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 MO-47 [Réservé]

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MessageSujet: MO-47 [Réservé]   Dim 13 Aoû - 15:56

Face au miroir, auréolée d’une lumière artificielle mais vive, la jeune femme, assise sur son siège, attendait que la maquilleuse fasse son office. Bien que ce ne soit pas là son rôle, elle ne put s’empêcher de prendre l’une des brosses disposée sur la table pour la passer dans sa chevelure d’un gris d’argent, l’arranger quelque peu, dégager son front, la lisser et la dominer encore davantage, pour peu que cela soit possible. Embellir d’autant plus un visage sur lequel pouvait se lire une autorité tranquille, mêlée aux flammes d’une jeunesse encore brûlante.
Des yeux bleu, au reflets d’un gris presque cristallin, semblable à cette lumière si particulière que donnait à voir, parfois, l’astre lunaire, un nez droit, surplombant à bonne hauteur une bouche aux lèvres ronde, sensuelle. Pulpeuse. C’était le meilleur outil qui avait été donné à Yona Moonstone. Et c’est pourquoi elle se retrouvait assise ce soir dans cette loge.

Yona vit, au travers du miroir dans lequel elle se contemplait, la porte de la loge s’ouvrir. Mais à sa grande surprise, il ne s’agissait pas de la maquilleuse, mais d’une silhouette bien plus haute. Une main forte glissa sur son épaule. L’homme avait agité son parapluie avant de s’approcher de Yona. Puis, l’avait laissé tombé, emporté dans son élan par la femme, le tirant par le bras, par la cravate. L’obligeant à baisser vers elle son visage, elle déposa sur sa bouche un long baiser.

- Amour, ils t’ont laissé rentré ? dit-elle en caressant la joue de son homme.

- Oui, bien sûr, n’oublie pas que je connais bien la cheffe de la chaîne - elle a pu intercéder en ma faveur sans problème, lui répondit-il en riant.

- La cheffe ? répèta Yona en jetant un oeil aux alentours, comme si elle s’attendait à la voir sortir de nul part. Elle est ici ?

- Tout à fait. Elle ne viendra pas sur le plateau, sois-en sûre - Mais elle tenait à assister à ce petit événement. Ce n’est pas tout les jours que ma Yona passe à la télévision, répondit l’homme en souriant. Vous n’avez pas le trac, madame la représentante ?

Yona secoua la tête.

- Non. Je maîtrise plutôt bien le sujet que je suis venu défendre, et, tu sais, l’habitude de parler devant plusieurs personnes... Le plateau lui-même n’est pas si remplis - et je ne songes pas trop à ceux qui seront de l’autre côté de l’écran.

L’homme opina. Puis passa une main sur son menton, interrogatif.


- Qu’avait dit la conseillère, déjà…

- Aller droit au but. Les autres participants à ce débats m’ont l’air très sympathique, mais je ne suis pas venu leur parler de la pluie, du beau temps. Il faut être direct, ne pas en dire trop. Dire trop c’est livrer son flanc aux attaques de l’adversaire, dit-elle.

- Un lexique combatif, dit l’homme en haussant les sourcils. C’est bien.

Yona se retourna en direction du miroir, arrangeant ses cheveux d’un gris de plus en plus métallique.

- Il faut… Il ne faut pas hésiter à crever l’abcès. Seul les journalistes à scandale aiment donner cette impression héroïque, celle de briser des tabous. Mais je ne suis pas là pour choquer, voilà pourquoi il faudrait… Ah.

La maquilleuse était entré. Une Mobienne souris en apparence minuscule à côté du couple d’humains, regardant avec une expression interloquée l’homme, qui ramassait déjà son parapluie.

- Tu m’as l’air tout à fait préparée, mon amour. Je vais te laisser.

Il l’embrassa.

- Je suis si fière de te voir défendre une cause aussi noble…

Elle le tint par la main, avant de le laisser partir. Il salua avec courtoisie la maquilleuse, qui s’approcha, un crayon et de la poudre à la main. Yona lui sourit. Elle venait perfectionner la beauté qui serait bientôt jeté devant les caméras, ajouter les derniers traits à une oeuvre qui surprendrait par sa nature.

Bientôt, Yona Moonstone se lèverait, mettrait sur ses épaules sa veste de couleur rouge, prendrait une grande inspiration, pousserait la porte, accompagné de plusieurs membre de l’équipe télé, traverserait un long couloir sombre, ralentirait le pas, attendrait le décompte avant d’entrer sur le plateau, pour faire face aux centaines de visages qui l’accueillerait par de bruyants applaudissements. Faire face, puis entrer, le sourire au lèvre et le pas assuré, malgré ses hauts talons, dans l’Arène.


***

Le soleil venait de se lever sur le pays aux cents collines. Au-delà de la ligne d’horizon avait déjà surgi la gigantesque boule de feu, qui poursuivit sa trajectoire jusqu’à se trouver haut dans le ciel, comme catapulté par l’aube équatoriale, avant d’écraser le paysage sous sa chaleur. Qui se serait approché de la plaine aurait pu constater que, à la surface du sol, en apparence herbeux et stérile, s’y déployait en permanence des petites files de points orangé couleur cuivre, constamment mobile. Il s’agissait de fourmis rouges.
De jour comme de nuit, elles se déplaçaient, vacant à leur tâche en formations précises, indifférentes aux périodes de temps, indifférentes à la météo. Comme si rien en vérité ne pouvait les éloigner de leur travail. Quand bien même elles auraient pu percevoir autre chose que les vibrations du sol, pas sûr que, entendant dans les airs ces détonations et ces cris incessants, aucune d’entre elle n’aient levé la tête.

L’atmosphère était déjà brûlante, et emplis du bourdonnement des mouches. Dans cette région équatoriale de Mobius qu’était la Mazuri, la végétations, la faune et la flore était en constante progression. La nature, détestant le vide, se dépêchait de remplir chaque espace possible de son fleurissement sauvage. Prenons ces mouches : Elles n’avaient rien des petits diptères ornant les poubelles des grandes métropoles du nord - C’était en revanche de grosse mouches bleues, attiré entre autre par l’odeur des fruits blets, et par celle de la viande. En se déposant ainsi sur le torse ouvert de ce jeune Mobien, recroquevillé sur le sol au milieu d’une tache d’un rouge pourpre, elle et ses congénères ne faisaient que suivre leur instinct, et, d’une certaine manière, la chaîne alimentaire. Elles ne l’avaient pas choisi. Lui non plus. De même que la Mobienne à la jambe tranchée, gisant non loin, ni son enfant, écrasé sous son propre poid. Ni d’ailleurs le vieillard en guenille qui avait tenté de les protéger avant qu’un de ses bruyants objets en métal, invisible, ne fasse éclater son crâne dégarni. Ni ces petits, portants encore l’uniforme scolaire. Ni ces trois jeunes autres, dans un état encore plus méconnaissable - morts sans doute depuis bien plus longtemps, d’une grenade n’ayant malencontreusement pas raté sa cible. Quand bien même ces gens auraient pu traverser le champ derrière lequel ils avaient projeté de se cacher, il demeurait incertain qu’aucun d’entre eux n’ait pu échapper à un sort funeste.

Les mouches tiraient de ces vies passées leur devenir, au milieu d’un concert de bourdonnement, sous une atmosphère de plus en plus lourde. Quand bien même aurait-elle pu comprendre les drames qui s’étaient joués encore et encore, auraient-elles choisi de ne pas s’en nourrir ? Rien n’est moins sûr. Car doté de conscience, elles auraient sans doute réalisé que c’était la seule chose que cette terre stérile avait à leur offrir. Cela et les bruits incessants, ces claquements dans les airs qui ne semblaient ne jamais vouloir prendre fin. Qu’un jour ces bruits meurent, et, telle la mouche sur un corps encore brûlant, arriveraient les Camions, comme celui qui, à quelques bornes de là, roulait à tout allure. La nature détestait le vide.

Ô, Gaïa. Pardonne-nous nos torts comme ceux que nous avons pardonnés. Guide les justes au-travers des sentiers de la mort dont tu n’épargneras aucun être.
Car Nature, tu n’es pas Juste. Tu es Parfaite.

***

Le camion, précédé d’un véhicule tout-terrain, roulait à toute allure, soulevant des panaches de poussière sur la piste couleur ocre, tracé le long des arêtes de plusieurs collines. La voiture de tête ralentit : Elle était arrivé devant un embranchement. Évidemment dans cette région, il ne fallait pas trop compter sur la présence d’un éventuel panneau, ou de quelconque signalisation. Elle klaxonna pour signaler à sa suite qu’elle allait s’arrêter.

La portière côté passager s’ouvrit, laissant sortir un Mobien torse nu, son t-shirt attaché sur sa tête dans une piètre tentative d’échapper au morsure du soleil. Frottant ses mains pour en dissiper la moiteur, il remit ses gantelet noir, tactiques, s’arrêtant à demi-doigt et laissant paraître des phalanges recouvertes d’une fourrure sombre, avant d’arracher son chapeau improvisé pour s’éponger le front avec, secoua ses longues oreilles, frotta ses yeux, et, les bras largement écarté, comme s’il s’adressait au ciel :

- Bordel, qu’est-ce qu’il fait CHAUD dans ce pays de merde !

Le coyote était mouillée de sueur. À sa suite était sortit deux autres Mobiens, en premier lieu un tatou, au museau jaune et à la truffe fine, qui souffrait un peu moins grâce à son armure dorsale, et un jeune cygne.

- Tu l’as dit Kwaro, et… Oh ! dit le dernier venu en plaquant une main sur son bec. C’est quoi cette odeur ? C’est toi, PV3 ?

- ça c’est ce qui se passe quand on t’avais dit de te retenir, plaisanta le tatou.

Le coyote renifla la profonde odeur de chair rance, qui transperça ses narines. Il hocha de la tête et leva un doigt vers le ciel, décrivant la ligne d’horizon.

