, elle lui écrasa la gorge sous sa botte. Aucun d’eux ne lui accorda un regard alors qu’il s’étouffait lentement, entendait ses oreilles siffler, ses vertèbres craquer…

- Je le savais ! Je l’ai toujours su !

Une détonation.
Deux. Trois.
Puis le silence.

___________________________________________________________________


Loin d’ici, quelques semaines auparavant.

Un Mobien hyène attendait, adossé contre le mur d’une ruelle sale et sombre, sous un ciel gris et humide. Il tirait sur une cigarette au coin de sa bouche, sur son col, sur ses manches, sur les mèches grasses s’échappant de son bonnet. Nerveux.
Il détestait arriver en premier à ce genre de rendez-vous. Elle et son sens de la mode tordu, il savait jamais de quel côté elle allait apparaître… La dernière fois, elle lui avait dit qu’il s’agissait d’une question de vie ou de mort, mais elle avait surgi droit d’une plaque d’ég-

WAAAA-

Juste en face de lui, une forme humanoïde sombre venait d’atterrir avec ce qui lui semblait un bruit de tonnerre, les trompettes du paradis et tout un régiment de chevaux de parade hystériques.
Rapide comme l'éclair, une main gantée se plaquait sur sa bouche, transformant son cri affolé en gargouillement confus.

Ce n'est que moi.

La phrase, qui se voulait plus ou moins rassurante, sonnait vide de sens provenant d'une silhouette habillée comme un anti-héros de comics. Lorsqu'elle fut assurée qu'il baisserait d'un ton, l’encapuchonnée le laissa respirer – ou plutôt crachoter pendant quelques secondes jusqu'à ce que ses poumons soient libérés.

Tu sais, la Peste, avec moi tu pourrais éviter la tenue d’Hallowee-
Est-ce que je t'ai autorisé à ouvrir la bouche ?

Décidément, quelle fille aimable ! A qui pouvait-elle bien faire confiance si ce n’était pas en sa meilleure source d’information ?

Qu'est-ce qui nécessitait un tel rendez-vous ?
Euh, oui, donc, j'ai une offre pour toi. De la part d'un ami.

Elle pencha la tête, dans un mouvement interrogatif… et moqueur.

Oui, bon, une connaissance. T'es pas la seule à classer dans mon entourage peu fréquentable.

Il ne put voir ses yeux appeler le ciel à l'aide, mais il pouvait plus ou moins le sentir.

- Je sais.
Ah-herm. Donc, il y a ce type qui réglait un deal quelque part, rien de bien important, et puis soudainement il s'est mis à parler d'une affaire différente, comme quoi il avait besoin de quelqu'un qui pouvait s'occuper de choses plus... plus dangereuses, et personnelles. Donc je lui ai parlé de toi. Il connaissait déjà certaines de tes missions, il a tout de suite été intéressé. Si toi ça te tente, je te mettrai en contact avec lui. Ça te va ?
Qu'est-ce que tu sais sur lui ?
Un intermédiaire dans des histoires de trafic d'armes. Humain. Plus très jeune. Je crois que c'est une histoire de vengeance, mais bien sûr je n'ai demandé aucun détail. Euh, il se faisait appeler « PV1 », un truc du genre.
Pigeon Voyageur.

Elle s'était adossée au mur en portant la main à son museau, dans une attitude pensive. Elle avait déjà entendu ce genre de pseudonyme plusieurs fois. Personne ne lui avait encore proposé de contrat contre eux ou pour eux, par faute de renseignements, ou simplement parce que ça ne concernait pas ses clients habituels.
Cependant, obtenir plus de détails ne serait pas sans intérêt.

Tu le connais ?
Jamais rencontré. Continue.
J’ai pas grand-chose d’autre. Il veut d’abord savoir si je dis pas des conneries. Je lui ai donné rendez-vous ailleurs demain, s'il est toujours intéressé.

Quelques secondes passèrent pendant lesquelles l’hyène la laissa réfléchir en silence.

Bien. Donne-lui le numéro. Je verrai le reste avec lui. C’est tout ce que tu as à dire ?
Euh… oui.

Sa langue claqua sèchement.

- Je t’ai déjà dit de ne pas me faire perdre mon temps.

Sans rien ajouter, elle repartit d’où elle était venue… où que ce soit.

Quelle fille aimable.


