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 La Boule Noire [Réservé]

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MessageSujet: La Boule Noire [Réservé]   Ven 19 Mai - 19:28

Adam Lyudskov poussa la porte vitrée du café. Avant d’y entrer, il agita le parapluie maculée d’eau qui l’avait protégé d’une pluie tombant à verse, au-dehors. La porte grinçait sur ses gonds alors qu’il essuyait ses chaussures boueuses sur le tapis faisant office de paillasson ; Il ôta sa veste, cirée, verdâtre, pour la placer sur un crochet. Il tourna la tête. Le café, aux forts relents d’humidité, aurait pu sembler fermé au premier abord. La seule ampoule encore en marche avait grillé, et la gérante ne l’avait pas encore remplacé. Au travers de la vitre sale, la lumière grise du dehors se reflétait, en fil de clarté, sur des murs à la peinture craquelée. À l’obscurité semblait s’ajouter le vide : Les chaises, dépareillées, étaient retournées sur les petites tables, et personne ne semblait avoir pris place dans l’estaminet - pas même une serveuse, ou une caissière. L’absence de celle-ci n’avait rien de bien exceptionnelle ceci dit - C’était la non-présence d’une autre personne qui préoccupait Adam.
Le lapin jeta un oeil aux alentours, tira sa manche, regarda sa montre. Il était pourtant à l’heure. Tant pis ! Il attendrait.

Il s’avança vers le bruit étouffé de la petite télévision, placé bien en hauteur. Les petits bonhommes à l’écran, à moitié défiguré par le bruit du vieil écran, bougeaient leur lèvres, mais rien n’en sortait. Le lapin s’approcha de la télévision, pour en augmenter le sons.

- ...qui, entre nous soit-dit, me semble un peu abusif. En effet, votre manière de penser ne peut qu’amener le génie Mobien à la ruine, non à se dépasser lui-même, dit, à l’image, une femme habillé d’un costume rouge.

- Le génie se dépasser lui-même… murmura le lapin.

- Voilà qui est absurde. Avez-vous la moindre idée de quoi nous parlons, avant de brandir l’argument de “l’ordre” ? sembla lui répondre la télévision.

Plusieurs voix sur le plateau se mirent à parler en même temps, la voix de la femme tentant, sans crier, de dominer le brouhaha d’un ton autoritaire.

- Depuis le début, nous en avons, moi et les autres invités, une idée très claire, oui : C’est vous qui cherchez à embrouiller le débat. Votre discours est creux et se fondent sur des idées malsaine et rétrogrades. Je vais vous le dire…

Le lapin avait pris une chaise, près du mur d’en face, pour la retourner et la poser par terre à son emplacement favoris, fasciné par la discussion animé dans le boîtier de la télévision. Il ne comprenait pas toujours ce qu’y disait le monde qui y passait. Néanmoins son bruit et ses couleurs avaient quelque chose de rassurant. Il comprenait le fonctionnement de l’appareil : Malgré tout, il conservait toujours quelque chose de magique à ses yeux. La télévision donnait l’impression de ne jamais être tout à fait seul. Une bouche toujours remplie, une incorruptible bavarde. Il s’appuya contre la façade. Malgré l’état de sa peinture, on pouvait encore y distinguer les silhouettes des dessins qui y avait été réalisées. Un arbre, peut-être un pommier, vert, printannier, remplis de fruits aux couleurs vives, éclairés par les reflets de l’eau sur la vitre, coulant comme autant de serpentins de lumière.

La porte des toillettes claqua au fond de la pièce. Suivit du résonnement d’une voix grave dans la pièce vide.

- Alors, frérot, non seulement on est en retard, mais en plus on ne vient pas me dire bonjour ?

Adam se retourna avec surprise, se leva, accourut dans les bras tendus de son frère aîné. L’accolade dura quelques instants, avant que celui-ci ne déclare avoir mal aux côtes. Lorsqu’il lui dit qu’il était resté attendre aux toilettes pour profiter du seul chauffage en marche dans le café, Adam resta silencieux, l’air interdit. Il tira à nouveau sa montre de sa manche.

- C’est fou, j’avais pourtant l’impression d’être pile à…

Il regarda mieux le cadran. Les aiguilles s’étaient arrêtés. Son frère tapota du doigt sur la montre avant d’ébouriffer ses cheveux.

- Les piles. Les piles sont morte.

En effet : la montre était inerte. Il laissa retomber son poignet.

- Encore ? Bon sang... C’est au moins la troisième fois que ça arrive en deux semaines…

L’aîné posa une autre chaise à côté de la table où était assis Adam.

- Où tu les as acheté ?

- Au magasin de journaux du vieux, tu sais, Krepov, répondit le lapin en s’asseyant à son tour. Je n’allais quand même pas aller faire des kilomètres pour aller vers la ville où je ne sais où pour des bêtes piles.

- Et pourtant ! Il faut parfois perdre du temps pour arriver à l’heure - Mais dis-moi, raconte, comment ça va depuis la dernière fois que je suis passé ?

***

Rien de spécial. Cela avait été la réponse d’Adam dans un premier temps. Un an ou presque que Cyryl était parti travailler à la ville. Il arborait une très belle veste, d’un cuir noir, qu’il lui montra avec un sourire, et une paire de lunette de soleil.

- Il ne fait pas bien soleil, pourtant, ironisa Adam.

Cyryl hocha de la tête, et répondit par une phrase quelque peu énigmatique, comme il en avait l’habitude.

- ça dépend. Les temps changent.

La caissière était revenu dans le café. Elle salua en passant les deux frères avant de retourner d’un pas lourd et maculé de boue derrière son comptoire. La Mobienne d’un certain âge, une vache, essuya ses cheveux sur son tablier avant de fouiller sous le lavabo, activant la valve de gaz pour activer les radiateurs de la pièce principale, et servit deux thés à la demande d’Adam.

- Je te paye.

- Non non, attends, c’est moi, dit Cyryl en sortant son portefeuille.

Le portefeuille, épais était garni de liasse de rings. En penchant les yeux dessus, le lapin manqua d’y faire tomber ses lunettes trop grande. Il se dépêcha de les remettre en place. Mais Adam avait eut le temps de voir ce qu’il tentait de lui cacher, et les arracha de son nez. Ce fut un choc. Sa tasse manqua de lui glisser des mains. Il tenta de la rattraper, mais ne parvint qu’à la bloquer contre le mur, le liquide brûlant coulant tout le long de la paroi. Il la reposa sur la table et s’essuya les mains.

- Par Celui qui sauve… Cyryl. Qu’est-ce qui t’es arrivé ?

Son frère aîné faisait mine de ne pas l’écouter. Ses deux yeux étaient cerclé de grosses cernes bleues. Des cernes bleus, sous deux yeux, l’un à la pupille verte, l’autre, sans couleur, crevé, sous le sparadrap tentant de masquer les points de sutures qui traversait son visage comme une balafre, dans une partie du visage d’un rose violacé et dépourvue de fourrure.

- Ça ? Dit-il en montrant son oeil manquant, d’un ton qui se voulait léger. Ça, ce n’est rien de bien méchant. Un accident au travail, je suis tombé - par accident… sur une machine. Enfin plutôt sous la machine. Dessous.

Adam semblait catastrophé. Il avait toujours été proche de son frère. Il sentit une boule dans l’estomac. C’est comme si c’était lui qui venait de perdre un oeil. Son frère, os de ses os, chair de sa chair. Et il ne lui avait jamais fait mention de cela. Il avait eut l’impression de le perdre lorsqu’il était partit du village pour aller tenter sa chance ailleurs. Ignorer ce qui lui était arrivé, c’était savoir qu’il l’avait perdu. Loin des yeux, près du coeur, disait le prêtre. Il avait l’impression d’avoir perdu un oeil.

- "Rien de bien méchant" ? Mais qu’est-ce qu’il y a de méchant pour toi !

Sa voix avait résonné dans la pièce. La vache en train de balayer tourna la tête, et vit alors tout le thé étalé sur les fruits de l’arbre peint.

- Ce qu’il y a de méchant ? Perdre mes deux yeux, répondit Cyryl d’un ton acide. Cela aurait pu arriver si je n’avais pas été aidé par le patron ; Je lui dois une fière chandelle de ne pas avoir totalement perdu la vue.

- Eh bien, c’est du propre, dit la vache en approchant avec une serpillière.

Adam s’écarta pour la laisser éponger le thé qui perlait sur le sol, en s’excusant. La caissière ne dit rien, mais lui apporta une deuxième tasse. Il la remercia, des larmes dans les yeux. La porte d’entrée grinça sur ses gonds.

- Écoute, ce sont des choses qui arrivent, Adam, dit Cyryl en posant la main sur son épaule. Ça pouvait pas ne PAS arriver. Souviens-toi de ce que disait Papa. Cela n’arrive que lorsque c’était écrit par Celui qui choisit notre voie.

Le cadet resta un instant silencieux, et se moucha.

- C’est ce qu’il disait, oui. Il le disait aussi sur son lit de mort.

- Adam ! Ne dis pas ça...

Ce dernier secoua la tête devant les sourcils froncés de Cyryl. L’aîné remit ses lunettes de soleil en place. Depuis la disparition de son père, son petit frère semblait toujours à cran.

- Est-ce que tu doutes ?

Il détestait quand Cyryl lui parlait comme ça. Il lui donnait l’impression gênante d’être à nouveau retourné en enfance. Il secoua à nouveau la tête, et se moucha. Resta le regard vide devant l’enveloppe que lui tendait son aîné.

- Non. Jamais.

- Alors s’il n’y a pas de doute, il n’y a pas de problème.

- Bonsoir !

Les lapins ne se retournèrent pas, se contentant de répondre à l’aveuglette au nouveau venu. Adam entendit le bruit de ses pas s’éloigner en direction des toilettes.

- Ne soit pas stupide, prend-la, dit Cyryl en désignant de la tête l’enveloppe posé sur la table.

Adam leva la main pour la poser sur l’enveloppe. Comme ce que son aîné envoyait chaque mois. Elle était pleine de billets. Peut-être un peu plus épaisse, Cyryl ayant bourré rapidement l’enveloppe pour faire sécher ses larmes. Il ferma la bouche, laissant un silence lourd s’installer, à peine dissipé par le bruit de la télévision. Soudainement, un bip, électronique, répétitif commença à se faire entendre. L’aîné sortit de sa poche son portable et appuya sur le bouton pour répondre. Mais, trop rapide, son doigt avait glissé sur le bouton haut-parleur. Une voix rauque sortit du combiné. Son frère pu juste entendre distinctement trois syllabes, donc il ne parvint pas à déceler le sens.

- “pévédeu ?”

Cyryl se dépêcha d’enlever le haut-parleur. Adam le regarda faire.

- Allo ?... Attends. C’est le travail, dit-il à l’adresse d’Adam.

Son frère se leva de table et lui fit un signe pour lui dire de patienter, et se dirigea vers les toilettes. Il se sentait encore engourdi, attendit un moment. Tourna à nouveau son regard vers la télévision. Les gens autour de lui avaient tant à se dire.


Dernière édition par Armadillio Finstev le Lun 10 Juil - 21:13, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: La Boule Noire [Réservé]   Dim 21 Mai - 12:49

HS - nldr : beaucoup de correction ont été faite après relecture sur le premier post. - HS

Le temps était passé. Le rendez-vous n’avait pas été fixé tôt : On arrivait bientôt à la fin de l’après-midi, et la caissière commençait à s’affairer, tirant sa caisse presque vide, repassant encore un torchon sur le bar. La pluie s’était petit à petit arrêté de tomber. Adam avait acheté une limonade et la sirotait devant la télévision. Sa montre immobile ne lui permettait pas de juger de l’heure réel : Mais à l’estimation, cela faisait peut-être une demi-heure que Cyryl était parti. Il revint, rangeant son téléphone, au moment où la caissière leur demandait de partir. l’aîné régla l’addition, le cadet le suivit au-dehors.