- ça, PV4, dit-il en s’adressant au jeune cygne, cette odeur, c’est la raison pour laquelle nous sommes ici.

- Pourquoi on s’est arrêté ?

Le jeune loup, qui conduisait le camion à l’arrière, était sortit de son véhicule, le pistolet-mitrailleur en bandoulière.

- Ah, dit Kwarno, Ishmaël, tu tombes bien. Figures toi que la carte militaire que tu m’as filé n’indique PAS la piste sur laquelle on se trouve. Ni cet embranchement d’ailleurs.

- Mais alors pourquoi tu l’as prise ? demanda le loup. Ah non, s’il-te-plaît... Si c’était encore un raccourci foireux -

- Eh bien parce que c’était l’un des chemins que tu m’as indiqué, dit le coyote en lui plaquant sous le nez la carte. Mais il existe que jusqu’à là, dit-il en désignant un point du doigt.

Le trait noir s’arrêtait effectivement d’un seul coup pour laisser place à de nombreuses taches vertes.

- C’est pas très à jour ce truc, reconnu Ishmaël. Soit on en prend une des deux au hasard soit on repasse par une autre…

Des bruits de tirs lointain commencèrent à se faire entendre. Le coyote sortit son pistolet, Ishmaël saisit le sien par la poignée.

- Tu crois qu’on est sur la ligne ? dit PV3.

Chacun avait facilement deviné à quelle ligne PV3 faisait référence. Ils restèrent un instant sur le qui-vive, avant que le coyote ne fasse un mouvement de main.

- Certainement pas… Tranquille. ça doit pas être pour nous, ça vient de trop loin - Mais gardez l’oeil ouvert.

Il se retourna vers Ishmaël. PV4 était descendu de la piste, jetant un oeil en contrebas d’une des collines, son fusil chargé.

- Du coup ?

- Franchement… le mieux ce serait que l’un de tes gars ressorte sa boussole. On risque un accident si le tosma passe trop de temps sous cette chaleur, donc soit on trouve notre chemin soit faudra trouver une forêt pour y passer la journée.

- Et ça serait bien casse-couille, répliqua le tatou, sortant l’antenne de son téléphone satellitaire.

Le loup opina et marcha en direction du véhicule de transport. Trois de ses hommes, des mercenaires, étaient assis dans le coffre. Kwarno, de son vrai nom Armadillio Finstev, les avaient engagé dès qu’il en avait eut les moyens, et leur présence donnait une apparence plus professionnel à ce trafiquant d’arme qui avait longtemps agi seul. PV3 et PV4 étaient des connaissances de plus longues date, des contacts qui lui permettait de trouver des clients. Le jeune cygne, auquel revenait généralement la région de Central City, avait fini par abandonner ce marché, trop peu lucratif au goût du coyote, et venait voir pour la première fois à quoi ressemblait la Mazuri. Le cygne descendit de la route pour jeter un oeil aux environs, suivit du regard du coyote, qui, le doigt sur la carte, réfléchissait.

Le continent sud sub-équatoriale était connu pour être une région en lambeaux. Les demandeurs d’arme ici, n’avait pas la même nature que dans le nord - il ne s’agissait en rien de petits ou de moyen délinquant se battant contre un exécutif, ou contre un ordre constitutionnel, des policiers ou d’autres gangs. Cela n’avait aucun rapport, même avec le palier le plus profond de la criminalité présente à la périphérie d’Empire City, ou même à Westopolis. Certes, ici comme là-bas, les armes faisaient couler le sang. Mais ici, il ne s’agissait pas d’une simple tache, étalée sur la surface imperméable d’un bitume aseptisé.  Ici, la terre était en friche, traversé de profond sillons. La terre saignait. La terre était juteuse malgré la sécheresse qui la craquelait. De nombreux clients, des clients réguliers : C’était un flot interrompu d’arme et de balles qui s’y écoulait. Jusqu’à ce que le résultats, à force de forger le paysage, finisse par se soustraire à l’oeil nu. Le cygne ne savait sans doute pas que ce sur quoi il marchait n’était pas des branchage un peu épais, pris dans les hautes herbes. Armadillio en avait un jour fait lui-même la macabre découverte. Des ossements. Les collines en étaient pleine.

- PV4 ? T’éloignes pas trop, des fois que ces cons auraient mis des mines.

- Tu penses qu’ils en ont ? demanda le cygne en rebroussant chemin.

- Je sais qu’ils en ont.

Le coyote voulait s’épargner la triste ironie de voir son associé sauter sur une mine qu’il avait lui-même déjà vendu à des groupes dans cette région. Enfin, “cette” région. Les groupes armés bougeait si souvent de place que le principe même de frontière, que le principe même de ligne de front restait un concept assez flou, pour ne pas dire dépassé. Et chaque changement de propriétaire amenait sa vague de balle, sa vague de vengeance. La suite infini de conflit semblait perpétuelle, cyclique.
Oui, cette terre était maudite, mais putain, qu’est-ce qu’elle rapportait. Armadillio ignorait où et comment les belligérant s’était procuré tout cet argent, mais cela ne comptait pas, tant que celui-ci tombait dans ses poches. Cette terre était celle des trafiquants d’arme, il l’aurait pris à deux main pour l’embrasser si elle ne sentait pas autant le plomb. Car c’est ici que se trouvait le vrai “Jeu”, ici que pouvait s’obtenir le meilleur… Comme le pire. Pour jouer, pour parier encore fallait-il connaître les règles, être entraîné, avant de prendre ce créneau. Tout en espérant que, sur ce jeu d’échec géant, le pion et le roi ne finisse pas dans la même boîte.

- Oh, tu les as vu ? dit Ishmaël en montrant du doigt un point au loin.

Le coyote leva son arme. De derrière une colline était apparu plusieurs Mobiens, au loin, marchant en file. Il leur firent des signes de mains. Plusieurs bras se levèrent de l’autre côté. Ils approchèrent jusqu’à arriver en contrebas du convoi. Il s’agissait d’un guépard. Il leva le bras en approchant. Grand et maigre, il parlait leur langue de façon approximative. PV3 pencha la tête, gardant la main sur son fusil.

- Vendeur ?

- Vendeur, acquisa Armadillio.

- Pour qui ?

- Pour le Général. C’est quoi la route ? dit-il en désignant des mains l’embranchement.

- Ah, perdu ?

Le guépard laissa tomber son fusil et commença à grimper la colline. Ishmaël lui montra la carte. Il posa dessus ses mains, pleines de sang caillé. Regarda la piste, avant de se mettre à rire.

- Njini, cette carte : la merde !

PV3 et Armadillio se mirent à rire.

- Le mec sait dire deux mots et même lui est d’accord pour dire que, cette carte, c’est de la merde, dit PV3 en toussant.

- Eh c’est pas ma faute, c’est le Général qui nous l’avait donné celle-là, répondit Ishmaël en levant un sourcil.

- C’est le plus fou dans cette histoire, dit le coyote. PV4, stylo.

PV4 se dépêcha de venir, pour en sortir un de sa poche. Donné au guépard, il traça sur la carte la direction à suivre en se basant là-dessus. Ce n’était bien sûr pas à l’échelle, mais le principale était là : Arriver jusqu’à une forêt très au nord de leur position, la contourner pour tomber sur la capitale, où se trouvait leur client. Ils le saluèrent, avant de remonter dans leur véhicule. Le guépard redescendit auprès de ses congénère en contrebas, foule composé de dizaine de Mobiens armés. Ils ne ressemblaient pas vraiment à des soldats. Certains d’entre eux portait sur leur épaules des chemise militaire au camouflage forestier délavé. Plusieurs portaient des petits foulard sur la tête, l’un d’eux avait même mis la main sur un béret officielle de l’armée du général. Mais il s’agissait ici, de toute évidence, de mercenaires. Leur origine étrangère étaient trahis par leur diversité - des guépards, des hyènes, un chimpanzé armé d’un fusil de chasse - et par leur mauvaise maîtrise de la langue. Néanmoins, il ne venait pas de beaucoup plus loin que l’étendue de la Mazuri, et rien dans l’habillement, ou presque rien ne pouvait séparer ceux-ci du jeune Mobien gazelle que l’un des mercenaires traînait sur le sol par les cornes. Le trafiquant et ses acolytes, en fermant les portes de leur véhicules, n’entendirent pas ses cris, mais bien la détonation qui suivit. Pas sûr qu’en les entendant, il eut fait quoique ce soit d’autre que de poursuivre leur route.

Chacun sa guerre, du moins c’est ce qu’il croyait.


Bratata !
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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Mar 15 Aoû - 2:23

La présentatrice, les mains appuyé sur son tableau de bord, se redressa quelques secondes à peine avant que le jingle d’introduction ne résonne sur le plateau. Un papier à la main, les manches retroussé, un visage dur et souriant, elle s’adressa à la caméra placé à l’extrémité du bras mobile d’une grue, comme s’il s’agissait d’une charmante connaissance. Derrière celle-ci s’activaient des membres de l’équipe audiovisuelle.

- Bonjour à tous et à toutes - vous regardez “l’Arène du Débat”, en direct de Grand Metropolis...

Les projecteurs, disposé avec intelligence et expertise au plafond pour transformer l’étendue du plateau en une scène aux jeux de lumières choisis, avaient déjà chauffé l’atmosphère, intensifiant la pression ressenti par les invités. Magie du petit écran, les quatres individus, disposé chacun derrière un pupitre à la façon des tribuns, semblaient comme irradiées, brillant devant une foule de visages sombres, difficiles à distinguer - ceux du public présent dans le studio, personnes triées sur le volet pour avoir le privilège d'assister au hostilité au plus près, et non par la fenêtre de leur télévision.

- Et ce soir nous avons décidé d’aborder un sujet d’actualité. Un sujet qui suscite actuellement la polémique : Depuis maintenant des décennies, a lieu aux frontières de la Fédération un conflit larvé - Un conflit avec le pouvoir en place dans l’Empire dit “Empire Eggman”.