______________________________________________________________________

D’un saut qu’on pourrait qualifier d’élégant dans d’autres circonstances, la chasseuse prenait appui sur le tas de débris ensevelissant ses victimes pour accrocher le plafond effondré et remonter dans la salle du haut.
Tout était maintenant aussi silencieux qu’un manoir abandonné pouvait l’être.

L’encapuchonné coincé par la première explosion avait fini mourir, s’étant vidé de son sang en quelques minutes. Elle lui arracha son habit blanc, dans l’intention de recouvrir le corps du chat. Il fallait aussi qu'elle descende la pauvre vieille de cette branche d'arbre, dans la forêt.
Elle ne se sentait pas le droit de les pleurer, n'ayant eu aucun scrupule à les sacrifier pour gagner du temps, aussi répugnantes que soient ses cibles, aussi affreuses que soient les occupations de son employeur et éventuellement des trois Mobiens venus le libérer.
Cependant, la pensée des victimes de Turner, abandonnées ainsi dans des positions humiliantes, elle ne pouvait le supporter. C'était comme si elle laissait cette nuit-là, à Westopolis, se répéter.

Ils ne méritaient pas ça.

Elle secoua la tête, s’approchant silencieusement du cadavre à la fourrure ensanglantée.
Elle posa un genou à terre près du chat pour étendre le linceul improvisé sur son corps criblé de balles, puis se releva pour tourner les talons aussitôt.
Entourée par une dizaine de cadavres sanguinolents, c'était pourtant les délicates fleurs rouges se dessinant sur le tissu blanc qui lui donnaient envie de vomir.

Sortant de la salle pour s'enfoncer plus loin dans le manoir, elle put constater qu'une traînée de sang garnissait maintenant la moquette mangée par les mites du couloir.
Un fanatique blessé, ou bien ces deux autres Mobiens dont elle avait remarqué l'absence du champ de bataille, maintenant silencieux ?
Passant lentement le coin du couloir, elle vit effectivement le coyote, tirant par les bras son compagnon dont les jambes laissaient les traces sanguinolentes sur le sol. Il ne l'avait visiblement pas encore vue.

En mettant un pied devant l'autre, elle entendit un crissement familier. Lorsqu'elle baissa les yeux, elle vit du sable sous ses chaussures. Soudainement, le couloir se désagrégeait pour laisser place à un désert. Elle s'immobilisa net. Etait-ce un rêve ? Une hallucination ? Ou bien était-elle toujours là-bas, dans la Vallée, et tout le reste n’était qu’une crise ? Ses souvenirs se brouillaient avec un mal de tête grandissant.

Où suis-je ?

Relevant la tête dans une tentative pour trouver un élément familier, il lui sembla reconnaître le coyote.
Elle s'élança dans un effort extraordinaire et attrapa le menton du Mobien pour le relever brutalement, et mieux voir son visage.

Kubayev ?

Au moment où elle élevait la voix, l’illusion disparut. Restait seulement le visage abîmé d’un coyote qu’elle n’avait jamais vu auparavant.
Elle le lâcha sans délicatesse, jetant un regard au lycaon blessé, maintenant inconscient. Ses vêtements sanguinolents ne cachaient rien des dégâts qu’avaient subies ses jambes.
Dramatiques.

- Ça ne tiendra plus très longtemps.

Dit-elle manifestement au coyote, mais ne lui adressant plus un regard. Effectivement, secouée par plusieurs détonations, d’autres portions du bâtiment pouvaient s’effondrer à tout moment. Le commentaire pouvait d’ailleurs tout aussi bien désigner les jambes du blessé, qui perdait rapidement son sang. Si le manoir ne dévoilait aucun matériel médical…
Mais elle avait encore quelques points à régler. Elle se remit en route et disparut rapidement au fond du couloir.

Elle entra enfin dans ce qui semblait être la salle où devait être retenu son client. Une chaise avec des liens défaits, une certaine quantité de sang – déjà ancien. Si elle devait en croire les mots d’un fou aux portes de la mort, son client ne présentait pas de grandes chances de survie.

La porte au fond de la salle était ouverte. Une seule option pour d’éventuels fuyards : la véranda défoncée où ils avaient garé leurs véhicules.
Véhicules préalablement sabotés, chose dont ils n’étaient pas au courant.