Sortant, ils remirent leur veste et tournèrent directement sur la droite, pour descendre le long d’une pente au travers d’un champ, en amont du village lui-même. Rien aux environs, si ce n’est l’herbe mouillé et les arbres agité par le vent.

- C’était qui, tout à l’heure, au téléphone ?

- Le patron. Il m’a donné autre chose à faire.

- Tu pars déjà ?

Le lapin se retourna pour regarder son frère.

- C’est une urgence. Mais je vais revenir d’ici deux… non, hésita Cyryl, trois jours. Oui trois jours je pense que c’est juste assez pour aller à Spagonia et revenir.

Adam lui adressa un sourire en apprenant la nouvelle. Mais son frère ne le lui rendit pas. Il avait l’air grave.

- Je reviendrai, et alors on pourra commencer à parler de choses sérieuses.

- “Sérieuses” ?

- ça a pris du temps, dit Cyryl en se remettant à marcher, mais je crois que je t’ai trouvé un travail en ville.

- En ville ? À Spagonia ? demanda Adam en levant un sourcil. Mais...

- Oui, où d’autre ?

Adam secoua la tête, réfléchit quelques instant.

- Ben… ici. C’est ici que je suis né. Ce village, répéta-t-il d’une voix monocorde.

- Ne soit pas ridicule, tu le vois bien, il est sans avenir, dit lentement Cyryl. Regardes-toi, la vingtaine, tu pourrais être en train de gagner ta vie. Avoir une famille. Ici il n’y a rien. Ce n’est pourtant pas bien compliqué, regarde, j’y suis allé : Et maintenant qui envoi de l’argent à qui, entre nous deux ?

Adam baissa les yeux. Son frère le regarda, les lèvres pincées.

- Écoute, je n’ai pas beaucoup de temps maintenant. Il faut que j’aille jusqu’à la voie de chemin de fer, le train passe dans pas longtemps. Dans deux… non, dans trois jours, je vais revenir et nous partirons d’ici. Compris ?

La nervosité de son ton était palpable. Adam ne pouvait que le percevoir.

- Qu’est-ce qu’il y a ? On dirait que le temps nous manque.

- Oh, il manque depuis longtemps, dit Cyryl. J’y vais. Trois jours. Ne fais rien de stupide en attendant, et reste bien chez toi !

Son pas s’accéléra, jusqu’à ce qu’il se mette à courir, laissant Adam seul au milieu du champ, sur un sentier plein de boue. La tête lourde, le jeune lapin se remit en marche, le pas lent. Il ne voulait pas rentrer chez lui. Il voulait flâner, ailleurs.
Il regardait encore et encore la montre arrêté à son poignet, comme si elle allait se remettre à marcher d’une seconde à l’autre.

***

- Oui, ce jour là, par l’acte de foi, s’est révélé au monde le premier vrai croyant, qui a sû comment Sacrifier pour Sauver.

Des murs d’un noir profond, impénétrable. La lumière filtrait par les larges vitraux, sur les côtés du choeur de la cathédrale, aux couleurs usées, rougeâtres. Seul, debout derrière son pupitre en bois, un vieil ours aux poils devenu presque blanc. Il s’était laissé aller à la contemplation d’une phrase qu’il jugeait particulièrement belle. Son corps rachitique immobile, habillée d’un long vêtement, une toge, lui donnait les allures d’un spectre, dans ce lieu où tout semblait suspendu à ses lèvres. La gorge noué, il se mit à nouveau à tousser, son bras gauche replié derrière son dos, comme toujours.

- Et c’est par cela, mes frères et soeurs, que le miracle est arrivé.

L’ours leva la tête, les yeux aux ciels. Un silence religieux suivait son exaltation. Face à lui, en bas des escaliers, une dizaine de Mobiens, de tous âges - la plupart aussi vieux que le prêtre lui-même. Mais au premier rang, deux individus, vêtus de la tenues des ordres, semblaient se détacher du reste. Un lapin à côté d’un cerf dont les hauts bois étaient taillés pour des raisons pratique. L’ours baissa la tête et jeta un regard dans leur direction. Adam savait que c’était le signal - le message était terminé. Il se leva du banc et vint se placer à ses côtés, ouvrant le livre qu’il tenait en main depuis le début, l’ouvrit à la page dont le coin était plié, encore une fois. Encore, et encore. Comme tous les matins. Chaque jour, un matin nouveau...

Il se mit à entamer le chant, suivi faiblement par les croyants. Encore une fois, sa voix résonnait plus que toutes les autres - L’impression de chanter seul, dans l’atmosphère humide de la cathédrale. Connaissant les paroles par coeur, dos aux public pour lui indiquer la direction du salut, il ne put s’empêcher de lancer un regard à l’autel qui surplombait l’ensemble, et qui mettait très en évidence un panneau en bois gravé. Dessus, l’image, un symbole aux contours simples et marqués. Un oeil dans un cercle, au sommet d’une longue épée, fine, traversé en son centre par une main, horizontale, ensanglanté, barrant l’épée et lui donnant la silhouette d’une croix. Y poser le regard donnait toujours la même impression à Adam. Admiration pour ce qu’ils évoquaient aux croyants, mais, au-delà, pour ce qu’ils étaient eux-mêmes. Leur puissance qui régissait tout, ici-bas. Ils brillaient dans la lumière du matin. Comme tous les matins. Chaque jours, un matin de plus qui était laissé à Adam.

L’oeil était celui qui voyait tout. Rien n’échappait à l’emprise de son regard et de son jugement, auquel était soumis tout être vivant. La main, le sacrifice du premier vrai croyant, qui coupa la sienne comme un acte de foi. Et enfin, l’épée. La longue lame, qui fondrait sur chaque être créé par Celui qui sauve. La Mort Inéluctable, dans toute sa splendeur. Qui séparait le monde du pêchés de celui de la rédemption. Car ici-bas, tout était sale : Le Mobien, comme tout autres créature habitant ces lieux, y vivait car il s’agissait d’un purgatoire - à plus forte raison parce qu’ils n’avaient pas mérité son salut. Mais la nature de l’épée recelait, cependant, des ambiguïtés : Adam avait finit par le comprendre en relisant les saintes écritures. L’épée épargnait pendant un temps inconnu, mais l’oeil jugeait. Et si par hasard l’épée s’abattait avant que l’on puisse trouver de quoi mériter la rédemption, c’est le vide qui s’ouvrait alors. De façon inéluctable. Le prêtre l’avait rappelé, comme tous les matins. Chaque jours, un matin de moins.

Ce village était béni. Béni d’avoir vu émergé des entrailles de la terre ce bâtiment immense, cette cathédrale noire, anthracite, faite de pierre volcanique, introuvable à des kilomètres à la ronde, excepté dans les profondeur du terrain. Elle avait été, dans le passé, une toute petite bâtisse. Elle avait finit par être détruite, à ce que l’on racontait. Et un jour, des années avant la naissance d’Adam, elle avait, semble-t-il, réemergé de nulle part, comme sortit de du sol même. Un miracle, pour récompenser la foi exemplaire des ouailles : Dès lors, cette foi n’avait cessé d’augmenter. Et les habitants de la bourgade n’existait plus que par elle, que pour elle. En réalité, la cathédrale n’était destiné qu’à souligner la grandeur et la vérité de la trinité. L’oeil, l’acte de foi, l’épée.

Dès lors, la bénédiction s’était poursuivi ; Selon le prêtre, un cercle vertueux. Plusieurs personnes dans le village avaient disparu, morts de raisons mystérieuses, comme cueilli par la providence. D’abord, les plus vieux, puis, de plus jeune. La mère d’Adam. Puis son père. Les médecins, ces pauvres sorciers du monde d’en-bas, s’étaient acharné à en trouver les raisons. Aucune maladie connu ne semblait avoir été trouvé sur les élus. Comme s’ils s’étaient simplement arrêté de vivre. Sortis du purgatoire par l’épée. Bénédiction.

Adam se réveillait chaque jour dans sa chambre, vivant, constatant que l’épée ne s’était pas encore abattu sur lui. Il avait beau servir chaque jour, l’oeil semblait s’acharner à ne pas le choisir. Ayant été enfant du choeur de cette cathédrale, animé d’une vrai foi, il en faisait aujourd’hui de plus en plus au sein de la cathédrale, dirigeant les chants, échangeant le plus avec le prêtre, donnant des cours de théologie aux croyants en plein doute. Priant à chaque occasion de la journée. Mais rien ne se passait : Il n’espérait pas mourir, non. Mais la solitude dans lequel l’avait laissé ses parents le pesait. Ils avaient été fauché par l’Inéluctable, et pas lui. Le temps passait. Et sans comprendre pourquoi, il sentait sa foi comme faiblir. Chaque jour, il devait se battre contre le désespoir murmuré par le malin. Pourquoi tous, et pas lui, seul ?

Son père, fermier, avait pourtant eut une vie au moeurs dissolues, au regard des textes sacrés - Adam et Cyryl étaient les fils de son deuxième mariage. Il n’avait jamais spécialement cru en ces “fadaises”, et avaient pleuré sa femme plutôt que de se réjouir du fait qu’elle eût été choisie par l’épée. Et jusqu’au dernier moment il avait continué de douter. Et même si Adam croyait, ce doute distillé par celui qui lui avait donné la vie avait sans doute fini par déteindre sur lui ; Et paradoxalement, plus il en faisait, et plus…

Les chants s’étaient tus. La cérémonie était terminée. Le lapin tourna son regard vers l’assemblée, le prêtre et son autre aide, le cerf, pour descendre les marches du promontoire.

Son regard s’arrêta sur ce dernier, qui se leva, plus dirigé par l’instinct que par l’intellect. Une véritable force de la nature. Samson Pravedno. Le cerf marcha d’un pas lourd, traversa la salle jusqu’à atteindre une échelle, qu’il grimpa à toute vitesse. Quelques instant plus tard, la cloche se mettait à sonner avec force, pendant que les fidèles sortaient en procession, marchant lentement dans le couloir jusqu’à atteindre la porte d’entrée. La matinée était terminée. Le cerf redescendit l’échelle, un sourire sur son visage à l’expression lunatique.

- Bravo, Samson, dit Adam en lui donnant une tape sur l’épaule. Viens, on va balayer la cour.

Samson hocha de la tête vigoureusement, et parti en direction du placard à balais. Fils de l’ancien prêtre dirigeant ces lieux, fauché lui aussi par l’inéluctable, le cerf était presque muet. Il passait pour un imbécile heureux. Mais le prêtre l’avait gardé comme aide malgré son handicap, convaincu par son enthousiasme aveugle et par la vigueur dont il faisait toujours preuve. Le prêtre se plaisait à raconter comment, tout petit déjà, à peine né, le cerf marchait à quatre pattes en faisant le tour du bénitier : La cathédrale était un peu comme sa maison, avait-il dit à Adam. Et même si la communication était rendu difficile par son handicap, une certaine amitié le liait à Samson.

Équipés de leur balais, ils sortirent ce matin-là sous un ciel nuageux, pour dégager la cour des feuilles automnales qui y étaient tombé. C’était à peine quelques jours après le décès du père Lyudskov. Pendant qu’ils brossaient le sol, le prêtre était venu s’enquérir de leur santé. Ils avaient un peu discuté. Mais très vite, il s’était avéré que le prêtre n’était pas venu vers Adam par hasard. Il lui donnait ses condoléances.

- Merci beaucoup, dit Adam, sans lever la tête, indiquant par là qu’il ne se sentait pas encore prêt à en parler.

- C’est toi qui est à remercier, avait répondu l’ours avec un sourire.

Le lapin s’était arrêté de balayer.

- Que voulez-vous dire ?

- Eh bien, avait dit le prêtre, grâce à tes prières, ton père a pu trouver le repos par l’inéluctable. C’est bien comme ça qu’il est mort, non ?

- Oui.

Adam ne dit rien de plus, mais il s’était mis à balayer avec plus de vigueur. L’ours le regarda. Il savait jauger les personnes, mais interpréta mal le geste du lapin.