La présentatrice présentait son sujet les mains jointes, le regard fixé vers la caméra, derrière laquelle s’affichait l’écran d’un prompteur sur lequel défilait son texte, préparé à l’avance avec un vocabulaire choisi.

- L’Empire est généralement vu, dans l’opinion publique et les médias, comme une organisation nébuleuse et effrayante. Afin d’en savoir plus et dans une perspective neutre, nous avons décidé d’y porter nos yeux afin de nous interroger. La guerre a-t-elle trop durée et quelle part de responsabilité pouvons-nous imputer à chacune des parties, telles sont les questions que la neutralité pourrait légitimement nous poser.

L’exercice de synchronisation était complexe. Mais elle le maîtrisait parfaitement.

- Or, s’il doit revenir aux organes de sécurité de la Fédération de conclure ce conflit sans fin, il appartient au débat public de déterminer ce qui éloigne nos systèmes, de manière à interroger les opinions sur des sujets précis.

La présentatrice exécuta un lent demi-tour.

- Rappel des faits : Récemment, le docteur Eggman lui-même a révélé, “au grand jour”, par le biais d’un communiqué officiel, une sordide et triste affaire - à la suite d’une explosion dans un stade sportif, divers individus blessés ont eut la vie sauvée, et ce grâce à une invention liée à la technologie impériale. Son nom ? le “Robotiseur”, un terme choc souvent manié dans les journaux du soirs. La nouvelle étant donné, plusieurs acteurs de la société civiles se sont alors exprimé à ce sujet, dans les médias et sur le dreamnet, à l’encontre de ce dispositif.

Pas un mot de plus, sur le plateau. Elle parlait au milieu d’un silence de plomb, sa voix amplifiée par un micro, attaché au revers de son veston bleu foncé.

- Concernant les victimes, devait-on remplacer tout ou partie de leur corps, sans leur adhésion préalable ? Fallait-il laisser mourir froidement ces personnes ? Au vue des résultats donnés, peut-on, en toute connaissance de cause, incriminer une technologie plutôt que des individus ? La question est de plus en plus légitime.

Les talons claquaient sur les dalles en PVC, mais demeuraient inaudible.


- Car là où certains y voit un outil de pouvoir, d’autres y voit un outil médical d’appoint. La question est posé : << La Robotisation est-elle un danger pour nos concitoyen, ou une opportunité d’avenir ? >> Pour débattre de ce sujet, nous avons convié ce soir quatre invités, représentant de forces politique, de positions différentes.

La présentatrice s’était placé face à leurs pupitres.




***

Au fur-et-à-mesure de l’avancement du convoi, le paysage avait encore changé. Progressivement, les collines s’était aplanies, et des buissons avaient fait leur apparition, avant de sortir progressivement de terre, avant de devenir des arbres. Le convoi passa sous plusieurs rangées d’acacia avant de voir apparaître sur sa droite un enchevêtrement végétal se dressant fièrement, mur de feuille et de haut troncs qui annonçaient la forêt. En passant devant, le coyote l’observa par la fenêtre du conducteur.
Dans le nord de Mobius, les forêts, dominées et dressées, était souvent considéré comme de parfait décor de promenade, voir de luxuriant reste d’un territoire aménagé par la civilisation. Ici, aux portes de la capitale d’Amanga, le monde était coupé en deux, entre ce qui vivait dedans et ceux qui vivait dehors.La forêt, impénétrable, sauf à coup de machette, abritait un monde à elle. Des gens vivaient là-dedans, “ceux de la forêt”, les Baguos. Une société à part. Quand on y réfléchissait bien, la Mazuri était LA terre des sociétés à part. À quelques dizaines de kilomètre de là, ça tirait, ça tuait. Ici, tout semblait comme enraciné. Le convoi s’arrêta devant deux Mobiens habillés en soldat, tenue verte et béret. Une dizaine d’autre aux alentours de sac de sable, empilé les uns sur les autres à l’avant d’une mitrailleuse stationnaire, dont le canon à gros calibre, monté sur une perche, visait le ciel. Le soldat vérifia le laisser-passer que lui tendit le tatou, le salua pour le laisser aller vers une place de parc défini à l’avance, non loin de là et isolé par des bâches en plastique posé sur des perches. Par crainte, sans doute, d’éviter que la cargaison soit bombardé. Par qui ? Tel était la question.

Le coyote sortit de la voiture, suivit des autres membres de son équipe, et s’approcha, par ce réflexe que donnait l’habitude, d’une table en plastique blanche, pour y déposer son pistolet. Ishmaël et les autres y déposèrent également leurs armes. C’était la règle. Le Général, maréchal de campagne à vie, était particulièrement soucieux quant à ce genre de détail - pas d’armes dans l’enceinte du palais. Pouvait-on réellement parler de “palais” en parlant de la résidence de l’homme à la tête de l’état ? Il s’agissait plutôt d’une luxueuse villa, sur plusieurs étages, surplombant le Lac Nicole. Le lac, une étendue en contrebas alimenté par de nombreux fleuve, de taille imposante, était la raison principale pour laquelle cette région passait pour être celle “des Grands Lacs”. Le palais du Général, massif, d’élégante pierre taillées au rez-de-chaussé et de grand mur blanc orné de nombreuses fenêtre à l’étage, avait, semble-t-il, été construite en un temps un peu plus reculé, non pas un ou deux siècles, mais peut-être une ou deux décennie. Le coyote y repensait en montant les marches d’escaliers qui l’amenait à l’entrée. Comment le Général Imphetu s’était-il retrouvé là-dedans ?  Il n’en était plus très sûr. Sans doute en avaient-ils parlé. Mais tout cela lui importait peu. Le passé ne représentait aucun intérêt commercial. Et aujourd’hui, les choses étaient comme elles étaient, et mieux valait qu’elles le restent.
Avant qu’Armadillio ait pu esquisser un mouvement vers la porte, celle-ci s’ouvrit toute grande et claqua sur ses battants.  

- SOLETINE !

Le coyote leva les yeux.

Une imposante silhouette vêtue d’un costume beige apparu alors. De larges bras recouvert de poil sombre s’étaient ouvert, révélant en leur extrémités des mains énormes et puissante. Le tout était rattaché à un torse et un ventre gras, imposant et tenait sur de petites jambes arquées. Une tête, petite en proportion du reste, surplombait le tout, coiffé d’un chapeau de campagne, un imposant calot militaire brodé en peau de léopard. Comme si le gorillle avait voulu faire preuve d’élégance au coeur même de la bataille. Un rire, en tout semblable à un volcan en irruption, s’échappait de sa gorge, dévoilant des dents pointus, faisant trembler les murs de la villa, et presque perdre l’équilibre au jeune PV4. Rien d’étonnant : Même dans ses manifestations de joie, l’énorme Mobien faisait trembler ses concitoyens.

- Je t’attendais !

Le coyote sourit et vint serrer la main de son plus gros client, au propre comme au figuré, avant de se faire broyer les phalanges par le gorille, qui semblait prendre un énorme plaisir à ce rite citadin en agitant la main de son interlocuteur de haut en bas.

- Et moi donc, Général. Comment allez-vous ?

- Tout va bien, Haha ! Mais je te pose la question comment vas-TU ? Pas de problème en route ?

Le coyote repensa à la carte. Mais cela aurait semblé malpoli de l’évoquer d’entrée de jeu. Il irait demander une autre à un des nombreux sous-fifres du général peuplant les environs.

- Tout va bien, pareil !

- Mais entrez, entrez donc, je vous invite, dit le gorille en montrant la porte d’entrée. Où est Samuel ? SAM ! MA CANNE ! Hurla-t-il en direction du parc bordant en amont la maison.

Un petit Mobien qu’Armadillio reconnu comme étant un chimpanzé d’un âge avancé, habillé d’une chemise tachée de vert, déboula en courant, un sécateur à la main. Il le laissa tomber dans un buisson et monta quatre à quatre les escaliers avant de les redescendre tout aussi vite, apportant une canne à pommeau plus grande que lui, qu’il tendit au Général, avant de retourner en direction du parc. Un coup de canne s’abattit sur son dos.

- PAS PAR LÀ ! Tu crois que la table va se mettre toute seule ? J’ai des invités ! Mets tout le monde là-dessus, vite, dit le gorille en assénant un nouveau coup de canne. Permet-moi, dit-il à l’adresse d’Armadillio en changeant brusquement de ton, de t’accompagner toi et tes Mobiens jusqu’à mon salon.

- D’accord ! dit le coyote en faisant signe aux pigeons-voyageurs.

Il aurait bien convié également Ishmaël et ses mercenaires. Mais ce dernier savait, tout le monde savait que le Général faisait la distinction entre hôtes de marque et simple combattant. Une trace encore vivace, comme gravé dans sa peau, de la hiérarchie militaire, sans doute. Le coyote l’avait bien compris, sans pour autant adhérer à l’idée. Considérant, pour sa part, que le client était roi.

Et le Général, Impethu M’baba de son vrai nom, n’était rien d’autre en son pays.

***


Le palais baignait dans une lumière claire, adoucie et filtré par les nombreux stores posés le long des fenêtres. Plusieurs salons, une infinité de chambres d’ami, des salles de bains avec baignoire à tous les étages, parcouru par un large escalier de marbre blanc. Le coyote n’avait jamais vu davantage de celle-ci que le rez-de-chaussé, où s’était déroulé toutes ses rencontres avec Impethu. Le rez disposait sur sa face arrière d’une large véranda donnant une vue imprenable sur le Lac Nicole, des escaliers donnait accès à une cour intérieure dans laquelle avait été creusé une piscine, entouré de dizaine de chaises longues, posés à l’ombre de la villa.