Lorsqu’elle glissa un regard dans la véranda, les deux fuyards – les derniers, si elle s’en tenait au compte observé - venaient de comprendre qu’ils ne parviendraient à faire démarrer aucun des véhicules. Ils se disputaient sur l’utilité de prendre le temps d’en réparer un lorsque l’un d’eux se vit soulagé d’une bonne partie de sa boîte crânienne, qui vint décorer celle de son compagnon horrifié. Mû par un instinct de survie hors du commun, il se laissa tomber à terre à la seconde où un deuxième tir rasait son cuir chevelu, s’arrachant à la ligne de tir derrière une imposante jeep.
Lorsqu’elle sauta par-dessus la jeep, le fanatique débarrassé de son masque courait déjà à toutes jambes entre les arbres.
Elle jeta un rapide regard derrière elle.
Puis s’élança dans la forêt à la poursuite de sa dernière proie.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur https://www.artstation.com/artist/rouve
Neutre
avatar
Neutre
Messages : 147
Date d'inscription : 10/07/2016
Age : 24
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   Ven 28 Avr - 1:58

Le coyote repris alors pleinement ses esprits, se releva et essuya la poussière qui l’avait recouvert. Par terre, Otis, son téléphone portable à la main, tentait tant bien que mal d’y composer un numéro. Armadillio se baissa et leva la main en signe d’appaisement. Mais le lycaon ne s’arrêtait pas de trembler, même lorsqu’il perdit conscience. Le coyote pris le portable et composa le numéro de sa planque.
En expliquant la situation, il suscita la curiosité du gang. Une trentaine de minute plus tard, des bruits de motos se firent entendre dans la cour.

Le gang se dépêcha de récupérer Otis, ainsi que le corps d’Omar. Plusieurs d’entre eux vinrent constater les dégâts. Il fut trouvé un homme, qui s’était fait tiré dans le dos, pas encore tout à fait mort ; On l’interrogea sur PV1. Avant de rendre l’âme, il déclara que celui-ci se trouvait dans le jardin. Deux loups firent main basse sur des pelles caché dans l’aile droite du bâtiment, ayant servi de cabane à outils, et se mirent à creuser à l’endroit indiqué. Un crâne d’homme aux ossements brûlés fut exhumé. Un grand élan, aux bois cous, s’approcha de lui. Le chef d’Otis.

- Désolé pour toi, gars. Il va falloir te trouver un autre associé.

Le coyote hocha de la tête, le regard fixé sur le crâne aux orbites vides.

- Bon ceci dit, j’ai toujours pas compris pourquoi y a eut tout ce bordel, ajouta-t-il. Ils sont tous morts, et vu ce que tu m’as dit, c’est certainement pas un de mes gars...

- Fille. C’était une fille.

Le coyote l’avait pressenti, au moment où la tireuse masquée s’était approché de lui, l’invectivant de paroles au sens inconnu. Comme si elle avait pu, dans la tempête qui avait précédé son arrivée, le confondre avec un autre. Un autre coyote.

- “Kubayev”…

- Ok, admettons. Ensuite, quoi ? ça m’explique pas pourquoi ton gars s’est fait flinguer.

Armadillio secoua la tête, la gorge noué, et désigna du pied l’une des armes ayant appartenu aux spectres.

- Ces fusils date des colonies. Si PV1 leur avait livré du vieux matériel, c’est qu’il avait quelque chose contre ce Turner.

- Turner. C’était un fils de pute, dit l’élan. Mais c’est vrai que vous les trafiquants d’armes, vous faites pas trop la différence…

- À priori, dit le coyote d’un ton évasif. Par principe il aurait pu refuser de leur vendre de la marchandise en invoquant d’autre problème. Mais le fait de leur livrer des armes de pacotilles à la place… Turner m’a demandé si j’étais le déluge attendu. Je crois que PV1 avait planifié la disparition de ces mecs.

- Il avait quelque chose, personnellement, contre eux ?

Le coyote haussa les épaules. Puis alors que l’élan lui donnait une claque dans le dos, il se souvint du dossier posé sur le siège de la petite voiture d’Omar.
Otis avait été allongé sur une table dans la cour. Le coyote mis la main sur son épaule, malgré l’alcool qu’on lui avait fait boire afin de calmer la douleur, le lycaon eut la force de lui sourire.