- Loué soit Celui qui sauve…

Pas de réponse à sa déclaration, comme le voulait pourtant la courtoisie. Le lapin ne disait toujours rien, mais, soucieux d’avoir laissé entrevoir quelque chose d’indécent, il avait cessé de balayer avec force. Cela aurait pu s’arrêter là. Mais le prêtre se planta au milieu de la cour, les yeux toujours fixé sur le lapin. Celui-ci finit par s’arrêter, et regarda à son tour le prêtre.

- Mon fils, dit-il. Quelque chose semble te préoccuper…

- Ce n’est pas ça, mon Père, c’est juste que…

Il hésitait à trouver les mots. Puis décida finalement de vider son coeur.

- Ne plus avoir mon père et une grande douleur pour moi.

L’ours fronça les sourcils.

- Cela me fait mal - certes, il est maintenant sur les chemins de la rédemption éternelle... Mais il n’est plus à mes côtés. Je me sens seul, et… perdu.

- Perdu ? répéta l’ours. Allons, Adam, quelle est cette déclaration égoïste ? ça ne te ressemble pas. Perdu, tu ne le seras jamais, car la main guide... Elle nous guide vers l’acte de foi. Seul, tu ne l’est pas, car tous les croyants sont avec toi, et t’admires pour tes talents.

- Les croyants…

Le lapin songea au ramassis de vieux Mobiens agglutinés dans l’église glaciale tout les matins de la semaine, toussant et presque morts.

- Chaque matin, oui. Comme une vraie famille. Tu n’es ni seul ni même perdu, dit l’ours en souriant.

Adam se remit à balayer. Sa déclaration tombait sous le sens. Mais la logique du prêtre n’en avait plus aucun pour lui. Une boule glacée avait commencé à tomber dans son estomac lorsqu’il avait réalisé que, en vérité, il ne le croyait plus.

- Et tu devrais te réjouir pour ton père. Sur son lit de mort, tu as vu un Mobien accompli et choisi par la providence dans son chemin vers l’Inéluctable, conclu l’ours. N’est-ce pas ?

Pour lui, Adam avait toujours représenté le nouvel espoir, la jeune pousse sortit de terre pour continuer le cycle, transmettre au générations futures. Il n’avait pas compris le changement qui venait de s’opérer dans l’esprit du lapin.

- Non. Je n’ai vu que le corps rigide de la personne que j’aimais, dans des draps mouillée d’urine, avoua machinalement le lapin.

Il eut l’impression que le prêtre allait exploser. Il lui arracha le balai des mains, et le giffla pour avoir fait une remarque aussi indécente. Il l’avait fait avec son bras gauche, robotisé, de tel sorte que le lapin s’était retrouvé au sol.

- ET QUE JE NE T’ENTENDE PLUS PROFESSER DES HORREURS PAREIL ! avait-il rugit avant de disparaître, le balais à la main, entre les murs de la cathédrale.

Samson s’était arrêté de balayer pour l’aider à se relever et à s’épousseter. Il n’avait pas comprit pourquoi le prêtre s’était mis à crié, ni pourquoi le lapin s’éloignait maintenant en direction du village, sa toge sale traînant sur ses épaules comme un sac de bois mort.

***

- Ouais, se disait le lapin pour lui-même. Une bien sale matinée.

La nuit était tombé. Allongé parmi les pousses d’un champ d’herbes folles, sous la protection toute relative des érables, dont la teinte écarlate était presque invisible dans ce début de soirée au ciel pâle. La pluie s’était remis à tomber. Peut-être qu’il était en train de salir ses affaires. Mais cela lui importait peu. Son frère était reparti, et la solitude, qu’il avait espéré pouvoir dissiper, s’était assit à nouveau sur lui comme une chape de plomb.

Son conflit avec le prêtre remontait maintenant à l’automne dernier. Depuis, il avait demandé pardon, avait fait son possible pour effacer cette altercation ; Mais depuis, le prêtre n’avait plus jamais posé sur lui le même regard, même dans ses sourires. Depuis, il n’avait plus jamais cru, même dans ses prières.

- Par Celui qui sauve…

Il avait l’impression d’être dans un cul-de-sac. Il songea à ce que faisait son frère en ce moment. Peut-être son train avait-il déjà dépassé la vallée. S’appuyant sur son coude, il regarda le village. Quelques lumières étaient encore allumée, petit points orangés au milieu des silhouettes des maisons. Peut-être y en avait-il une vingtaine, il ne les avait jamais compté, toutes situées sur le plateau. Après quoi, le paysage s’affaisait. Entre deux remous, un monolithe sombre, la cathédrale anthracite, montant jusqu’au ciel tel un arbre sinistre, puis la petite vallée, invisible cuvette vue d’ici, et enfin, à nouveau des collines sur l’autre versant, montant en d’énorme falaise. Et sur le relief du col, brusquement, une bien laide façade de béton, absoluement gigantesque : Le Barrage de Noak, au-delà duquel se trouvait le lac Noak, où Adam s’était baigné lorsqu’il était plus petit, jouant, faisant le tour de maisons abandonnées dans les hauteurs. Jamais il ne pourrait échanger ses souvenirs contre les grandes artères, les grands bâtiments de Spagonia et ses foules, qu’il exécrait au point d’en devenir nerveux.

Il resta là un moment à naviguer dans ses souvenirs, avant que la fraîcheur et l’humidité ne le ramène au présent. Réalisant qu’il grelottait dans sa veste ciré, il se dépêcha de redescendre en direction du village. Frayant son chemin au milieu de quantité de touffes d’herbe recouverte d’eau de pluie, il arriva sur le sentier totalement trempé. Il avait atteint le village, et traversait la rue principale, lorsqu’une voix l’interpela.
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MessageSujet: Re: La Boule Noire [Réservé]   Lun 22 Mai - 13:41

- Bonsoir !

Il tourna la tête, cherchant d’où provenait le son. Entre deux jardinets, cernés de barrière en bois, apparut une silhouette. Le lapin pensa pendant quelques secondes qu’il s’agissait de son frère. Mais en s’approchant de la lueur de l’unique lampadaire, le Mobien se révéla être un hérisson. Une expression radieuse sous sa barbe de trois jours, comme s’il venait de retrouver un vieil ami à lui. Adam répondit d’une voix hésitante.

- Bonsoir…? Je peux vous aider ?...

- Vous êtes d’ici, n’est-ce pas ? Enchanté.

L’hérisson tendit sa main. Il portait sur lui une vieille veste en toile de couleur kaki. Le lapin en avait déjà vu une quelque part.

- Adam Lyudskov, dit le lapin en lui serrant la main.

- Balaje Arpad, dit le hérisson en lui écrasant les phalanges. Je ne pouvais pas mieux tombé, vous m’avez l’air bien plus jeune que les autres vieillards que j’ai croisé en chemin.

Il se retourna pour désigner du doigts un chariot enfoncé dans la boue, sur lequel étaient placés deux grosses caisses en bois, une valise difforme et une multitude de sachets.

- Voyez vous-même - le vrai drame, c’est que je habite pas dans le village, mais un peu au-dessus.

- Au-dessus ? demanda le lapin. Près de Noak ?

Le Hérisson hocha de la tête.

- Exactement ! Près du lac. Vous pourriez m’aider ? À cette heure, j’hésite à déplacer mes affaires en plusieurs trajets.

- Aucun problème, dit le lapin, content d’avoir une raison d’y aller, après y avoir tant songé.

Il prit la première caisse sous son bras et aida le hérisson à porter, à bout de bras, la valise écrasée, pendant que celui-ci, ayant enfilé ses bras dans une dizaine de petits sachet, prenait la seconde. Ils marchèrent jusqu’à atteindre une petite colline, et commencèrent à la gravir. C’était le chemin le plus court pour atteindre la vallée. La nuit était à présent tout à fait tombée. Seule tâche de lumière dans un ciel sans lune, quelque rare lampadaire, le long de la route, assurait encore une visibilité minimale.

- ça faisait un bout de temps que je n’étais plus revenu dans mon ancienne maison, dit Balaje, avant d’être interrompu par une quinte de toux.

- Ah oui ?

Adam manqua de trébucher sur une motte de terre.

- ...Combien de temps, à peu près ?

- Ouf. Je dirais, un demi-siècle.

Le lapin resta interloqué. C’est en regardant mieux qu’il put constater l’âge avancé du hérisson, qui devait approcher, même s’il était bien conservé, les soixante-dix ans.

- J’y suis revenu il y a un mois pour voir si elle était toujours debout, et j’y ai déjà reposé une partie de mes affaires.

- Ah, fit Adam. Et où étiez-vous parti pendant tout ce temps ?

- Oh, un peu partout... répondit Balaje.

Il tourna son regard vers le lapin avec un sourire, alors qu’il le dépassait.

- J’ai un peu voyagé.

Une réponse un peu floue. Mais le lapin décida de lui poser plus de question une fois qu’ils auraient terminé de transporter tout ce matériel. La caisse n’offrait pas de réel prise, semblait peser des tonnes et en devenait difficile à porter. En la regardant, il vit qu’il s’agissait d’une de ces caisses de transport de fret qu’on trouvait un peu partout, qui avait été vidé et raccommodé pour se voir offrir une nouvelle vie - ou du moins un nouvel usage. Ainsi, le vieux hérisson était bricoleur. Un point commun qu’il avait avec le lapin.

- Allez, une, deux, une deux ! dit le hérisson pour l’encourager. Comme à l’armée.

Ils étaient arrivé à l’autre bout de la cuvette, et s’apprêtait à prendre un petit chemin fait d’escalier en pierre, couvert de mousse et de mauvaises herbes. Mais soudain, Balaje s’arrêta de marcher. Le lapin attendit quelques instants.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

Il pencha la tête sur le côté pour voir ce qui l’avait stoppé dans son élan. Il regarda dans l’obscurité et plissa les yeux, pour constater la présence d’un filet d’eau, en train de s’écouler depuis le haut de la colline. Le hérisson le désigna de la tête.

- C’est ça le problème. Mettez pas sur les affaires.

Le hérisson enjamba le filet avec beaucoup de précaution, imité en cela par Adam qui ne comprenait pas le sens de ce geste. Les marches se succédaient, et, les unes après les autres, les rapprochaient de leur but. Marches de pierre, elle se firent marche de béton lorsqu’ils arrivèrent au niveau du barrage. Enfin, des escaliers en métal, accroché à même la colline, les menaient au bout de leur peine. La rouille et les plis à même le fer donnait au tout, sous la clarté d’une lune perçant entre deux nuages, une apparence délabrée.

Arrivé tout en haut, ils passèrent non loin d’un petit bosquet. Plus loin sur leur gauche, une étendue grise. C’était le lac Noak. Le lapin ne manqua pas de remarquer l’apparence extrêment curieuse qu’il avait pris sous la lumière lunaire.

- Chaque fois que je le regarde, dit Balaje, je sais que j’ai bien choisi l’emplacement de ma maison.

- Où est-elle ?

- Juste là derrière, dit le vieux en montrant une grosse pierre posée à l’orée de la forêt.

Leur pas bruissaient sur l’herbe dans le silence de la nuit, comme venus du tréfond des âges.

***

La porte s’ouvrit avec un grincement grave. Le hérisson s’engouffra en premier dans la maison faite de tuiles, sans autres revêtements qu’un peu de ciment. Il déchira les toiles d’araignés obstruant le passage, et sortit de sa poche un briquet, pour allumer un objet, posé dans un coin, qui se révéla être une lanterne. Il s’en saisit pour éclairer le passage. L’air était froid, assez humide, et lourdement chargé d’une violente odeur de renfermé. Selon Balaje, il avait commencé à construire cette maison il y a fort longtemps, avant de s’interrompre pour ne jamais reprendre le chantier. Le lapin sourit. Balaje parlait de cela avec une bonne humeur, éclairant ce sinistre terrier, bien mieux que ne l’aurait fait aucune ampoule, “si jamais il avait eut le temps d’y mettre l’éléctricité”. Ils posèrent les caisses dans “l’entrée”, dans laquelle l’hérisson aurait bien mit une penderie, avant de traverser “le couloir” dans lequel il aurait bien mis un tapis et deux miroir, pour faire “comme dans les grandes maisons”. Il avait décidé, la discussion aidant, de le tutoyer. Marchant avec sa veste en toile, il arrêta son pas, alors en pleine affabulation sur ce “qu’il aurait bien mis”, au milieu du couloir tout en longueur, lui aussi fait de tuiles sur lesquels avait été passé un peu de peinture.