Un cadre luxueux, trois fois trop grand pour un seul individu. Mais il était de renommée publique que le Général avait plusieurs épouses - et, en l’occurence, une infinité d’enfant. Le coyote en était venu à lui demander combien, ce que semblait ne pas savoir le concerné lui-même, laissant osciller sa réponse autour d’une quarantaine. Une dizaine de domestique servaient la famille, souvent remplacés. Une centaine de soldat au moins protégeait les alentours du palais, souvent remplacés. Une curieuse habitude qu’avait le Général de remplacer l'entièreté de son personnel aurait pu déjà attiser sa curiosité - Mais c’était à l’occasion d’une vente de lance-missile que les choses étaient clairement apparu aux yeux d’Armadillio: Quelques minutes après son départ de la villa, le coyote avait tenté de joindre le Général par téléphone. Après un long moment d’attente, une voix hésitante lui répondit que le Général était injoignable, et pour tout dire introuvable. Quelle ne fut pas sa surprise, plus tard dans la nuit, d’apercevoir celui-ci au centre d’Amanga, au volant d’un camion réquisitionné.

Aussi, le Général semblait, en vérité, constamment en mouvement, et ne dormait jamais deux fois au même endroit. Étonnant pour le chef d’un état en paix : Le coyote avait fini par comprendre la paranoïa du personnage et ses faiblesses. Paranoïaque, mais aussi impulsif, il pouvait, sur un doute, une intuition ou un rêve prémonitoire, prendre d’importantes décisions, lourdes de conséquences. Faire disparaître l’une ou l’autre de ses connaissances, voir de ses proches. Par instinct de conservation et par pragmatisme, Armadillio avait finit par comprendre ce qu’il pouvait tirer de ce caractère atypique, et, de manière indirecte, s’était décidé à jouer avec. Un exercice périlleux, consistant à faire croire à ce dirigeant, bon combattant mais stupide politique, que de vils complots se déroulaient bien au-delà des frontières de son état. Qu’il devait prendre les devants, en armant toujours davantage son armée, en passant toujours plus de commandes. Impethu le croyait d’autant plus que des “informateurs” ou des “sources”, jamais citées, semblait lui recommander la même chose. Il avait fallu risquer le coup : Mais maintenant que ce jeu de dupe était en place, le coyote apparaissait comme l’un de ses meilleurs conseillers, là où ce dernier le considérait comme son plus grand mécène.

***

Les membres conviés au débat de ce soir attendait qu’on les présente. Ce qui fit la présentatrice sans plus attendre.

- À ma gauche, un représentant du département aux questions économique de Grand Metropolis, Lionel Mammon. Mr. Mammon, pouvez-vous expliciter la raison de votre présence sur ce plateau ce soir ?

- Absolument, répondit un homme longiligne, de haute stature, habillé d’un élégant costume-cravate. L’administration de la ville ayant été contacté, elle a souhaité répondre présent à l’invitation lancé par la chaîne. En tant que représentant du DQE, je me devais de donner notre avis, et notre approche de façon claire, limpide - car il s’agit d’une question dont les retombés économique sont évidente, quelque soit le jugement qu’on y porte… Voilà tout, dit-il avec un bref sourire.

- Fort bien, repris la présentatrice en désignant de la main un autre invité. À votre gauche, Mr. Terrence Bradford, représentant du GUN.

L’Homme, de taille plus petite, à l’expression se voulant dure, mais peinant à cacher une énergie encore toute juvénile, fit un signe de main, s’attendant à ce qu’on lui donne la parole, se pencha sur son pupitre. Mais la présentatrice n’avait pas besoin de justifier sa présence en ces lieux - aussi passa-t-elle directement à l’invité présent à sa droite. Tout le monde dû baisser le regard pour distinguer un Mobien. Il s’agissait d’un renard au poil gris, vêtu d’une chemise poussiéreuse.

- Et… nous avons ici avec nous Pierre Batizta, professeur émérite à l’université de Central City…

La présentatrice jeta un oeil à son papier, avant de jeter un regard perdu au prompteur, qui lui aussi s’avérait vide. Elle allait faire un mouvement de main, avant que Batizta lui-même ne décide de finir sa phrase.

- Professeur en philosophie - philosophie politique et études des relations internationale. Je m’occupe de bi-cursus, dit le renard en essuyant ses lunettes.

- Fort bien… Et vous avez insisté pour participer à ce débat… dit la présentatrice, improvisant son texte.

- Absolument, dit simplement le renard d’un ton sec, les yeux plissés.

- Eh bien, nous verrons plus tard… Pourquoi. À votre gauche, Mme Yona Moonstone, représentante indépendante au service des affaires étrangères de l’Empire. C’est la première fois qu’une représentante impériale est interrogé sur un plateau de télévision, dit-elle en désignant la jeune femme à l'extrémité du plateau.

Tous les regards, et celui de Batizta en premier, s’étaient tournés en sa direction.

- Tout à fait, répondit la femme aux cheveux gris, en souriant aux autres intervenants. “Affaires étrangères”... À dire vrai l’Empire n’a pas vraiment de ministère ou de “services” dans son organigramme. Tout au plus ceux qui ont décidé, comme moi, d’apporter leur pierre à l’édifice, bénéficient-ils de consignes provenant directement des échelons supérieurs. De cette manière la volonté de chacun est respecté, et l’Empire évite ainsi toute forme de carriérisme parmi ses représentants...

- Ah, je vois, dit la présentatrice, jetant un oeil furtif dans le coin supérieur de la pièce. C’est donc une autre forme d’organisation qui nous est donné à voir, continua-t-elle. Mme Moonstone : Face à vous, divers intervenants ne partageant pas vos positions. Lourde tâche que la vôtre, n’est-ce pas ?

- Oui, dit Yona. Effectivement. Mais je ne ferais pas ce travail si je ne le faisais pas avec foi. Et je pense pouvoir convaincre, dit-elle, les yeux tournés en direction de ses opposants.

- Fort bien, dit à nouveau la présentatrice. Nous allons donc...

Mammon était penché sur des dossiers qu’il avait sorti et placé au préalable sur son guichet. Terrence Bradford, lui, avait le regard perdu au loin. Celui de la jeune femme s’arrêta un instant sur le renard, qui la fixait. Celui-ci baissa les yeux, cachant à grande peine une expression de dégoût. Yona compris en un éclair l’ordre de ses priorités.

- ...Pouvoir commencer. L’ordre des prises de paroles ont été tiré au sort. Mr. Bradford, le hasard vous a choisi. Le compteur démarrera, vous disposez d’un temps limité. Quel est votre avis sur la robotisation ?


Le débat était dès à présent commencé.

***

Le Général se déplaça sur ses petites jambes arquées, sa canne battant le parquet avec un solennel claquement, jusqu’à arriver dans un grand salon dans lequel se trouvait nombre de canapé au motif zébrés, disposé en arc de cercle, à l’opposé duquel avait été placé, avantageusement, un fauteuil au dossier énorme, une sorte de trône, sa place. Le gorille montra à son associé un des canapés - qu’il le tira vers lui pour être sûr d’en être assez proche - avant de s’asseoir sur son honorifique meuble. Il appela d’un claquement de doigts un domestique pour lui intimer l’ordre d’apporter des verres - et vite. Passé les formules de politesse et le bavardage de circonstance, le Général porta un toast. Auquel répondit le coyote en se levant, avant que les verres ne tintent.

- Je dois dire, Kwarno, qu’avec toi à mes côtés, le Bunyoganda n’a rien à craindre de ses ennemis ! dit le gorille.

- Vous savez que cela me tient à coeur, répondit le coyote. Car il est rare de trouver en ces terres un plus beau pays, qui a à sa tête un dirigeant aussi éclairé.

Impethu garda son verre en l’air. Il avait visiblement un doute sur la signification du terme “éclairé”, mais se contenta d’hocher la tête en riant.

- D’ailleurs, dit-il après avoir vidé son verre, si je fais appel à toi cette fois, c’est pour bien plus que des fusils de qualité. Bien sûr, j’aimerais passer commande…

Le tatou, assis à côté du coyote, sorti discrètement un bloc-note.

- Tout ce que vous désirez, dit le coyote. Demandez, je vous l’apporte.

- Ces fusils, là, ces modèles modernes, pas cher, les 47..

- Les MO-47 ?

- Met-en 750, dit le gorille en sortant de sa poche un fume-cigarette, avant d’en allumer l’extrémité. C’est peu, mais ce serait pour constituer une nouvelle force.

- Ah, dit le coyote en entendant le crayon de PV3 gratter contre le carnet de commande.

- Absolument, dit le gorille en se frottant les mains. Écoute : Pour l’instant, c’est top-secret.

Le Général intima l’ordre au domestique de sortir de la salle, avant de se pencher en direction des trafiquants, en enlevant ses lunettes de soleil pour se donner plus de prestance. À son air, Armadillio comprit qu’il allait parler de ses adversaires préférés, ceux qui, aux yeux injectés de lumière d’Impethu, étaient des menaces imminentes.

- Écoute. Le plan, afin de supplanter les troupes de Ezimbi, est de créer, en parrallèle à l’armée normale Bunyogandaise, une unité d’élite.

- Ah, dit le coyote. Des forces spéciales ? Est-ce qu’il faut que je vous apporte aussi des lunettes, pour les fusils, ou tout autre accessoire ?

Le gorille secoua la tête, agita la main.

- Des lunettes ?... Non, crois-moi Kwarno, ces gars viseront tellement bien qu’ils n’auront pas besoin de lunettes.

Il se resservit un verre, avant de le vider.

- Pas même besoin de voiture. Ces gars-là seront très rapide, très puissant. Est-ce que tu vois à quoi je fais référence ?

Le coyote regarda le gorille. Puis tourna la tête en direction de ses associés. Le tatou attendait sagement la fin de la conversation, son bloc-note sur les genoux, affalé sur le coussin. Juste à côté de lui, le jeune cygne faisait les yeux ronds. Leur regards se rencontrèrent. Pas besoin de parler pour savoir ce que chacun d’eux en pensait. Armadillio se retourna à nouveau en direction du gorille, qui avait l’air assez fier de lui - il pensait, à voir leur réaction, les avoir impressionné.