- Toi, dit le coyote. Je pense qu’on va se revoir.

- ça… s’pourrait, dit le lycaon avec une élocution pâteuse. Si… tu cherches qu...quelqu’un pour un n’veau Pigeon V’yageur...

- C’est de ça dont je parlais, dit Armadillio avec un ton effacé. Mais ce sera pas pour tout de suite.  En tout cas, j’ai ton numéro, on reste en contact.

Le lycaon hocha la tête. Puis, ses yeux s’ouvrirent, ronds. En direction du ciel.

- Oh…!

Le coyote leva la tête. Au-dessus d’eux, non pas un, ni même deux, mais trois Hélicoptères Noirs. Pour la première fois, apparement, en vol stationnaire. Ils les observaient. Les autres personnes présentes ne se rendirent pas tout de suite compte de leur présence, jusqu’à ce que l’un d’eux les signale à grand bruit. L’élan pris un fusil à pompe qui traînait par là et commença à tirer en l’air.

- Haha ! Vos manigances ont foiré, oiseaux de mes couilles ! On les a eut, vos spectres !

L’imitant, bientôt toutes les personnes armées se mirent à tirer. La clairière se remplit bientôt des bruits des canons, faisant fuir les oiseaux perché dans les arbres alentours. Les Hélicoptères envoyèrent des feux de signalisation et repartirent comme ils étaient venu, sans la moindre explication et sans laisser la moindre trace.

***

Assis dans la salle d’attente de l’aéroport, le coyote mis les documents sur ses genoux, pour en parcourir le contenu. Le premier était un court manifeste.

<< L’Ordre Nouveau ne refuse aucun sacrifice, tant que ceux-ci ne l’empêche pas d’être instauré. Défendre l’humanité contre les traîtres à sa race, et contre les hordes de sauvages.


Pour moi, Earl Turner, je le déclare, l’Homme est le plus fort, de par son intelligence et son niveau de civilisation. le rôle du plus fort est de dominer, non point de se fondre avec le plus faible, en sacrifiant ainsi sa propre grandeur. Seul, le faible de naissance peut trouver cette loi cruelle (...) >>


Il décida de le poser à part du reste - ce tissu de conneries ne recelait que peu d’intérêt. Un article de journal, parlant du destin funeste d’un certain Paul Turner - sans doute le père de Earl. Il lu l’intégralité de l’article. En tout cas, cela expliquait la haine de ce dernier contre les Mobiens. Il posa l’article de côté, et entama la lecture d’une longue liste de date.

<< (...)
Juin :  23
Juillet : 14
Août : 12
Septembre : 15
Octobre : 10
Novembre : 19
Total année 1 : 73
(...)
Total année 2 : 87
(...) >>


Armadillio regarda avec perplexité les suites de chiffres sur le papier, avant de les reconnaître. On les lui avaient déjà donné, sur la 200.1. Les apparitions des Hélicoptères Noirs. Le coyote tourna la page. Une page de journal. Celui d’Earl Turner.

<<
Le Gouvernement a honte. Après tant d’années de réflexion, il m’est apparu clairement que la seule raison pour laquelle Ils nous survolent avec leur Hélicoptère Noirs est leur culpabilité. Après avoir abattu les Mobiens retourné à l’état sauvage, ceux-là même qui avaient massacré ma famille, ils m’ont interrogé plusieurs fois. Je ne leur ait rien dit à l’époque de ce que m’avait dit à son dernier repas le Docteur Pierce, et j’en fus bien inspiré. À l’époque je ne savais pas qu’ils seraient plus tard mes pires ennemis. Malgré toute leur battues, ils n’ont pas réussi à localiser le laboratoire de Pierce, ce qui était normal vu que celui-ci, se trouvant dans l’usine de viande d’Andrew MacDonalds, avait été totalement détruit.

Les Gardiens des Nations Unis ont alors commencé à faire un grand nettoyage parmi leur responsable scientifique (section recherche militaire). C’est après l’affaire, le “MacMillan-gate”, que les Gardiens ont considéré que cette direction avait été mal gérée, poreuse, inadaptée, et que désormais les chercheurs devaient être trié sur le volet. Plus jamais d’indépendants, et plus non plus de travail directe avec des entreprise sur un certain nombre de domaines - déjà, sur le spatial (c’était déjà le cas un peu moins de 50 ans plus tôt) - maintenant sur la recherche Génétique.