- ...Tu sais, comme les couloirs de ces manoirs, là. Tu vois ?

Adam le regarda. Le vieil hérisson s’était arrêté de marcher. Pendant quelques instants figé. Sans doute, à cet instant, parvenait-il à se remémorer ses rêveries passés. Non pas comme sa carcasse de maison n’avait jamais été, mais comme il l’avait toujours imaginé être.

- Je ne vois rien, dit le lapin. Mais j’imagine très bien.

- Eh oui, dit Balaje. C’est ça, la clé.

Mais déjà il détournait le regard, pour ne pas laisser son sourire se muer en expression de regret. Tenant d’une main nombre de sachet, dans l’autre sa lanterne, il emboîta le pas à Adam, avant d’arriver dans une pièce un peu plus vaste. Par terre, un amas de bâches en plastique qu’il souleva et secoua sur le pas de la porte, en-dessous duquel se trouvait une série de sac de couchage. Le lapin regarda faire en se bouchant le nez.

- Eh, pas d’inquiétude, ces sacs datent du mois dernier. Comme tout ce que j’ai pu amener là, dit-il en posant la lanterne sur une table basse.

Face à eux, une bibliothèque, dont le contenu, éclairé, apparu mieux aux yeux d’Adam. Quelques livres, certes, mais, avant tout, des objets. Des photographies. En sommes, ce qu’avait de mieux à offrir une vieille âme - Ses souvenirs. Adam s’approcha pour contempler l’ensemble, pendant que le hérisson posait ses sachets pour les dépouiller de leur contenu. Sur la première étagère, un sac en tissu vide, poussé contre un recoin, non loin d’une série de photographie vieilles, racornie, pour la plupart collées à même le bois. Seul une disposait d’un cadre. Le lapin cligna des yeux et tenta de voir de quoi il s’agissait. Mais la photographie était floue, et semblait ne receler que peu d’intérêt. Le hérisson s’approcha, s’essuyant le front avec sa manche.

- Tu regardes ?...

Adam hocha de la tête, et parcouru des yeux les autres photographies.

Sur la première, de la petite taille qu’avaient habituellement les photos des pièces d’identité, un jeune Mobien portant nombre de décoration. Son conséquent chapeau en fourrure sortait un peu du cadre. Le hérisson hocha de la tête.

- Moi, dit-il avec solennité.

- Vous avez fait la guerre ?

- “Régiment chimique”, ils appelaient ça.

Adam tourna le regard vers l’hérisson.

- Chimique…

- Oui, chimique, repris Balaje. Ils appelaient ça comme ça depuis que les Meers leur avait envoyé des petites… Des... comme celle-là.

Le hérisson se mit sur la pointe des pieds pour prendre un petit objet en aluminium : On aurait pu croire qu’il s’agissait d’une canette - il en était rien. Une tête de mort paraissait à sa surface, suivit d’indication et d’un numéro.

- “R… Rattengift”

- Oui. Ils ont été utilisé la première fois en Rongie, contre des rats, expliqua Balaje les sourcils froncés. C’est pour ça qu’ils ont appelé ça raticide.

- Mais c’est quoi ? demanda Adam.

- Bah ! grenade à gaz. ça te tue dix soldat en un coup dans un bon rayon.

- Par Celui qui sauve...


Le lapin reposa vite la grenade sur la bibliothèque en éloignant le plus possible son visage.


- D’autres qui ont vu ça m’ont un peu expliqué, dit Balaje en riant. “Fosguène”, ils appelaient ça. Du Phosgène. Faut pas avoir peur, celle-là, elle est vide et nettoyée.

Le lapin hocha de la tête. Balaje lui parlait de petit détails, là où il cherchait à comprendre globalement les événements auquel il faisait référence.

- Donc, vous avez fait la guerre contre le Meersaline Oberstatd ?

Balaje acquisa. Adam voulu poser une question d’ordre plus générale. D’autres anciens dans le village avaient aussi fait la guerre. Peut-être qu’il connaissait un membre de sa famille sans le savoir.

- Et c’était vers ici ?... Vous avez de la famille dans le coin ?

Le hérisson semblait avoir le regard perdu dans le lointain.

- Quand j’étais jeune, j’habitais un village, un peu plus loin, à l’est, dit-il d’un ton vague. Mais j’ai dû courir quand les lézards sont venus. Et tu sais comment sont les lézards ? Ils ont testé leur merde sur les gens. C’est sûr et certain, c’est cela qu’ils ont fait sur mes frères. Mes parents, je n’en suis pas certains, je n’ai jamais retrouvé rien. Quand ils m’ont donné l’autorisation pour entrer dans la zone intoxiqué, j’ai été vers ma maison. Ils avaient mis des planches aux fenêtre, mais j’ai quand même pu ouvrir. Mes frères étaient par terre, la bouche comme ça, dit-il en tirant ses lèvres vers le bas pour faire comprendre à Adam que leur mâchoires avait été déformé.

- Oh, dit le lapin, choqué. Mais pourquoi ?

- ça c’est “khlorpikrina”, Chloropicrine. Beaucoup de chlore très condensé. ça transforme en acide l’eau du corps, alors les muscles deviennent raide et se replie plus que ce qui est possible. Mes frères été plié de partout, dit l’hérisson en secouant la tête.

Le lapin ne sut quoi dire. Dégoûté, il se sentait également coupable d’avoir interrogé le vieux Mobien sur ce sujet. Celui-ci, s’extrayant de ses souvenirs, le sourire à nouveau sur son visage, lui donna une claque amicale dans le dos.

- Pourquoi des gens ont fait ça ?

- Les lézards, dit le hérisson en hochant les épaules. Mais bon, ils n’en ont pas eut peur. Ils savaient que pour un coup il fallait rendre un coup. Ils les ont terminé jusqu’au dernier…

Le hérisson marcha un peu, les mains derrière le dos.

- Bon, j’en ai vu des choses. Ils n’étaient pas non plus que des sauveurs. En Rongie j’ai bien trop souvent vu des civils à terre pour savoir qu’ils préféraient mettre en avant la force de frappe plutôt que la distinction. C’est comme ça.

- Qui ça ils ?

- “Qui ça ils” ?

- “Ils”, ceux dont vous me parlez depuis le début.

- Aaah, et bien, les coyotes. D’ailleurs, regarde, dit Balaje en lui tendant le tissus qu’il portait sur ses épaules. ça c’est ma veste de l’armée. Attends.

L’hérisson était repartit en direction du couloir. Le lapin jeta un oeil au niveau supérieur de la bibliothèque, passa le doigt sur la reliure d’un livre poussiéreux et le tira à lui. Il souffla sur la couverture, sur laquelle avait été imprimé de minces traits dorés, qui avaient perdu de leur éclat avec le temps. Adam entendit Balaje revenir, traînant derrière lui sa valise bosselée.
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MessageSujet: Re: La Boule Noire [Réservé]   Mar 23 Mai - 15:05

Le lapin tourna quelques pages, avant de revenir à la première page du grimoire. Le titre était à l’intérieur.

- “Milles principes de la guerre - sur mer”

- ça c’est de Soleanna, répondit une voix assourdie.

Le lapin tourna la tête pour voir avec surprise le visage du hérisson, caché par un masque à gaz. Deux gros rond argentés, très large, en formaient les lunettes. Ce verre avait été vraisemblablement traité pour rendre leur contenu invisible et refléter toute la lumière - de ce fait, Adam s’y voyait comme dans un miroir. On entendait à peine le vieil hérisson rire derrière ce casque venu d’un autre temps, d’une autre planète. Il l’enleva pour le tendre au jeune Mobien, qui le regarda sous toutes les coutures. Visiblement, bien que la guerre soit fini depuis bien plus de cinquante ans, elle semblait toujours d’actualité pour l’ancien soldat du “régiment chimique”. Il avait bricolé le masque pour le relier à une bouteille bien plus moderne que ceux que montraient les photos.

Triturant le masque, l’attention d’Adam y retourna. Il montra du doigt l’une d’entre elle, qui l’avait intrigué depuis le début, placée dans un cadre en or.

- Et c’est quoi ça ?... Un camion-citerne ?

- ça, dit Balaje avec fierté, c’est la plus belle prise que j’ai jamais fait.

Il pris le cadre pour qu’il apparaisse mieux à la lumière de la lanterne et s’assit sur le tas de sac de couchage, invitant Adam à faire de même, sous-entendant que l’explication allait durer un moment.

- Après la guerre contre les lézards, j’ai été promu officier et la guerre pour l’indépendance a continué. Comme soldat seulement du régiment chimique la seule chose que je pouvais faire, c’était être envoyé contre les troupes utilisant du gaz. Mais là où j’étais, les humains n’utilisaient pas de gaz. Alors j’ai décidé d’étudier dans une école technique populaire qui venait tout juste d’ouvrir. Des Mobiens avaient déjà rassemblé un certain nombre de connaissance dans le domaine des gaz.

Son regard était toujours fixé sur la photo.

- Je voulais comprendre ça. C’était nouveau, je l’avais découvert, mais je voulais la maîtriser, pour être sûr de ne plus être en danger à cause de ça. Après avoir été soldat, j’ai été reconnu par le professeur de l’école technique populaire comme “officier expert dans les armes chimiques”.

- Vous avez continué la guerre en tant qu’officier ?

- Je n’ai jamais combattu sous le titre d’officier expert. Je reste un soldat à ce niveau. Mais il y avait plus important à faire que de suivre les troupes. Des armes chimiques on en trouvait encore un peu partout, et il fallait tout désintoxiquer. Du coup je suis entré dans une de ces unités de l’arrière, de “nettoyage”. Et c’est quand j’ai cherché dans le sous-sol d’un ancien état-major des Meers qu’on est tombé sur cette citerne tout juste prête à être utilisé. J’ai reçu alors une médaille, mais c’était une médaille de la cavalerie, dit Balaje en sortant de sa poche un morceaux d’étain accroché à un bout de tissu, les indépendantistes n’ont jamais rien compris au grade de l’armée coyote.

Le hérisson haussa les épaules, posa la médaille avec la photo dans la bibliothèque. À la manière dont il la regardait longuement, on savait que cette once de fierté ne se ternirait jamais. Son air jovial, malgré l’évocation de souvenirs, pour certains douloureux, semblait appeler la fête. Il mis la main dans sa valise pour en sortir une bouteille d’un liquide transparent.

- C’est quoi ? Demanda Adam.

- Kapkane, alcool de lait, attend.

Le hérisson posa la bouteille sur le sol et parti vers une armoire, d’où il revint avec des gobelets en plastiques.

- En tout cas, dit-il en versant le contenu de la bouteille dans le verre qu’il avait tendu à Adam, j’ai, depuis ce temps, une vraie… haine, contre tout ces types de gaz, j’aime vraiment pas ça, tu vois ? À un moment, les “nouvelles républiques Mobiennes” ont décidé que la guerre était terminé, que le nettoyage était terminé. Ils nous ont libéré de nos obligations en nous disant qu’ils auraient besoin de nous pour reconstruire.

- Et c’est ce que vous avez fait ?

- Oui, j’étais maçon avant la guerre, alors j’ai refait ça, c’est comme ça que j’ai pu construire cette maison ici. Mais bon. J’ai jamais cru qu’on avait finit à cent pourcent de purifier les endroits. La preuve, lorsqu’on a détruit une vieille maison, j’ai trouvé dans la cave encore des dizaines de bouteilles de “Fosguène - Rattengift”...

Il porta le verre à ses lèvres et bu d’un coup, comme s’il s’agissait d’eau. Automatiquement, le lapin l’imita, mais sentit une vive sensation de brûlures dès que les premières gouttes traversèrent son palais. Il se mit à tousser, les larmes aux yeux.