- Hmmm. Non, dit le coyote. Je ne vois pas, c’est la première fois que j’en entend parler.

- Aaah, c’est toute une affaire, dit Impethu. Une autre affaire. Mais, si je tiens le bon bout, dit-il avec un sourire, tirant sur sa cigarette, le Bunyoganda sera la prochaine grande puissance du continent.

Il se leva, continuait de discourir sur ses succès futur en se dirigeant vers la fenêtre. Ils avaient parlé longtemps, de telle manière que la nuit était tombé sur le parc.

- Aujourd’hui encore j’ai fait répéter mes troupes. Elles sont fin prête, Kwarno.

Le coyote hocha la tête, en agitant la main pour disperser les moustiques. Il voyait à quoi Impethu faisait référence : Il avait déjà vu à l’oeuvre les “répétitions” des troupes. Assis sur une chaise, le gorille dirigeait depuis la villa de grands exercices militaires, faisait courir d’un point A à un point B ses hommes, bombardant des cibles imaginaires au pas de course, faisant intervenir de l’artillerie, des canons, dans un nuage de fumée, hurlait dans son talkie-walkie avant de se précipiter en bas, monter dans sa jeep et exhorter ses troupes à aller plus vite, le tout à une cadence d’enfer, l’oeil sur un chronomètre, transformant les environs en terrain lunaire, recouvert de cratères. Une fois l’objectif atteint et dûment bardé de plomb, c’était gagné - la victoire était atteinte, et totale. Ainsi, le Général avait déjà envahi Central City, Robotropolis, l’Empire Eggman. Mobius, pourquoi pas. Virtuellement, tout du moins. Ses cibles avaient toujours des visées idéologique. Le dictateur souhaitait après tout libérer la planète des jougs pesant sur ses “frères Mobiens” quelqu’en soit la nature.

- Cette fois encore, l’invasion de Sando Ocean s’est déroulé sans problème majeur. L’affaire était réglé en l’espace de 27 minutes, 32 secondes, dit-il en sortant un vieux chronomètre, analogique, de sa poche.

Le coyote leva son verre avec une moue admirative, ignorant en toute bonne foi que le cadran affichait plutôt 35 minutes.

- Vos troupes commencent vraiment à être entraîné. C’est chaque fois plus court.

Le gorille haussa les épaules avec modestie.

- Pour en revenir à cette nouvelle unité dont vous m’avez parlé… Vous n’avez rien besoin de plus, rien que je pourrais vous fournir ?

Impethu se gratta le menton, en se rasseyant sur sa chaise.

- C’est généreux de ta part, mais je ne pense pas. L’idée…

Une porte claqua. Le gorille se retourna, s’apprêtant à rosser encore un de ses domestique indiscret. Mais il ne s’agissait pas de ça.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Mar 22 Aoû - 0:56

Bradford avait les dents serré, et jeta un regard de défis au compteur rouge affiché sur un grand écran en face des spectateur. Il savait qu’à cet instant, son visage apparaissait à la télévision, juste en-dessus dudit compteur. La nation comptait sur lui : Et il ne la décevrait pas.

- Très bien, très bien, dit le jeune homme en laissant tomber un papier. Alors… Je n’irai pas par quatre chemin. Comme vous le savez, dit-il en se tournant vers la caméra, je suis représentant, porte-parole de ces hommes, et de ces femmes qui ont donné… je veux dire - de ces hommes et de ces femmes, humains ET mobiens, qui ont voué leur vie à la défense de notre nation. Et oui, mademoiselle Moonstorre.

Moonstone ne releva pas l’erreur, se contentant de regarder Bradford d’un air neutre, ses grands yeux ouvert sur lui.

- Pour moi la “Robotisation”, cet objet qui transforme les individus en tas de ferraille - car oui, ce sont des tas de ferraille - n’est rien d’autre qu’une arme. Encore un outil de mort qui n’a pour seul objectif que de détruire. Tout cela afin que l’Empire puisse avancer ses pions par la domination, dominer par la violence étant le seul but de cette organisation criminelle. Pour moi, la question ne se pose pas. Nous ne pouvons juste pas discuter sur un pied d’égalité avec cette structure. La plus grande démocratie du monde ne peut pas s’abaisser à cela, elle qui est porteuse du progrès et de valeurs assurant à ses concitoyens le meilleur… Le meilleur niveau de vie possible.

Bradford repris son souffle. Avant de sourire, appuyé sur son guichet.

- Ce qui nous différencie, eux et nous, ce sont nos valeurs. Au premier rang desquelles se trouve l’éthique. L’Empire en est tout simplement dépourvu…

- Je réfute cette accusation, dit Yona d’un ton calme.

- Ah ! Mais ! Vous pouvez réfuter, Mademoiselle, ça ne changera rien aux faits : Oui, je le répète, ce qu’on pourrait attendre de plus élémentaire dans un système, dans n’importe quel système moderne en faites, vous en êtes dépourvu, depuis que votre chef a trahi ses supérieur, et trouve logique d’imposer tous ses choix à sa population…

La présentatrice leva la main.

- Monsieur Bradford, votre temps est…

- Par ailleurs, dit le représentant du GUN sans faire état de la remarque, j’ajouterai qu’aucune comparaison ne peut être fait entre les inventeur d’un système libre qui a été pétri de cette éthique qui ont permis aux individu de toute condition de vivre sur un pied d’égalité quelque soit leur race, en faites leur ethnie, dit-il en adressant un sourire à Batizta, et celui d’une tyrannie où celle-ci se trouve être délibérément absente, car nos valeurs ne sont tout simplement pas les même.

Le renard regardait Bradford, les sourcils froncés.

- Merci monsieur Bradford, dit la présentatrice. Vous avez parlé d’éthique, ce qui nous renvoit à votre philosophie, Mr. Batizta. De quoi parlons-nous, de quoi s’agit-il pour vous ?...

Le renard jeta un regard à la présentatrice.


***

Le coyote sentit le sol trembler sous ses pieds, sous les coups régulier d’un pas particulièrement lourd. Sorti de l’ombre, un gigantesque Mobien au pelage d’un noir nuit, plus grand que le Général lui-même, à la forme massive, sembla apparaître de nul part. Ce colosse au bras semblable à des troncs, coiffé du béret réglementaire, portant la tenue militaire Bunyogandaise semblait presque venu d’un autre monde. Des deux côtés de sa tête massive, deux larges cornes émergeaient, celles d’un Taureau. Au-dessus d’un large museau garni de naseaux constamment dilatés, se trouvait deux petits yeux au regard méprisant. En apercevant les trafiquants, le taureau exécuta un salut militaire. La politesse obligeait au coyote d’y répondre. Mais les regards qu’ils s’échangèrent laissait peu de place au doute.

Armadillio avait eut, pour ce personnage, de la suspicion, et ce dès la première fois qu’il l’avait aperçu. Il avait eut l’impression que le taureau les surveillait, lui et le Général, pendant leurs entretiens. D’où sortait-il ? D’un seul coup, il était apparu, voilà tout. C’était le seul garde personnel dans lequel Impethu avait totalement confiance. le Général parlait d’ailleurs de celui-ci en terme dithyrambiques. Mon garde personnel a fait ceci, mon garde personnel a fait cela - il en avait encore parlé à l’instant. Il prétendait que celui-ci était un pur produit du pays. Le coyote n’avait jamais eut la bêtise d’y croire : Il savait reconnaître un soldat étranger en Mazuri quand il en voyait un. Soldat ou mercenaire ? Difficile de trancher. Le garde se pencha pour dire quelque chose à l’oreille de son chef. Celui-ci se leva, et saisit sa canne.

- Réunion de crise : Kwarno, il faut que j’aille parler avec mes ministres, dit le gorille d’une voix rauque. J’enverrai un domestique te chercher tout à l’heure, toi et seulement toi.

- Compris, répondit le coyote dans un souffle.

Et avant même qu’il ait eut le temps de poser la moindre question au Général, celui-ci disparu à l’autre bout de la pièce, suivit de son garde, lançant un dernier regard au coyote. Dans l’obscurité, il aurait juré voir celui-ci esquisser un sourir.

***

Le Renard regardait, donc, la présentatrice, comme si cela le gênait de devoir répondre à cette question. Il joint ses mains, ouvrit la bouche et s'apprêtait à répondre, lorsqu’il fut coupé dans son élan par l’inarrêtable Terrence Bradford.

- L’éthique, c’est ce droit de regard, cette réflexion que nos valeurs nous incite à formuler. Et qui conduit tout nos actes ! Vous le savez bien, notre droit, notre justice : Celle de se refuser à torturer, celle de…

- Mr. Bradford, votre temps de parole est écoulé pour cette première partie… dit la présentatrice, que Bradford tentait d’interrompre à nouveau, Monsieur… Je vous repose la question, Mr. Batizta.

Le renard se racla la gorge.

- Euh, eh bien, une chose après l’autre, dit Batizta. En premier lieu, vous avez dit, Mr. Bradford, que c’était l’éthique qui conduisait tous nos actes. C’est vrai en tant qu’individu, mais non en tant que nation. Ce que je veux dire…

Le représentant du GUN regardait alors le compteur. Son regard passa à Pierre Batizta.

- Il faut faire la distinction entre les valeurs des individus et les valeurs prise comme telle par une nation, dit le renard d’un air grave.

- Ne sont-elles pas les mêmes ?... demanda Bradford.

- Non. Enfin, pas exactement. Puisque vous semblez parler de ce qui conduit donc les actes de la nation, vous qui parliez auparavant de son “éthique”, je me dois là-dessus d’énoncer une règle absolument vraie et qui vaut pour tous les représentants auxquels je m’adresse. Chaque pays, empire, état, groupe, bref, ce que vous voulez, est avant tout porter par des intérêts Géopolitique. C’est ce qui influe sur tout les actes des nations, la Fédération comme d’autre, c’est la recherche de ses intérêts. Tout le reste n’est que croyance - vous avez cité le mot “éthique” et les mots comptent. Parler “d’éthique d’état” c’est une croyance... Bien sûr, je peux accepter l’idée que les intérêts de la Fédération...