Cependant il reste parmi mes documents quelques notes de recherches concernant celle-ci. Le Gouvernement donnerait beaucoup pour rapatrier tout ce qui ressemble à la Third Offset Strategy. Peut-être parce qu’aujourd’hui son objectif a changé. Il s’est détourné de la menace Hybride pour se concentrer sur la menace représenté par les Robots d’Eggman, existant en masse et capable à terme d’être plus nombreux que tout groupe à la surface de Mobius.

Cet autre génie Humain mériterait pourtant bien plus de considération que le simple qualificatif d’ennemi - En effet, une alliance entre notre Gouvernement et son Empire, ne nous permettrait-il pas de mener à bien une guerre raciale, une guerre d’extermination contre les sauvages ?... Encore faudrait-il que ce Gouvernement ne soit pas un fruit pourri et traversé par nombre de vers pro-Hybride. Ne sous-estimons aucune innovation - c’est après tout grâce aux Scientifique Meers que Pierce et son équipe ont sû comment influer sur les foetus humain par le biais des ovocytes.

Parfois, encore, je me demande si nous n’arriverions pas, moi et mes hommes, à trouver un moyen pour créer cet Homme Nouveau, cet Être Supérieur dont parlait le Docteur Pierce. Mais - pour ce faire nous n’avons que nos dix doigts et quelques très vieux plans traitant de recherches génétique ayant appartenu aux chercheurs militaire mis en cause dans le “MacMillan-gate”. J’espère de tout coeur qu’un jour notre Ordre vera l’Aube pointer - que les humains se reprennent en main, fassent alliance avec le savant inventeur de machines, et qu’ensemble nous régnons, partout, sur Downunda, sur Soleanna, sur Apotos, depuis l’Holoska jusqu’au Chu-nan, jusque dans les plus petits recoins de Mazuri.

Une planète pour la race humaine.

Car la race prime sur tout. Ne parle-t-on pas d’être “plus humain” lorsque plus civilisé ? Si on évoque encore aujourd’hui les termes d’états Humains, et d’états Mobien, et si le métissage est interdit, c’est pour des raisons biologique, n’ai-je pas raison ? Les États à la surface de Mobius sont des organismes raciaux, non pas économique ou juridique. C’est ce que j’en retiens.

Oui, elle prime décidément sur tout. Et elle primera sur tous. Car l’avenir sera aussi florissant que ce qu’on toujours voulu les pères fondateurs - un Monde plus Humain. (...)
>>


Armadillio jeta le pamphlet. Il découvrit ensuite un papier remplis de schéma au stylo-bille. Il cru y distinguer au milieu des schémas une représentation dessinée, un petit lézard donc les mâcheoire semblait relié à deux tuyaux branché à un appareil sur son dos. C’était donc cela que le Gouvernement désirait tant ? Il froissa le papier. Rien de lisible, rien de compréhensible.

Le coyote soupira. Son avion était déjà en vue sur la piste d’atterrisage. Il ne restait que deux petites photographies en noir et blanc. La première était celle d’une dame d’une vingtaine d’année à l’air hagard. Armadillio avait déjà vu ce visage quelque part. Cela était sans doute dû aux événements récent mais il croyait y reconnaître les traits de son associé récemment mort. Une autre photographie, au contenu étrange, représentant ce qui ressemblait à une sorte d’échographie sur lequel se lisait deux silhouette - Une sorte d’enfant monstrueux, sans doute les expériences auquel Turner faisait référence.
Avant de tout déchirer et de jeter la liasse de papier aux données sensible dans l’eau des toilettes, le coyote retourna la photo, pour voir si une date était donné. Rien de tout cela. Juste une inscription au crayon, énigmatique :

“Pour toi, je le ferai. Petit frère.”

FIN
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé
profil +

MessageSujet: Re: T.O.S [Réservé]   

Revenir en haut Aller en bas
 

T.O.S [Réservé]

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1

 Sujets similaires

-
» Table réservée "Manoir Tudor"
» [Series] Mes avions préservés by Sylvain.G
» Titre et billet d'avion réservé aux français ?
» Vampires-Ogres v Lézards-Nains, 1k par armée
» Salles de travail réservée à l'Evesque M4DBORIS

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Mobius Chronicles :: Les Nations unies :: Empire City-