- Arh, mais c’est fort !

- Oui, dit le hérisson en buvant son deuxième verre comme il avait descendu le premier sans vraiment écouter Adam, perdu dans ses pensées. Mais tu vois, ce que je veux dire, c’est que du gaz, j’en ai trouvé caché partout. La grenade que tu as eut dans ta main, je l’ai nettoyé et vidé parce qu’elle était en bon état, il y a quelques mois à peine alors que j’étais dans le sud de Spagonia, pas loin de la mer.

- Vous continuez encore à chercher ?

- Depuis que j’ai arrêté mon travail, oui. J’ai bien essayé de dire aux autorités, mais la seule chose qu’ils sont d’accord, c’est de donner un dédommagement pour chaque arme chimique illégal que je trouve. Je dois leur donner dans une sorte de bac et appeler la police, après je vais au commissariat, et c’est à peu près vingt rings.

- C’est super qu’il donne de l’argent à ceux qui cherchent, dit le lapin en buvant son verre à petite gorgée.

Le hérisson sourit faiblement, puis baissa la tête.

- Oui. Mais j’ai trouvé sur le net plusieurs informations, comme quoi l’état ne détruit pas ses armes.

- Ah ?

- Non. Sans doute ils s’en servent pour les revendre à qui offre le plus. Et peut-être même ils font des recherches pour… développer ça. Pour faire pareil, mais plus meurtrier.

- Vous êtes sûr ? Mais pourquoi il ferait ça ?...

Balaje secoua la tête.

- Si les lézards ont utilisé le gaz à l’époque, ce n’est pas parce qu’ils y tenaient absoluement, ou parce qu’ils tenaient absoluement à être cruel. C’est parce qu’un gaz mortel, c’est pas si cher à produire, et c’est très efficace. Même si les pays se sont tous mis d’accord entre eux sur un certain nombre de chose à utiliser, on abandonne jamais vraiment une arme lorsque celle-ci fonctionne. Voilà pourquoi ils veulent à long terme, sans doute, les réutiliser, dit-il en se servant un troisième verre.

- Mais ils n’auraient pas le droit ? dit Adam.

- Non, c’est vrai, dit le hérisson. Mais tu vois, à l’âge que j’ai et où j’ai servi j’ai assez d’expérience pour te dire que “les règles sont rarement respecté par ceux qui les écrivent”. Pourquoi le ferait-il ? Qui est au-dessus d’eux pour le dire ?

Adam était peut-être à court d’argument. Ou peut-être répondit-il cela parce que ce que lui disait Balaje l’ébranlait :

- L’oeil. L’oeil qui juge, dit-il en montrant du doigts le plafond. Personne n’ira vers la rédemption en proliférant des saloperies pareils.

L’hérisson lui mit la main sur l’épaule.

- Oui, tu as tellement raison. Mais en attendant, c’est ma tâche d’éviter qu’elle ne fasse encore plus de dégâts. Et c’est pour ça que je suis là.

Adam leva son verre, avant de le finir. Les textes sacrés faisaient beaucoup état de personnages au traits héroïques : Mais seulement maintenant il reconnaissait ce que pouvait être un vrai héros, en la personne de ce vieux Mobien : Ce qui avait touché ses frères, il l’excluait pour tout autre être vivant. Bien que son expérience l’ait désabusé et ne lui ait pas donné toute confiance dans les autres, cela ne l’empêchait pas pour autant de souhaiter les sauver.

Et cela, Adam l’admirait.

- Je trouve ça… Vraiment je trouve ça bien. Est-ce que, je ne sais pas, est-ce que je pourrais faire quoique ce soit pour vous aider ?

Balaje posa son gobelet, et sembla un instant interloqué, comme s’il avait oublié quelque chose. Il montra du doigt les alentours, avant de le porter à ses lèvres. Enfin, son visage s’illumina.

- Ah. Si, je pense. Tu connais la région, n’est-ce pas ? Je veux dire, celle qui est de l’autre côté de la vallée ?

- Oui, c’est là que je suis né.

- Eh bien voilà.

Il servit un deuxième gobelet à Adam, reposa la bouteille et s’appuya sur ses genoux.

- Tu penses bien que si je suis ici, ce n’est pas par hasard. Il y a, dans ce village, quelque chose de profondément toxique. Il doit bien y avoir une cave, quelque part, dans laquelle doit être stockée un de ces produits.

- Ah bon ? demanda le lapin en portant le verre à ses lèvres.

Qu’est-ce qui vous fait dire ça ?

- Ce qui me fait dire ça, c’est que, comme tu le sais, le lac Noak a de l’eau qui descend des sommets, puis s’écoule dans un ruisseau.

- Je vous suis.

- Ce ruisseau part ensuite, il s’écoule et passe dans la nappe juste en-dessous du village, peut-être pas très loin sous la surface.

- Oui...?

Le hérisson chercha du regard quelque chose pour écrire, comme si cela lui aurait permis de mieux se faire comprendre.

- Eh bien quand l’eau ressort de l’autre côté, elle est toxique. C’est ce qu’on m’a signalé en tout tout premier, tu vois. La mare, qui ressort ensuite de l’autre côté de la montagne Chtokojira peut quasiment être suivit à l’oeil nu : Tout son long, rien ne pousse. C’est une bande de terre totalement aride - et si par mégarde les poissons remonte le courant, on en retrouve morts. Un paysan du coin m’a dit qu’il faut régulièrement vider cette mare pour en brûler le contenu, sans quoi le fleuve sortirait de son cours.

- Ah ?... Qu’est-ce qui vous fait dire que c’est à cet endroit que l’eau devient toxique ?

- Bah, dit Balaje en faisant des gestes, j’ai déjà fait des test en prenant les échantillons du lac. Il n’y a rien. J’ai pensé que ça pouvait provenir éventuellement de l’ancien camp de travail colonial pas loin du lac, mais je n’ai rien trouvé -  ça pourrait bien plus être quelque chose au niveau du barrage, ou au niveau de Chtokojira, et c’est là qu’il faudra faire une fouille. Tout ce que je dis moi, c’est que c’est de “là” à “là”. Et nul part ailleurs. Et ce n’est pas tout -

Balaje se leva, agité, pour aller chercher une série de photographie de la face est de Chtokojira.

- Photo d’un satellite, regarde. Il y a dix ans. Et maintenant.

La première photographie, la plus ancienne, montrait un versant de montagne bien vert. À cet endroit, on pouvait même reconnaître des vignes, et des petites maisonnée, construite tout son long. Le lapin scruta l’image, à la recherche d’un détail qui serait surprenant. Puis, en regardant l’autre, que lui tendait l’hérisson, il compris alors que le contraste se constatait automatiquement entre les deux dates données. De nos jours, la façade est de Chtokojira n’était plus qu’une étendue de terre et de boue. Plus un seul verger, et d’ici les maisons semblait abandonné de longue date : Le toit d’une de ses bicoque s’étant, semble-t-il, effondré sur elle-même. Adam cligna des yeux.

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

- Ce que ça veut dire, petit, c’est que Quelqu’un ou Quelque chose a amené dans ce village, sous ce village, quelque chose qui n’y était pas avant. Donc ce n’est pas dans la nature. J’ai déjà fait le tour des maisons en versant de montagne, et elles n’ont rien.

- Hmm, c’est forcément quelque chose qui a été “amené”, dit le lapin en se grattant l’oreille.

Puis soudain, comme une lumière, la pensée traversa son esprit. Il n’osa pas envisager l’idée, et préféra donc ne rien dire. Ils passèrent ainsi un moment dans le silence de la maison, Balaje fouillant dans ses documents à la recherche d’une réponse. Adam commença à songer à plusieurs autres possibilité. Peu probable que qui que ce soit ait amené une grosse bonbonne de gaz toxique de façon totalement inaperçu. Ces derniers temps, la mort inéluctable avait emporté pas mal de gens, mais leur maisons étaient, par la suite, toujours vidées… “Pas mal de gens”... Décidément, quoiqu’il pense, il y revenait toujours.

- Dites-moi, le meurtre par intoxication chimiques, est-ce que ça laisse des preuves sur les corps ?

- ça dépend si le gaz provoque des cloques. Pourquoi tu me demandes ça ?

- Non, parce que... Depuis quelques temps, les gens meurent, dans le village. Et ça n’a rien à voir avec une maladie, selon les docteurs. C’est comme s’il se faisait cueillir…

Cueillir, faucher. Selon les propres termes du prêtre.

Balaje plissa les yeux.

- Oui. Alors c’est un produit d’origine inconnue. Mais pour moi aucun doute, c’est une arme chimique. Peut-être même d’un type nouveau.

Et les yeux du hérissons semblaient se mettre à briller à la lueur de la lanterne. Adam y vu la passion qu’il avait à passer à l’affrontement. Une juste passion.

- Il y a… autre chose, aussi, hésita le lapin.

- Oui ? dit le hérisson. Tu veux parler de la cathédrale, n’est-ce pas ?

- Oui, comment l’avez-vous deviné ?

Balaje secoua la tête.

- Deviné... disons plutôt que j’ai cherché un peu, et l’histoire de cette cathédrale m’a été raconté. C’est la seule chose “nouvelle”, de très grande taille qui soit arrivé dans ce village depuis des décennies.

Adam hocha de la tête. Mais l’idée que quelque chose de malsain s’y trouve le mettait mal à l’aise. Car trouver une explication scientifique à la mort inéluctable revenait à dire que celle-ci ne venait pas du ciel, mais bien de l’imagination du prêtre. En d’autre terme, que son père était mort pour rien. Qu’il ne le retrouverait pas dans le monde de la rédemption. Il ferma les yeux.

- ça me semble évident, dit-il. Mais comment savoir ?...

- Il faut qu’on aille sur place, dit Balaje, et qu’on demande à pouvoir fouiller.

Adam secoua la tête.

- Impossible, je suis l’aide du prêtre dans cette cathédrale. Si je commence… Comment dire… à appuyer l’idée selon laquelle… Non, je ne peux pas.

- Ah ?...

Difficile à expliciter. Mais la “mort inéluctable” ne pouvait pas être remis en doute par un prêcheur lui-même. Car s’il avait perdu la foi, il ne pouvait pas pour autant faire endurer la même douleur à l’ensemble des croyants, même si cette douleur pouvait épargner leur vie. Mentait-il pour un bien ? Oh, par celui qui sauve, le voilà à nouveau reparti dans les méandres de sa pensée.

Il se leva en titubant.

- Écoutez, voilà ce que je propose. Je dois y réfléchir un peu seul. Pouvez-vous attendre, juste un peu ?

Le hérisson le regarda.

- Tu n’es pas obligé de m’aider si tu ne le souhaites pas. Mais si tu arrives à trouver une solution qui me simplifierait la tâche, alors tu sauverais la vie d’énormément de monde.

- Je sais, dit le lapin en sortant.

- Où tu vas ?... demanda le hérisson.

Mais déjà, Adam disparaissait dans l’obscurité.
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MessageSujet: Re: La Boule Noire [Réservé]   Mer 24 Mai - 13:21

Le lapin marchait en titubant, peut-être légèrement abruti par le Kapkane, à moins que ce ne soit les questions qui pesait sur lui comme une chape de plomb. Cette chape qui était tombé sur lui comme sa solitude forcé dans laquelle l’avait plongé son frère, imposé par sa famille, et qui semblait devoir l’empêcher de prendre une quelconque initiative. Il voulait l’outrepasser. Libérer son esprit pour en avoir tout à fait les rênes.
Ses pas s’enfonçaient dans la terre molle, protégée par les brins d’herbes folles, l’amenant au lac. Il regarda l’étendue d’eau. Tablette argenté sous la lumières de la lune, qui s’éteignit d’elle-même lorsque les nuages se refermèrent à nouveau. La température avait augmenté : L’atmosphère n’en devenait que plus chargé, lui donnant mal à la tête. Il jeta un regard en direction du barrage, accessible par un petit sentier, qu’il emprunta. Marchant sur la barrière de béton qui épargnait la vallée de l’eau du lac Noak, il vit, de loin, le village. Il avait l’air si petit : Seul la cathédrale noire y semblait bien visible.