- Hum, dit Bradford, son sourire s’étant envolé. Permettez-moi d’être en léger désaccord avec vous sur ce point. L’éthique est bien plus qu’une croyance vu que nos charte tendent bel et bien toutes en son sens. C’est, de façon désintéressé que cet éthique est promulgué. En vérité, l’histoire en est le meilleur démonstrateur.

- Mr. Bradford… dit la présentatrice.

- L’histoire ? dit Batizta en haussant les sourcils.

Il entendit Moonstone souffler du nez derrière lui.

- Oui, absoluement - laissez moi dire une dernière chose, après je me tairais, vous en avez ma parole, dit Bradford en s’adressant à la présentatrice. Nos valeurs se sont bâtit sur une histoire, celles des Nations Unis, la recherche de la démocratie, la parité, l’égalité entre les individus de tout sexe et de toute race. Le mettre en doute, c’est, si je puis me permettre, professeur, faire preuve d’un peu de mauvaise foi. Voilà tout…


***

- Putain, dit simplement PV4.

Le cygne posa son verre à pied sur la table du salon et s’étira, avant de se rassoir. Il s’approcha d’Armadillio, enfoncé dans son siège, pour lui parler à voix basse.

- ça fait longtemps que tu travailles avec ce type ?

- Bientôt deux ans, répondit le coyote. Je suis plus sûr.

- Comment ce mec-là peut être président ? demanda le cygne.

Le coyote resta un instant immobile, la tête au plafond. Le tatou répondit à sa place.

- Bah, comme ça arrive souvent en Mazuri, il a renversé le président. Spencer N’Gwa a été mis à la tête d’un gouvernement lorsque les colonies se sont délitées.

- Le gars dirigeait son armée. À un moment qu’il jugeait opportun, il a décidé de prendre le pouvoir, finit Armadillio.

- Imagine tout le fric que ça peut te rapporter… murmura le tatou.

Le coyote secoua la tête.

- Non. Je pense pas qu’il ait juste voulu le pouvoir pour le pouvoir. Il devait y avoir un motif, quelque chose… Enfin. Un je ne sais pas trop quoi qui lui a fait passé le pas. Je lui avais posé la question, il m’a répondu que pour lui c’était la seule chose possible. C’est tout…

Ils attendirent encore une poignée de minutes. Ici, le temps s’écoulait comme au fond d’un sablier gluant : De manière anormalement lente. Une éternité sembla passer avant que la porte ne s’ouvre à nouveau. Un domestique la traversant au pas de course, vint se planter au milieu de la pièce, juste au-dessus du coyote, qui leva la tête.

- Ok. Bon eh bien, à tout de suite, dit-il en se levant.

Il suivit le domestique jusqu’à l’autre extrémité du salon, avant de traverser à ses côtés un long couloir mal éclairé, qu’il connaissait bien. Ils finirent par descendre un petit escalier, caché derrière une porte en contreplaqué. Une dizaine de marches à peine débouchaient sur une vaste cave d’une pièce, en tout semblable à un parking - il avait dû accueillir des véhicules, et ce bien avant que le Général n’en fasse sa “salle de réunions de crise”.
Au centre, une longue table, des deux côtés de laquelle était assis des Bunyogandais en costume-cravate, éclairé par des néons blanchâtres. La plupart d’entre eux semblaient visiblement s’être tout juste réveillé, rien que pour venir ici, les yeux cernés, tournés dans la direction du Général, assis en bout de table, l’air grave, son garde personnel debout, à ses côtés. Le chef d’état se leva en le voyant arriver, sa canne à la main.

- Nous avons discuté, Kwarno. Et voilà la chose. Ce chien d’Ezembi ne va pas tarder à attaquer, plusieurs preuve le démontre, et elles sont accablantes.

Le coyote regarda la table, et la carte de campagne posé dessus, striés de gros traits.

- L’enflure, dit Armadillio en se grattant le nez.

- Malheureusement, avant de se mettre en tête d’envahir le pays, il a, autour de lui, mis d’accord différents chefs de tribus sur le territoire. Ils n’hésiteront pas à attaquer si je tente une percée. Il faudrait que je fasse tomber leur tête une à une, dit le gorille. Mais le temps presse.

- Ce serait mieux d’envoyer quelqu’un d’autre, dit une voix dans un coin de la pièce.

Le taureau était là, les bras croisé dans le dos. Le coyote, les mains sur la table, le toisa, les yeux plissés pour pouvoir le distinguer.

- Une personne qu’ils ne suspecteraient pas.

Le coyote leva un sourcil.

- Vous cherchez des assassins pour ce job ?

- Impossible, dit le gorille. Un simple tueur n’arriverait pas à accéder à ce terrain miné.

- Et où est-il, ce terrain miné ?

Le taureau montra du doigt la carte. Le coyote se pencha dessus. Il désignait un point rouge au centre de plusieurs cercles concentrique. Il ouvrit la bouche avant de la refermer.

- Oui, dit le taureau. C’est dans la Vallée des Mercenaires.

Armadillio hocha de la tête.

- J’ajouterai même : Proche de son Épicentre.

- J’ai bien vu.

- Seul une personne connaissant bien les différents groupes de la région pourrait s’y diriger sans problème, expliqua lentement le taureau. Ce serait dans vos cordes, Soletine.

Ce dernier garda le regard baissé sur la carte. Le garde faisait référence aux diverses “informations” que le coyote avait laissé filtré sur des groupes armés vivant au sein même de la Vallée. En effet, Armadillio les avait déjà côtoyé. Mais depuis lors, il avait ternit sa réputation en travaillant avec le régime de M’baba. Sécurisant les pistes dans un rayon de 100 kilomètres autour du palais d’Amanga, il avait vendu plus globalement sa neutralité pour ce gros client régulier qu’était le Général. Un groupe armé pouvait oublier, mais cela prenait du temps. Et là, aller directement, droit dans leur territoire, c’était risqué. Trop risqué, presque.

- Qu’en dites-vous ? dit le taureau.

Le coyote réfléchit. Le refus, pendu au bout de ses lèvres, pouvait avoir plusieurs conséquences néfastes. Refuser c’était donc accepter l’idée que ce “cher génie éclairé” qu’était Impethu puisse se laisser potentiellement envahir par Ezembi. Et vu l’impulsivité est les délires de persécution auxquelles le gorille était sujet, ce refus aurait le parfum de la duplicité. Armadillio avait creusé lui-même le sillon dans lequel il se trouvait désormais bloqué : Car qui d’autre qu’un traître, qu’un agent-double pouvait savoir autant sur l’ennemi ?

- Kwarno, il faut que tu ailles, toi et tes hommes sur place. Que tu trouves Ezembi, que tu le tues. Dès lors que son cadavre sera étalé au sol, alors tout son système commencera à pourrir, avant de s’effondrer, dit le gorille, en remettant son calot militaire en place. Mais ce ne sera que la première moitié du travail.

- La première moitié ? dit le coyote, encore aux prise avec ses doutes.

- Oui, il y a plus important encore. Coupe-lui sa main droite et ramène-la moi.

- C’est la preuve que vous demandez ?

- C’est plus qu’une preuve. dit le taureau. Ezembi n’est pas un président. C’est un Royaume qu’il dirige. Il n’y a pas d’état dans ces environs : les troupes et les habitants de celui-ci ne fléchiront le genoux qu’à la vue des symboles d’autorités porté par celui-ci. Regardez…

Le garde tandis son bras massif en direction d’un panneau sur lequel il décrocha une photo. L’image, en noir et blanc, montrait un Mobien gnou de taille appréciable, debout, portant une longue veste d’apparat qui cachait à peine sa maigreur, et un visage aux regard vide. Le coyote en conclut qu’il s’agissait d’Ezembi.

- Regardez sa main droite, Soletine, dit le taureau.

Le trafiquant plissa les yeux. Le poing droite, combatif, d’Ezembi, était tellement bardé de bagues que l’on en voyait à peine les phallanges.

- Chaque bague, c’est un droit de vie ou de mort sur l’une des vingt tribus, une preuve que l’on possède leur terre, potentiellement l’esprit des anciens qui y sont enterrés. Système tribale, conclut le taureau. Ces bagues ont été, d’une certaine manière, fixé de façon permanente sur sa main, autant dire qu’il ne les enlève jamais.

Le coyote gardait l’oeil fixé sur l’image.

- Apporte-nous la main de ce roi, Kwarno. Aussi j’aurais contrôle sur les hommes et les terres d’Ezembi, qui seront le parfait… Tremplin pour déployer ce nouvel empire.

- Je vois. Eh bien, pour être tout à fait honnête, dit le coyote en se grattant la nuque, je pense ne pas être équipé pour cette mission - je n’ai avec moi que trois… que six associés, auquel je suis sûr de pouvoir faire confiance en toute situation…

- Tant mieux, dit le taureau. Vous êtes un petit groupe, c’est parfait pour une infiltration. Personne ne vous différenciera dans le paysage.

Il hocha de la tête en souriant. Le coyote acquisa en haussant les sourcils.

- Oui, c’est vrai. Mais, même en tant que trafiquant, je ne pourrais pas passer toutes les frontières sans payer un nombre important d’intervenants…

- Tu as besoin d’argent, c’est ça ? dit le gorille. Attends, j’avais prévu la chose. Tu seras payé, et plus que payé Kwarno. Samuel !

Sam, assis dans un coin de la pièce, fit un long détour pour rejoindre Impethu, qui se dirigeait vers une bibliothèque. Le chimpanzé tira dessus pour la faire glisser sur le côté. Derrière, se trouvait une porte, au centre de laquelle avait été installé un verrou rotatif : À la façon dont le Général le manipulait, Armadillio compris qu’il s’agissait d’un coffre-fort. Le gorille se pencha pour entrer dedans, suivit par son domestique, et en ressorti assez vite, un sourire carnassier sur le visage.