Le barrage était, en somme, un édifice plutôt primitif et présentait plusieurs fissures. Il avait été bâti de longue date : C’était donc une construction “humaine”. Adam compris alors la raison de l’existence d’un ancien camp de travail dans les environs. Il décida, tout au contraire de l’eau descendant des montagnes, de remonter à sa source.

***

Le camp de travail était visible de loin : Une sorte de grand bâtiment de béton, carré, au mur gris. En approchant, le lapin distingua nettement les barrières rouillées, surmontés de barbelés, qui avait été plié sur elle-même, probablement lorsque les travailleurs avaient recouvré leur liberté, brisé leur cage, à moins qu’une tiers personne les en ait sorti. Il s’approcha, passa par-dessus le monticule de ferraille, pour entrer par le trou sombre et béant faisant office d’entrée.
Entrer dans ce lieu sombre l’aurait sans doute effrayé s’il n’avait pas été dans des dispositions d’esprits semblable. Il fouilla dans sa poche, à la recherche d’un paquet d’allumettes qu’il gardait toujours sur lui pour allumer des cierges, en sortit une, et dû la frotter plusieurs fois pour qu’elle s’allume enfin.

Il approcha le pâle halo du mur, auquel était accroché un tuyau. Décidant de le suivre, il passa la main dessus, avant de lâcher prise, effrayé par le contact d’un anneau métallique. Il leva l’allumette pour mieux le voir. Soudain, un flash lumineux : Un éclair venait d’éclater, subjuguant par sa lumière rapide toutes zones d’ombres ; Adam eut alors le temps de voir ce qui était accroché au mur : Des fers. C’était donc le long de cette barre qu’était attachés les Mobiens vivant dans ce camp - du moins lorsqu’ils ne travaillaient pas, en étant enchaîné ailleurs. Il continua dans ce couloir, écarta une chaîne qui pendait le long du plafond, arriva dans un cul-de-sac. Un autre éclair y dévoila un fauteuil réglable, surmonté d’un casque attaché à divers reste de câbles. Sans doute, le fonctionnement de l’objet avait été altéré par les libérateurs. Il n’en restait pas moins qu’ils avaient laissé derrière eux ce terrifiant artefact. Le tonnerre gronda. Le lapin souffla l’alumette, qui commençait, malgré sa taille conséquente, à lui brûler les doigts, et passa dans la salle d’à-côté. Un éclaire l’illumina, dévoilant une pièce vaste, un sol de terre battue. Des longues tables de bois sur lesquelles avaient sans doute été exécuté le travail éreintant, la marque de fabrique de ces camps. Travail à la chaîne sans espoir d’en voir le bout, sans autre espoir que celui de voir le bout de la journée, rester en vie, malgré tout.

Tout cela, créé par l’espèce vivante, ne faisait pas réellement de sens au regard du bien et du mal défini par le prêtre. Adam compris, aux vues de tout cela, au moins une chose : C’est qu’il devait pousser son raisonnement plus loin. Il le savait, les vues de l’Oeil pouvait le dépasser. Alors pour s’en approcher, il fallait agrandir son champ de vision. À lui donc, de frayer son chemin, car rien dans cet amalgame, cette brousse peuplée de mystères, qu’était le monde, n’était illisible que pour le demeurer. Il alluma une seconde bougie lorsqu’un éclair illumina la pièce. Il pu alors voir une série de grosse caisses, posé le long de la fenêtre. Il marcha en leur direction et vu que l’une d’entre elle était à moitié ouverte, son panneau glissé légèrement sur le côté. Il regarda dedans. Bondit de surprise. Et, mené par l’instinct, jeta au plus loin l'allumette.

Car ce qui se trouvait dans la caisse n’était ni plus ni moins qu’un long bâton de dynamite.

Il y en avait des dizaines, rien que dans cette caisse-là. Adam toqua sur la partie supérieur de l’une d’entre elle. Elle sonnait pareil. Pas de doute, ces caisses-là était bourré de TNT. Sans doute avait-elle servit aux Mobiens ayant creuser les galeries amenant à l’édification du barrage. Le lapin sortit de la pièce. Pensif. Il hésitait. Devant lui, un autre couloir, sur laquelle s’ouvrait béante une autre entrée donnant en direction du lac, du barrage, du village, se distinguant dans la pâleur de l’éclaire. Il pria. La nuit allait bientôt se terminer. Et alors, il su exactement ce qui lui restait à faire. Le tonnerre gronda.

***

L’explosion retentit dans la froideur du petit matin. Balaje, qui s’était endormi sur le tas de sac de couchage, un gobelet à la main, se réveilla brusquement. Se frottant les yeux pour exorciser son mal de tête, il se leva et jeta un oeil aux alentours, cherchant l’origine du bruit. Les minutes passèrent. Soudain apparu par le couloir le lapin. Il avait l’air particulièrement pâle.

- Qu’est-ce qui il y a ? Demanda l’hérisson.

- Le barrage.

- Quoi le barrage ?

- Un éclair est tombé sur un arbre, je l’ai vu mettre le feu au camp, et ensuite tout a explosé.

- Pas possible ?

Le hérisson se leva en claudiquant et se dépêcha de sortir. Au bout du plateau sur lesquels ils se trouvaient, une vaste chute avait remplacé les barrières du barrage qui empêchait le lac Noak de se déverser dans la vallée. Il se dirigea, suivit du lapin, en direction des escaliers. Le village ne mit pas longtemps à constater le péril qui l’attendait. Bientôt, de petites silhouettes se mirent à courir dans tout les sens, avant de se diriger vers les collines : Chtokojira. Le hérisson jeta un regard, discret, en direction du camp. Celui-ci n’avait pas explosé, il n’y avait pas même trace d’un arbre brûlé. Et même si les bâtons de dynamite qu’il avait exhumé lui-même était partie en fumée, il n’aurait pas eut assez de puissance pour faire exploser le barrage à distance, loin de plusieurs dizaines de mètres. Une main se posa sur son épaule.

- C’est le moment pour agir, dit Adam. Il faut qu’on aille trouver ce poison pour l’extraire du sous-sol de la cathédrale.

Balaje tourna la tête. Puis, hocha à nouveau la tête.

- Très bien. Allons-y, je vais voir combien de combinaison entière j’ai.

***

Adam s’enfonçait à présent dans l’eau jusqu’au genoux. Balaje avait tout fait très vite : Fouillant dans ses valises, il avait reconstitué une tenue de protection entière, vissé dessus les recharges en oxygène supplémentaire qu’il portait avec lui : Les voilà habillés, deux silhouettes, aux traits rendu informes par les tenues aux tissus imperméable et blanches, un peu trop grande pour eux, rendu méconnaissable par leur masque à gaz qui leur donnaient des faux airs de machines. Étrange spectacle, d’ailleurs, que ces deux Mobiens tentant de se creuser une route dans ce village mort, inondé d’une eau sale et grise.

Le temps à présent, manquait cruellement. De combien de temps disposaient-ils avant que des pompiers ou la police n’arrive ? Le lapin avait le coeur au bord des lèvres. Que disait le prêtre déjà ? Oui... “Sacrifier pour sauver”. Si le mal devait être extrait de son village, alors il ne fallait pas hésiter une seconde. Sa plus grande peur était à présent d’être stoppé, d’être sommé de s’expliquer. Que le village sache le mal qu’il avait fait. Pire, qu’il sache pour quel bien. Mais soudain, un cri perçant au milieu de la pluie tombant à verse résonna non loin.

- Aidez-moi !

Adam s’arrêta net. Le hérisson manqua de le percuter.

- Attendez, dit-il en voulant se retourner.

- Ah, eh, pas maintenant, dit Balaje en le saisissant par les épaules.

Mais le cri résonna à nouveau. Adam reconnu la voix : C’était celle de la caissière, celle qui travaillait dans le petit café.

- Aidez-moi !... Mon mari est bloqué là-dessous !

Le lapin donna un coup d’épaule pour se retourner, et regarda dans toutes les directions. Elle était hors de vue. Cela devait venir d’une des petites cour intérieur.

- Viens, lapin ! LAPIN ! REVIENT ICI !

Balaje s’était mis à crier, se lançant à la poursuite d’Adam, cherchant une entrée vers la cour. Il le saisit par la manche, puis par le bras.

- Vous entendez pas, elle a besoin d’...

- Ne sois pas stupide, nous on est pas des pompiers, et si tu traînes trop tout sera foutu par terre !

Le lapin tenta de se dégager. Mais le hérisson le raisonna, le tirant par à-coups.

- Écoute… ÉCOUTE… Je suis sûr qu’ils vont bien, la question, y a… Y en a pas d’autres que d’aller extraire cette maudite saloperie de ta cathédrale, là…

- Mais -

- Ce dont tu te rends pas compte, dit Balaje en serrant son bras autour de son cou pour le faire avancer, c’est qu’en faisant exploser le barrage tu as remplis toute la cuvette d’eau. C’était une bonne idée pour éloigner les villageois. Mais si l’eau a emporté avec le produit, alors on est en train… ÉCOUTE !... Si le produit s’est deversé dans l’eau, alors on est en train de baigner dedans… Ah seulement maintenant ça te viens en tête, hm ?

Le lapin n’avait pas penser à cela, se maudit de son aveuglement. Il se dégagea de la prise de l’ancien soldat et marcha en redoublant de vitesse vers l’artère principale, en direction de la cathédrale. Oui. Il ne pouvait pas aller aider ce Mobien. Car s’il le faisait, il ne sauverait personne, pas même sa propre peau. Il serra les dents. “Sacrifier pour sauver”...

À force de patauger, ils finirent par arriver, en nage, devant la porte principale de la cathédrale. Elle se dressait, encore puissante, émergeant de l’eau telle une montagne, sont énorme façade décoré leur faisant face, comme pour les écraser. La porte, habituellement fermé à l’aube, semblait avoir été défoncé, peut-être par la pression exercé par le déluge.

- Encore heureux que ta “cathédrale anthracite” ait du plomb dans la carcasse ! dit Balaje en traversant la cour.

- Que voulez-vous dire ?

- Après. Avance !

Le hérisson passa la porte. Avant d’entrer, le lapin ne pu s’empêcher de lancer un dernier regards aux alentours, histoire de bien vérifier qu’il n’y ait personne. Un cri résonna. ça venait cette fois de l’intérieur de la cathédrale. Plus qu’un cri, il s’agissait davantage d’une espèce de beuglement sourd, un rugissement. Le sang d’Adam ne fit qu’un tour. Il entra juste à temps pour voir Balaje se faire jeter comme une vulgaire boule de papier, atterissant droit sur un tas de banc d’église, vermoulu, qui s’écroulèrent sous son poid.

- SAMSON ! NON !

Car c’était bien le cerf qui se tenait là, le poil hérissé, les dents ressortis avec férocité. Placé en plein milieu du couloir, ce qui était une aide docile s’était transformé, à l’approche de Balaje, en un dangereux colosse, levant les poings de rage, près à tout casser pour préserver la cathédrale. En entendant son nom, il tourna la tête vigoureusement en direction d’Adam, ayant levé ses bras pour lui faire signe. Ramassant une pelle qui traînait dans l’eau, il la souleva au-dessus de sa tête, prêt à fracasser la tête du lapin.

- Arh, suka bly... se mit à jurer le hérisson en se relevant.

- SAMSON ! NON, ARRÊTE ! C’est moi…

Mais Samson ne l’avait pas reconnu. Donnant un grand coup avec sa masse improvisé, il manqua de peu le lapin, qui trébucha sur le côté avant de monter sur les marches de l’autel le bordant sur la gauche. Il ne mit pas longtemps à comprendre pourquoi le simple d’esprit continuait à l’attaquer. Il tenta d’enlever son masque à gaz.

- NE L’ENLÈVE PAS !