Ce n’était pas des rings. Il s’agissait de lingots. Des lingots d’or. Le chimpanzé vint en tendre un au coyote. Ils étaient énormes. Il osait à peine imaginer la valeur d’un seul de ces trucs-là.

- Bon sang, dit le coyote.

Il en pris un, le regarda briller à la lumière, sous le regard des ministres Bunyogandais assis autour de la table, le soupesa, le tourna entre ses mains. Il portait dessus l’inscription “Nag - Bank” suivit d’une suite de chiffre.

- Impressionnant, hein ? s’amusa le Général. Sam, sort ce qui reviendra à Soletine.

Le chimpanzé avait tiré à lui un genre de brouette, outil généralement dédié au jardinage, avant de commencer à y poser successivement ses lingots, les empilants les uns sur les autres. Armadillio n’était pas né de la dernière pluie. Il savait que cet empilement de richesse n’avait pour seul but que de le convaincre d’accepter la tâche. Ce qui ne l’empêcha pas de presque perdre pied en voyant ce que le Général lui promettait, par folie ou par bêtise. Des dizaines et des dizaines de ces précieux lingots suffisait à acheter une banque de Grand Metropolis. L’intégralité de la somme dûe aurait sans doute suffit à acheter le quartier des affaires. Le coyote refusait en âme et conscience de laisser ces lingots dissiper son jugement. Et pourtant, il ne pouvait pas s’empêcher de réaliser que ceux-ci pouvait faire entrer son buisness dans une nouvelle dimension, toute autre.

- J’y met les moyens, dit le Général, en appuyant sur sa canne, l’air grave. Parce que la main du Roi Ezembi fera de moi le chef d’armé le plus puissant de la région des grands lacs. Et dans cette aventure, tu seras le coyote qui me fournira, et notre gloire sera immense.

C’est surtout les débouchés qu’offrait au coyote le Général en décidant de déclarer la guerre à ses voisins qui pouvait s’avérer intéressant.

- Impressionnant, oui, mon Général. Cependant, dit le coyote, je parlais de l’argent qui me permettrait de passer les frontières. Je n’en ai pas assez sur moi, pas assez pour assurer l’intégralité de cette opération.

- À ce moment, dit le taureau d’un ton empressé, je pense qu’on peut vous faire une avance.

Il tendit le bras en direction du chimpanzé, qui sortit du coffre un sac de toile. Le garde fouilla à l’intérieur, pour en sortir un peu de son contenu. Dans le creux de sa main brillait des cailloux.

- Des diamants ? demanda le coyote.

- Les hommes d’Ezembi, ni aucun autre, n’accepteront jamais de Rings, pas même comme papier toilette, dit le taureau en secouant la tête. ça, ça vous servira de monnaie d’échange. Mais, dit-il sans lâcher le sac, pour vous laisser partir avec une partie de votre paie, il va nous falloir une garantie.

- Une garantie… Vous voulez quand même pas que je signe un papier ?

- Non, le papier, c’est comme les Rings, ça a peu de valeur ici, dit le taureau. Ce qu’il nous faudrait c’est un truc qui a plus de valeur, juste pour que je sois sûr de vous voir revenir en temps et en heure.

- Ce n’est pas que tu n’as pas ma confiance, Kwarno, dit Impethu, les yeux mi-clôts, C’est juste que… Voilà. D’autres intervenants avaient déjà proposé leur service avant qu’on fasse appel à toi... Ils avaient aussi demandé des avances, sur ce qu’on leur demandait...

- Et pouf. Disparus dans la nature. On a déjà perdu une partie des lingots comme ça. Ce qu’il nous faudrait, c’est un otage.

- Un otage ? demanda le coyote. Vous voulez garder quelqu’un de mon équipe ?

Le Général leva la tête en direction du taureau. Mais celui-ci mit une main sur son épaule, avant qu’il ne baisse à nouveau le regard sur la carte.

- C’est à vous de voir, Soletine, dit le taureau. Soit vous acceptez ce marché, et vous nous donnez donc un de vos associés, soit vous refuser, on en reste là et vous reviendrez nous apportez vos 750 flingues. À vous de voir.

Le coyote réfléchit. Il hésitait. À quoi cela l’engageait-il ? Il pouvait refuser en prétextant aller chercher d’abord d’autres fonds, mais si les soupçons concernant une attaque d’Ezembi se révélait vrai, que resterait-il de la récompense, que resterait-il de son principal client en Mazuri ? Il se pinça le museau. Les visages des membres de son équipe lui revinrent en mémoire. Pouvait-il se passer de PV3 ? Le tatou était bon combattant. Et d’Ishmaël ? Non, il l’avait engagé pour ce type de mission. Mais PV4…

PV4 était jeune. Il ne connaissait encore rien à la Mazuri. En acceptant cette mission, le coyote avait eut à l’esprit qu’il envoyait peut-être le cygne à la mort. Cela avait d’ailleurs été son premier motif de refus. Il lui avait promis de lui montrer une transaction, pas de l’engager dans une mission dangereuse, où il pouvait tout faire capoter. Alors, peut-être valait-il mieux…

- J’accepte le marché, dit le coyote. Je veux juste avoir l’assurance qu’il sera bien traité, je veux dire, mon associé. C’est une condition que je pose, dit Armadillio en regardant droit dans les yeux le taureau, puis le Général.

Le garde hocha de la tête. Impethu sourit.

- Tu me connais, Kwarno, il aura droit à ce qu’il y a de mieux. Il sera ici, dans le palais. Il y a bien pire comme séjour, tu ne trouves pas ?

Le coyote le regardait toujours, puis se gratta les yeux. La poussière de la cave était sans doute entré dans son oeil droit, qui s’était mis à lui piquer. Il leva à nouveau la tête, et sourit.

Le marché était conclu.

Le coyote pensait avoir fait le meilleur choix lorsque le taureau lui tendit le sac de diamants, et que le Général lui tappa amicalement dans le dos avec un grand rire. Il pensait surtout avoir réussit à sortir d’un piège qu’il s’était tendu lui-même, en retournant la situation, en épargnant par ailleurs le jeune cygne. Lorsqu’ils arrivèrent lui et le taureau dans le salon, dans lesquels s’étaient presque endormi ses deux associés, il ne pu s’empêcher de ressentir une pointe de culpabilité. Comprenant la situation, le cygne l’avait regardé avec une reproche, un reflet de l’âme qui l’aurait brûlé s’il avait été matériel, et avait suivi le colosse le tirant par l’épaule à son corps défendant. Il n’avait pas fait de vague. Il aurait pu : être ainsi transformé en otage par son propre chef tenait, quelque part, de la trahison, ce que les principes de leur contrat interdisait formellement. Le coyote lui avait dit d’un ton creux que c’était mieux pour lui, sans douter une seconde du fait qu’il payerait un jour ou l’autre pour avoir enfreint son propre code.

Ils étaient tous trois monté à l’étage. Le taureau avait fait entrer PV4 dans une pièce aux murs claire, garni d’un lit, d’une fenêtre et d’une lampe de chambre, avant d’en fermer la porte à double-tour. ça ne prendrait pas bien longtemps, avait garanti le coyote à l’adresse de la porte fermé, avant de se tourner vers le taureau, qui avait executé le salut militaire. Armadillio avait regardé encore une fois, dans la lumière du couloir, le gigantesque tas de muscles faisant trembler le palais, marchant légèrement penché en avant pour que ses cornes ne rayent pas le plafond. Il lui avait adressé un sourir. Le coyote ne le lui avait pas rendu. Il avait juste entendu, dans son dos, quand il atteignait la rampe d’escalier :

- Coyote, ne déçoit pas Le Général... Et essaye de ne pas mourir. Ce serait bien triste pour ton associé.

- Ne t’inquiètes pas, avait-il répondu

Il y pensait encore, alors que ses pas et ceux du tatou claquaient sur l’escalier principal, qu’ils descendaient dans la nuit noire, en direction d’Ishmaël et des véhicules.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Jeu 24 Aoû - 0:31

Bradford avait trop parlé. Il n’avait pas vu le sourire en coin jeté par Yona Moonstone. Le renard tappa du poing sur son guichet.

- De mauvaise foi ? Comment cela ? Il n’est pourtant pas bien compliqué de comprendre que ce n’est pas l’éthique qui mène le gouvernement des Nations Unis ! Allons, elle amène sans doute la rédaction des lois, les actes de ses citoyens, mais bon sang, en aucun cas elle ne peut être mis au crédit des Nations Unis elle-même. Et puis, parlant d’histoire et d’éthique, où était l’éthique des Nations Unis lorsque sous son ancienne forme, les Terres-Unis, elle a promulgué la colonisation en terre Mobienne ? Où était l’éthique du GUN lorsque ses fondateurs ont proclamé l’infériorité des races “Hybrides” ?

Le représentant du GUN cligna des yeux et fit mine de regarder ses fiches, les retournant, comme si la blancheur de leur verso était porteuse d’un intérêt manifeste. Il tâchait d’ignorer que posant le pied sur un terrain particulièrement glissant, il s’y était engouffré. Batizta, qu’il pensait être un allié objectif, ne l’avait pas loupé. Il ne semblait pas réaliser à quelle point cet accrochage pouvait être dangereux dans ce débat qu’il considérait comme secondaire, et qui les éloignait du sujet. Car les éventuels téléspectateur d’origine Mobienne avait toutes les chances d’approuver cette critique. Il se retint de revenir à la charge, par peur de s’enfoncer. Et pourtant, qu’est-ce qu’il pouvait être excédé par ses propos victimaires, ces fautes sans cesse rappeler, ses anciens dossier constamment dépoussiéré, qui salissaient l’image de la Nation qu’il devait défendre face à un adversaire redoutable.

La tension était monté d’un cran autour du plateau. Mammon se pencha vers un des membres de l’équipe de tournage pour lui demander un verre d’eau.