Mais déjà le lapin avait découvert la moitié de son visage, le masque encore bloqué au niveau des oreilles à cause de ses mains, rendu tremblante et malhabile par le froid, et sans doute, l’effroi. Le cerf ouvrit des yeux ronds et abaissa lentement sa pelle. La cathédrale sembla happer par un grand silence, uniquement interrompu par les bruits que faisait Balaje et l’eau qui s’écoulait lentement dans l’édifice. Samson l’avait enfin reconnu, mais n’en semblait pas moins surpris.

- A… Ad-âm-euh ?

Pour la première fois depuis longtemps, le cerf venait de parler. Hésitant, cherchant ses mots, il annôna avec difficulté, les yeux baissé à présent sur l’eau qui montait jusqu’à leur chevilles. Le lapin commença à redescendre lentement de l’autel. Il constata que le cerf avait un teint particulièrement pâle, des yeux jaunis. En y regardant bien, malgré l’obscurité, il discerna que la fourrure recouvrant le crâne du cerf présentait de nombreux trous. S’était-il arraché les cheveux par nervosité ?

- Dé...l’ge

- Quoi ?...

- QU’EST-CE QUE J’AI DIT ?! cria la voix de Balaje.

Un claquement assourdissant sembla faire trembler la cathédrale, une tache rouge se dessina sur la toge de Samson, au niveau du torse, et un deuxième, et un troisième coup de feu. Le cerf s’effondra en avant, rejetant de l’eau de tous côté.

- NON !

Le lapin se précipita pour l’agripper et le sortir vers lui. Mais la balle avait atteint sa cible. Samson giseait là, flottant comme un arbre mort. Vision d’horreur. Adam continuait à vouloir le tirer de cet eau.

- NON !

C’est un Balaje recouvert d’eau et de débris de bois qui arriva jusqu’à lui avec difficulté. Dans sa main brillait le métal gris d’un pistolet. Il hurlait, couvrant de sa voix un silence de mort.

- ON A ASSEZ PERDU DE TEMPS ! dit-il sans abaisser son arme. À LA CRYPTE !

Adam compris alors que rien ne pourrait empêcher le hérisson d’accomplir sa tâche, et, poussé en avant, il se dirigea vers le très large bénitier dépassant la surface de l’eau, de l’autre côté de l’entrée.  Balaje l’avait toujours en joue.

- Où c’est ?

- Là-dedans, dit Adam, les larmes aux yeux. C’était interdit…

- Ah, donc ils le cachaient ! De mieux en mieux ! dit le hérisson.

Il tira une balle dans un des vitraux du choeur, qui se brisa sous le choc. Le lapin, rendu craintif par la nervosité dont faisant preuve le vétéran, monta sur le rebord pour ôter la trappe au-dessus du tuyaux. Dans le temps, lui avait-on raconté, cette canalisation était alimenté, mais on ne lui avait jamais dit comment. Il comprit lorsqu’un souffle d’air particulièrement humide lui frappa le visage : C’était la cavité dans laquelle passait l’eau. À l’étage du dessous, avait été installé une ampoule diffusant une lumière jaunâtre. C’est donc cela que le prêtre appelait “la crypte”. L’accès en avait été rendu possible par une échelle.

- Je suis bien content qu’il y ait une entrée. ça m’économisera mes bâtons de dynamite. Descend.

Mais le lapin, se tenant à l’entrée de la trappe, n’osait pas faire un geste.

- Descend !

- Je… Non, attendez, laissez-moi juste ramasser mon masque à gaz...

Le masque était tombé lorsqu’il était descendu de l’autel, et devait flotter quelque part non loin.

- C’est un peu tard pour y penser, idiot, Descend !

-  Le...

- Oh, ne m’oblige pas à te forcer, dit le hérisson.

Et d’un coup de botte, il le poussa droit dans la trappe.
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MessageSujet: Re: La Boule Noire [Réservé]   Sam 27 Mai - 0:00

Le lapin tomba sur le dur sol de pierre, glissa pour se réceptionner douloureusement sur ses coudes. La panique sembla le prendre aux poumons. Il tenta de se retenir d’inspirer de l’air, tira son col sur ses voies respiratoires. Le hérisson descendait à la suite, le pistolet dans sa direction.

- Eh bien alors ? demanda-t-il, sa voix étouffé derrière son masque. Pas de gaz ?

Adam pensait alors que les actes du hérisson avaient été déformé par de la nervosité. Mais ce n’était pas de la colère : C’était de la folie. Le hérisson qui disait vouloir sauver le plus de personne venait de le pousser sans aucun masque à côté d’une réserve d’un produit sans doute très toxique.

- POURQU... Z’AVEZ...FAIT ÇA ?

Le hérisson le regarda, avant d’enlever à son tour son masque.

- Pas de gaz, confirma-t-il.

Il sortit de sa poche intérieur un papier, et le frotta contre le mur, regarda s’il y voyait quelque chose de curieux. Face à eux, un long couloir, au bout duquel se trouvait le centre de l’ancienne église.

- Étonnant. On dirait, ils ont tenté de rendre le couloir imperméable.

Le lapin regarda autour de lui. Quelques flaques d’eaux perlaient sur le chemin. Mais, effectivement, l’eau ruisselant sur le sol de la cathédrale n’avait pas pénétré son sous-sol. Les murs et le sol étaient humide, mais ce n’était pas la même eau : Celle-ci dégageait une puissante odeur de moisissure. Au fond du couloir, quelque chose ressemblant à un rideau noir.

- ça doit être là-bas, dit le hérisson en pointant l’arme sur le lapin.

- Hors de question d’y aller sans masque, répondit le lapin, la gorge sèche.

- Si il y avait un gaz, à cette distance, tu serais déjà en train de te tordre sur le sol. Crois mon expérience, je suis en sécurité.

Le lapin pris, sans le vouloir, appui sur la paroi du couloir.

- ...Vous oui et moi non ?

Balaje sourit.

- Toi tu es la seule chose maintenant qui se met en travers de mon chemin.

Le lapin avait toujours les mains bien en vue.

- Je ne comprend pas.

- Non, effectivement, tu comprend pas… Et moi, j’ai pas besoin de témoins.
Le hérisson leva son pistolet.

- Attendez, dit le lapin en se protégeant le visage de ses mains, bien inutiles à présent. Qu’est-ce que… Qu’est-ce que vous comptez faire ?

- Une fois que j’ai trouvé ce truc, quoique soit cette chose…

Le hérisson avala sa salive, puis fixa un point ailleurs.

-  La vendre. Et vite - au plus offrant.

Le lapin ouvrit des yeux rond.

- Quoi ?

- Oui. L’efficacité de cette chose c’est redoutable. Et quoi que ce soit ça pourrait être ma meilleure affaire. Il me fallait juste quelqu’un pour me donner la seule chose que je n’avais pas, l’accès à la crypte. Au milieu du bénitier, c’est beau, comme idée.

Le hérisson hocha de la tête. Adam compris alors que Balaje n’avait rien deviné d’instinct.

- Vous avez menti… Vous saviez… ?

- Sur presque rien. J’avais bien saisi ça, que l’arme était ici, mais il fallait encore que je puisse entrer et savoir directement où chercher. Il fallait que ça vienne de toi, tu comprends.

Balaje soupira. Il reculait en direction du couloir, approchant ses pas du rideau, pour éviter qu’Adam fasse une quelconque bêtise qui l’en éloignerait.

- Mais je répète : J’ai menti sur presque rien. On abandonne jamais vraiment une arme lorsque celle-ci fonctionne, et ça je l’ai compris dès le jour où mes frères y ont passé. Ce n’était pas la faute du gaz, mais plutôt, ce que les gens décidaient d’en faire. Avec le gaz, on m’a pris des membres de ma famille. J’ai exigé un dédommagement que personne n’a jamais pu me donner. Alors avec le gaz, je l’aurai.

Le lapin ne répondit rien, dégoûté.

- Ça peut paraître cynique, mais si tu veux me reprocher de l’être, alors pourquoi tu ne t’adresses pas directement à ton prêtre, ancien enfant de choeur ? Savoir que l’arme avait été sciemment dissimulé ne m’étonne à peine. Mais je veux bien lui laisser le bénéfice du doute, à ton prêtre, peut-être que lui-même ne savait pas tout. Après tout les voies du sauveur sont “impénétrables”, dit le hérisson, l’ombre d’un sourire passant sur son visage.

- Le prêtre ?

Adam repensa au vieil ours s’occupant du culte. Lui et son bras robotisé, sous sa toge.

- Tu ne t’es jamais demandé pourquoi il lui manquait un bras ?

Balaje, lancé dans son explication, sortit une liasse de feuille plié dans la poche intérieur de sa veste.

- Il ne t’as jamais parlé, ton prêtre, du bataillon D ?

- Le quoi ?

- Bataillon D, “D-Battalion”. C’est un dossier totalement classifié, qu’un ami travaillant pour… d’autres, m’a donné.

En disant ces mots, il semblait particulièrement pâle. Le vieil hérisson semblait épuisé.

- Ça a donc rapport avec la Guerre, dit, sans réfléchir, Adam.

Il essayait de garder son calme, ayant deviné que faire parler Balaje était le meilleur moyen de retarder l’inévitable, quelque soit sa nature.

- Non. Justement, ça n’a aucun rapport avec LA Guerre. Un jour, des… Des trucs sont venu dans ce village, dans le but de le raser. Quand je dis des trucs, c’est parce qu’on m’aura dit ensuite qu’il s’agissait de machines.

- Des robots ?

- Des machines intelligentes, des machines sans maître, venu pour tout raser. La petite église était à l’origine sensé être une sorte de base de production, une sorte d’usine. Et puis boum.

- Boum ?

Balaje rangea les feuilles dans sa la poche de sa combinaison, avança encore de quelque pas vers le rideau, se frottant le crâne, puis pointa le sol du doigt.

- Nous sommes sur un ancien site de recherche Meers, ce qui m’a tout de suite fait penser… À… la possibilité d’y trouver des armes chimique... D’ailleurs, le truc était apparemment puissant. L’appareil permettant de produire cette matière…

L’hérisson s’interrompit pour tousser un coup, dans l’atmosphère particulièrement humide.

- Cet appareil avait été endormi à leur départ. Mais les robots l’ont remis en marche et, comment dire ? Ce “gaz” était tellement puissant qu’il aurait influé sur leur volonté. Tu imagines, cette chose qui ferait disjoncter les robots ?

Ce qu’Adam avait reconnu dans les yeux du vétéran comme étant une passion héroïque semblait s’être transformé en éteincelle de mégalomanie. Oui, remettre au jour ce type d’arme pour soumettre des appareils électroniques semblait attirant. Seulement...

- Le gaz ne fait pas d’effet sur les machines, elles n’ont pas de poumons, ce n’est pas possible, dit Adam. Vous m’avez parler de Chlore, de Fosguène, tout ces trucs ne fonctionne que sur des choses constitué d’eau, d’os, de chaire. Ce n’est pas possible.

Le lapin discourait toujours pour gagner du temps. Essayer de le détourner de son but initial par la raison. Le hérisson se remit à tousser, essuyant la sueur qui perlait sur son front.

- C’est pourtant ce qui s’est passé. Et dès que c’est arrivé, elles ont commencé à donner des ordres à leurs soldats. Des ordres totalement fou pour des machines. Et elles se sont mit à construire cette cathédrale. Elle n’est jamais sortit de terre, votre cathédrale, elle a été construite par des machines rendues folles.

Le lapin déglutit avec difficulté. Le hérisson le toisa de ses yeux devenu jaune. Adam n’avait pas remarqué à quel point les yeux de Balaje étaient entourés de cernes.

- C’est impossible.

- Arrête de dire ça, je te dis que c’est ce qui s’est passé. Tu n’avais qu’à gratter sous la couche de crasse de ton église, et tu aurais tout de suite vu que j’avais raison…

Il tituba, son arme toujours pointé sur le lapin, presque collé au rideau.

- ...Personne d’autre ne pourrait construire une cathédrale de cette taille, et aussi vite, avec du charbon anthracite, de la pierre volcanique, et, surtout… du plomb, dit-il en souriant faiblement.

Adam ne semblait pas comprendre. Des traces sombres, alarmante, étaient apparu sur le visage de Balaje

- Ouais, lapin. Du plomb. Dans leur folie, les machines ont en faites tenté ...d’isoler l’appareil avec ça... Et… ça… ne devait pas être un gaz à strictement parler. C’est quelque chose d’autre. Et c’est pour ça que ça m’a tout particulièrement intéressé…

L’hérisson recula encore d’un pas, et s’apprêtait à passer le rideau, qui lui aussi semblait avoir été filé de métal. Dos à celui-ci, il y avait déjà passé la moitié de son corps, quand il cria de surprise.

- AAAAH ! Mais ? Qu’est-ce que…? Qui me brûle le dos !

Adam ne répondit pas, reculant lentement vers l’échelle d’accès, un goût de métal inexplicable dans la bouche, les oreilles sifflantes. Le hérisson fut pris d’une quinte de toux particulièrement violente, lâcha son pistolet. Il comprit, en s’essuyant la lèvre, qu’il commençait à cracher du sang.

- Sorcellerie, dit le hérisson à bout de souffle, les orbites cernés de noir, la peau presque blanche, je suis en train de...

Il commençait à perdre pied. Enfilant rapidement son masque à gaz, il tomba en avant, disparaissant totalement de l’autre côté du rideau noir. En entendant le bruit de ses convulsion, le lapin compris alors que Balaje venait de signer son arrêt de mort. À quatre pattes, le hérisson tenta de sortir, agité de tremblement, avant de tomber dans l’encadrement du rideau.

- Mes yeux… Mes yeux…

Puis, plus rien. Instinctivement, le lapin compris que la chose qui se tenait derrière le rideau ne devait pas être regardé et pris la fuite. Alors qu’il montait l’échelle, il sentait même déjà un rayonnement brûlant sur ses jambes.

- Isolé, se dit-il pour lui-même d’une voix tremblante. “Isolé avec du plomb”...

Alors, il sortit en prenant appui sur le bénitier. L’eau avait encore monté de niveau dans la cathédrale. Il se dépêcha de monter sur le promontoir faisant face au choeur, entourés des vitraux, se saisit de la pelle qui giseait à côté du corps de Samson, et pris appui sur un mur, pour la glisser entre deux pierre. Une large plaque tomba de tout son long sur le sol. Il frappa dessus, et le bruit métallique qu’elle rendit lui confirma qu’il s’agissait bien de plomb. Un peu lourde, mais pas impossible à manoeuvrer, Il la tint d’une main qu’il emballa de plusieurs chiffons, et descendit avec un peu de mal le long de l’échelle, équipé de ce bouclier improvisé.

Marchant avec, il semblait en tout cas protégé du pouvoir qui semblait avoir mis à terre Balaje - Qui avait pour lui d’avoir vu juste : l’arme n’avait rien d’un gaz. Pourtant tremblant d’effroi d’avoir échappé de si peu à la mort, à deux reprises, Adam ne pouvait pas continuer d’ignorer la nature de cette chose, quitte à ce que ce soit au péril de sa vie. Cette chose qui était la cause de tous ces problèmes, la gangrène qui avait détruit les articulations de sa vie. Malgré tout...

Il voulait que l’hérisson lui ait mentit.  Que l’épée était réelle, et que face au vétéran divaguant ne se soit trouvé que celle-ci. Qu’elle aurait pris la décision de tuer l’ex-soldat pour ses fautes, comme cela arrivait aux imprudents des saintes écritures. N’était-ce pas ce qu’avait dit le prêtre, d’ailleurs ? Que la crypte, bénie par l’épée, était encore maintenant défendue par un archange, qui ne pouvait être regardé d’en-face… Il s’en souvenait. Et tout à coup les événements prenaient tout leur sens. Oui, les textes disaient vrai. Une nouvelle force semblait avoir pris possession de ces gestes quand il compris qu’il pourrait enfin en avoir la preuve, enfin vaincre son doute. Toutes les réponses se trouvait à un peu moins de dix mètres de lui. Juste là...

Mais il ne pouvait pas la regarder. Même s’il ne souhaitait que cela, même si il avait remis son masque. Il serait foudroyé avant même de savoir, comme l’avait été Balaje. Il ne pouvait pas se permettre de mourir sans savoir. Il resta un moment tout proche du rideau, sa plaque placée debout, obstruant le couloir. Puis soudain, les deux orbites brillant sur le masque à gaz du hérisson lui donnèrent une idée. Il inclina légèrement la plaque afin d’ouvrir le rideau. Et lâcha une exclamation de surprise à la vue de la Chose.

- Mais…

À présent, une intense déception s’était mis à lui brûler l’estomac. Et pourtant il la voyait. Elle se reflétait dans le verre poli ayant échoué à sauver la vie de son porteur. On pouvait la voir, sortant d’une sorte de grand réservoir, dans lequel devait passer l’eau du lac Noak, coulant le long de cette cavité. Au milieu d’un système de tuyaux complexe, un trou par lequel sortait quelque chose ressemblant à du magma. A son embouchure, il semblait toujours en fusion. Le magma s’était refroidi et pétrifié en atteignant le sol. Et au milieu de cette coulée sombre, on pouvait encore très nettement distingué la bulle s’étant formé à sa surface, telle une boule noire, couleur de vide.


***

Le lapin était remonté, après avoir ramassé dans la veste de Balaje la dynamite que ce dernier y avait inutilement apporté, faisant les cents pas dans l’eau sale. Ainsi, et depuis le début, le souffle de vérité qui le faisait vivre depuis sa plus tendre enfance s’était révélé être le râle infâme d’un mensonge. Son père n’avait pas été choisit par quelconque épée ou par un quelconque destin “inéluctable” : Il était juste mort en premier car, comme sa mère, il occupait toujours les places loin derrière, proche du bénitier. Le “Bénitier” ne méritait même pas son nom. Même la cathédrale…

Non. ça il se refusait encore à y croire. Cette histoire tordue que lui avait sortit un vieil hérisson mourrant ne faisait absoluement aucun sens. Mais… La version selon laquelle la cathédrale avait émergé d’elle-même non plus. Qui croire, alors ?
Le lapin ne mit pas beaucoup de temps à répondre à cette question : Personne. Encore une fois, il n’irait pas plus loin en refusant de se frayer son propre chemin vers la Vérité. “Gratter sous la crasse” lui avait dit Balaje, et il lui tardait de lui donner tort. Dans la remise, se trouvait divers outils, entreposé là en cas de rénovation. Adam ne s’en était jamais servi ailleurs que sur les murs du jardins bordant la cathédrale. Il regarda au plafond et décida de remettre à jour la peinture qui, à cet endroit-là, avait toujours été camouflé par une importante couche de poussière noire. La main chargé d’une grosse truelle en fer blanc, il grimpa l’échelle permettant d’accéder aux cloches.

De là, il posa le pied sur la base d’un des piliers soutenant le plafond de la nef centrale, et y resta accroché. Puis, lentement, respectueusement, gratta avec sa truelle la couche de crasse. Des formes commençait à se dessiner. Mais il n’arrivait pas à avoir une vision d’ensemble. Prenant appui sur les traverses en métal, il longea le mur jusqu’à arriver à un second pilier, gratta encore. Enfin, ayant décroché de là une bonne partie du voile de secret qui camouflait jusque là cette peinture murale, il redescendit par l’échelle. Et c’est en regardant au plafond qu’il compris que la couche de crasse n’avait pas été ajouté là par le temps, mais que la peinture y avait bien été dissimulé, et - il devait le reconnaître, bien qu’il eût préféré se faire arracher la peau plutôt que de se laisser aller à cette interprétation - à raison.

Pas d’oeil, pas de main, et encore moins d’épée. Sur cette fresque. Juste un gros bonhomme dans une redingote rouge d’ingénieur, flottant peut-être sur une sorte de nuage, touchant du bout des doigts ce qui ressemblait bien à un robot, comme un hommage de la créature à son créateur.

Balaje avait dit vrai, et, finalement, la Vérité, dans toute sa laideur, pouvait paraître aux yeux de tous.

Adam pleura. Ferma plusieurs fois les yeux. Espérant que tout rentre dans l’ordre, et que tout ce cauchemar n’était que le fruit de son imagination. Il pensa à la boule noire qu’il ne pouvait même pas songer extraire de son emplacement, du fait de son étrange pouvoir. Il pensa à Samson, qui, lui, avait au moins cru jusqu’au bout. Il pensa au mari de la caissière qu’il n’avait pas pu sauver, et à sa propre crédulité, par laquelle avait résulté son propre Enfer. Il ne restait plus grand chose à faire. Il mit la main dans sa poche. Le paquet d’allumette étaient toujours là, épargné de l’humidité par la tenue blanche, aux épaulettes rouges, revenue au stade d’artefact inutile d’une guerre, terminée depuis bien longtemps. Il inspira une dernière fois l’air vicié de la cathédrale anthracite.

Enfin, il ouvrit les yeux, et regarda dans ses mains les bâtons de dynamites. Oui, il savait quoi faire, alors qu’il le fasse : Et qu’à Celui qui sauve il dédie ce dernier acte.


***

<<

- ...Mort d’un trafiquant d’arme connu par de nombreux services autour de la planète a été absolument confirmé. L’ONG Peacemaker s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué à son égard sur son site Dreamnet.

- Revenons maintenant sur un incident ayant eut lieu tôt ce matin : L’explosion d’un barrage en amont d’un village en périphérie de Tchistilichtche a fait plusieurs morts et une centaine de blessés. Sur ces images, particulièrement impressionnante, on peut voir que même la cathédrale du village n’a pas résisté au choc et s’est effondré. Les villageois ont pu dans leur grande majorité se réfugier sur les collines environnante. Un prêtre, qui n’a pas souhaité
communiquer son nom, a été interrogé par nos envoyés sur place.

- Vous savez, pour quelqu’un comme moi qui a donné sa vie pour son église, de la voir ravagée par un Déluge, qui a de quoi rappeler ce que nous en disait les écritures, cela a quelque chose de particulièrement cruel. On m’a dit que mes deux aides ont été retrouvé dedans, et j’aimerai leur rendre hommage ici.

- Quels étaient leur noms ?

-  Lyudskov, Adam. Et Pravedno, Samson. Adam Lyudskov et Samson Pravedno. J’ai mal quand j’y pense. Mais je sais que, s’ils ont été là au moment où la cathédrale s’est effondré, c’était probablement pour tenter de sauver le plus de chose possible. C’est un sacrifice qui importe pour chacun des croyants.

- Vous allez en reconstruire une ?

- Oui, mais on ne sait pas encore où, le village est encore sous les eaux, et, quand la cathédrale s’est effondré, ça a bouché le ruisseau qui passait par-dessous, alors… évacué l’eau sera sans doute difficile.

- Et la présence de ce troisième Mobien sous les murs de la cathédrale ?

- Eh bien... là... je dois vous dire que je ne sais pas ce qu’il faisait là, je ne l’ai jamais vu dans notre village. Mais s’il était là, m’est avis que ce fils de putain à un rapport avec ce qui s’est passé.

- C’est sur ces mots très dur que le chef religieux a terminé l’entretien. Ce qui n’était qu’un village parmi tant d’autre avant que le tragique ne survienne, s’est transformé de fait en un bourbier. Les forces de l’ordres Spagonienne hésitent encore sur les causes de l’incident : Était-ce dû à l’âge trop avancé du barrage et à l’absence de contrôle, ou s’agit-il d’un acte de vandalisme ?

- Aucune piste n’est pourtant exclu, pas même celle d’une attaque terroriste non-revendiquée, tant que la lumière n’aura pas été faite sur cette sombre affaire.

- Ne ratez pas, en fin de journal, le débriefing du débat d’hier soir, pendant laquelle on reprendra tout depuis le début. Maintenant, voyons la page météo…

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