- Ce n’est qu’à la suite de mouvements sociaux au seins des Nations-même que celle-ci ont décidé de l’égalité ethnique, dit le renard. L’histoire, maintenant qu’elle a été établi, n’est pas un bon exemple pour parler “d’éthique”. Depuis tout à l’heure d’ailleurs, vous utiliser ce terme, d’éthique, sans réellement savoir le situer. L’éthique c’est une discipline philosophique qui cherche à déterminer des impératifs sur lesquels il nous appartient de construire la morale. C’est par cette morale donc, que se détermine ce qui est bien ou non. Derrière donc ce terme abusif “d’éthique”, vous parlez donc de “morale”. Or, dans le monde, je le dis, je le redis, aucun état n’est commandé par une morale, mais par des intérêts. Si vous me dites qu’au cours de son histoire aucun des états existant aujourd’hui n’a fait autre chose que suivre votre morale pré-établie, je vous répond que c’est un mensonge, finit le renard en regardant son temps de parole.

- Cette “éthique”, commença Yona Moonstone.

Le renard s’arrêta de parler. Bradford tourna les yeux vers la représentante de l’Empire.



***

La piste sur laquelle roulait le convoi avait commencé à montrer des signes très claire de dégradation. Laissé à l’abandon, elle avait vraisemblablement été au centre de combats à l’arme lourde. On pouvait reconnaître sans peine, dans ses nids-de-poules, incessant et énorme, les coups d’un mortier.
C’était le coyote qui conduisait la jeep. Ce n’était plus son tour, mais il tenait à le faire lui-même, les phares allumés, roulant sous un ciel de nuit sans lune. Le tatou avait gardé le silence, les bras croisés, allongé sur la plage arrière, se contentant de ne pas tomber. Armadillio jeta un oeil dans le rétroviseur, et perçu que le tatou s’était retourné à ce moment même pour éviter son regard.

- Bon. Qu’est-ce qu’il y a ?

- …

PV3 garda le silence quelques instants. Mais comme le coyote l’avait deviné, cela ne dura pas.

- Qu’est-ce qui t’es passé par la tête, Boss ?

- Comment ça ? dit le coyote en se tournant, gardant un oeil sur la route.

- Accepter un job comme celui-là avec le peu qu’on a ? C’est de la folie, dit le tatou en se rasseyant. Tu me diras, “ok, Ezembi est sans doute aussi bien équipé que n’importe quel seigneur de guerre de la région”, mais tu n’imagines tout de même pas que ses hommes vont nous laisser approcher gentiment, afin de le buter en toute quiétude ?

Le coyote eut un petit rire.

- Évidemment que non.

Des nuées de moustiques semblait danser devant les faiseau lumineux projetés par la voiture, effectuant une dernière danse avant de s’écraser immanquablement sur son pare-brise.

- Non, bien sûr que non, repris PV3. Et encore, il fallait que ce roi fou ait fondé son Royaume au beau milieu de la Vallée des Mercenaires. Et non pas dans le Premier Cercle, même pas dans le Deuxième Cercle, Non, dans L’Épicentre ! Kwarno, tu sais de quoi il s’agit, quand même ?

Le coyote ne répondit rien. Car il ne savait que trop bien ce que cela signifiait.

Pourquoi la Mazuri avait, conservait continuellement dans le Nord de Mobius l’image d’un enfer sur terre ? Ce n’était pas à cause de l’instabilité de ses systèmes politique. Pas non plus pour son climat caniculaire digne d’une fournaise, ni pour les épidémies auquelle elle était sujette ; Ce n’était pas pour son manque totale d’infrastructure, pour ses masses désoeuvré travaillés par la faim et la soif, du fait de l’absence de terres agricoles, d’accessibilité en eaux ; Pas non plus pour sa salubrité, ses tas d’ordure et ses déchetteries à ciel ouvert dans laquelle étaient quotidiennement brûlés des ordures électroniques tout droit rejeté de Central City ou de Grand Metropolis, au seul but d’en récupérer les métaux rares.

Non, si la Mazuri gardait cette aura si particulière, cette légendaire renommée de No Mobian’s Land auprès de ceux qui la connaissait de l’intérieur comme de ceux qui en conservaient une image flou, c’était à cause d’un territoire bien particulier, perdu quelque part entre la fins des terres verdoyante et le début des déserts situé à son extrême sud. Il était très difficile d’en tirer les frontières très exacte : Selon certains il lui arrivait parfois de grimper, de s’étendre jusqu’au nord, jusqu’au environs de Sand Ocean. Oui, elle était mouvante, étendant parfois ses bras jusqu’aux environs du Bunyoganda : Ses marques étaient encore visible à l’endroit où le coyote et son équipe avait croisés des mercenaires. Et elle allait encore s’étendre, à en croire les rêves de gloire du Général M’Baba.

Un territoire maudit, gangrénés par différents conflits entre groupes armés successifs. Personne ne savait qui l’avait commencé, et dans quel but. Mais celui-ci avait eut un effet domino, qui, démultiplié par des jeux d’alliance complexe entre tribus, états fantoche et organisations paramilitaire, avait fini par embrasé des régions entières. Autour de quoi ? Du contrôle de ressources hors d’état d’exploitations ? De conflit religieux, ethniques ? Difficile de percer à jour les raisons des conflits tant ceux-ci dépendaient les uns des autres, tel les mailles d’un tissus sombre, taché de sang, effroyable, emporté par sa propre folie meurtrière. On en était venu à considérer cet ensemble comme une entitée propre, et à ne plus la définir par elle-même, mais par ce qui l’alimentait, c’est-à-dire le trafic d’arme et la présence de mercenaires. Ces pions, au services de seigneurs de guerre divers et variés, avait finit par prédominer, dans les esprits, sur les armées native du continents : C’était à cause de cela que cette région avait gagné le doux nom de “Vallée des Mercenaires”. Et si cette appellation avait le mérite d’être claire, elle avait aussi le mérite de transmettre une idée très en vogue dans les médias du nord, mais aussi dans nombre de ses milieux intellectuels  : Celle selon laquelle ses guerres étaient des conflits par procurations, dépendant uniquement d’intervenants extérieurs. Cette idée dépossédait, de fait, les populations au coeur des atermoiements dont était victime la Vallée, les faisait disparaître du tableau de bord pour les faire retourner à leur non-existence aux yeux de l’opinion mondiale : La boucle était bouclée.


Là-dessus, la Vallée était mouvante, mais considéré, de façon inédite, comme une forme d’aléa naturel, plus proche d’un séisme que d’un territoire défini. Elle avait un épicentre, d’où provenait le coeur de la crise, généralement un état ou le siège d’un groupe armé en train de disparaître, et différents Cercles, plus ou moins atteints en fonction de leur proximité, tel des bâtiment s’effondrant successivement sur l’échelle de Richter. Le Cercle le plus proche avait le numéro le plus élevé, et de moins en moins jusqu’au premier, se situant en périphérie. La Vallée disposait également de “bras” qui se jetait, çà et là, étendant le conflit de façon parfois inédite, annonçant souvent une avancée du Premier Cercle. Elle existait depuis maintenant trois décennies. Et ce que le coyote ne savait pas en ce temps-là, c’est que depuis un instant T, elle n’avait plus cessé de s’étendre. Tout ce qu’il savait, c’est que, caché ici, se trouvaient des stocks d’armes, seuls traces d’un ancien Empire nomade aujourd’hui disparu. C’est la seule chose qui l’avait réellement préoccupé jusqu’à maintenant.

- Et tu sais le temps moyen de survie de nouveaux arrivant dans l’épicentre ? Demanda le tatou.

- En moyenne ?...

- 30 minutes, Kwarno. 30 minutes.

- C’est une moyenne, répondit le coyote en haussant les épaules.

- Et j’imagine que, vu la chance qui nous a toujours caractérisé, on est dans le haut du panier, c’est ça ?

- PV3, arrête, dit le coyote en regardant fixement l’obscurité. Ne remet pas en question ce que je choisis. Je sais ce que je fais…

- “Tu sais ce que tu fais”, tant mieux. Tu aurais pu au moins nous demander notre avis, au moins, tu aurais pu prévenir PV4 - On l’a laissé chez ce cinglé, ce Général de mes coui-

- EH ! dit le coyote, ça suffit. Je t’ai dis que je sais ce que je fais. Si tu n’es pas de l’affaire, tant pis pour toi, tu peux en sortir : C’est ton choix.

Armadillio ouvrit la portière de la voiture et montra de la main la piste obscure, fonçant à toute allure sous leur pied. Ses yeux reflétait les flammes d’une colère farouche.

- Tu peux sauter, si tu veux, dit le coyote d’un ton moqueur.

Le tatou ne répondit rien, et baissa le regard.

- Ou bien, dit-il en claquant la porte, tu m’écoutes, tu fais ce que je te dis, on empoche une somme juste énorme. Il y a toujours des moments comme ça, dans le buisness, il faut prendre des risques. Depuis le début de ma carrière, ça ne consistait qu’en ça. Sans ces prises de risques, MES prises de risques, notre marché serait en train de partir en morceaux. Aujourd’hui on a une occasion en OR à tout point de vue de monter en grade, pour ne plus jamais redescendre.

- Je sais, je sais. Mais si c’est pour ressortir les pieds devant… commença le tatou.

- Cette mission, en vérité, ne comprend aucun risque, dit le coyote avec assurance. Tu te laisse impressionner par des ronds sur une carte. Or tout le monde sait que l’épicentre ne reste pas deux jours au même endroits. Et, comme je te l’ai dit, j’ai déjà traversé la Vallée. Je sais par où passer, pour en sortir, une fois Ezembi mort et privé de sa main droite.

- La piste dont tu m’as parlé, dans les forêts avoisinante ? demanda le tatou. ça me semble foireux.

- Non, elle marchait sans doute à l’époque où cette forêt existait encore. Non, je parle d’une autre voie.

- À part survoler la zone, et encore…

Le coyote agita la main, éludant ces détails.

- En bref, voilà le plan. On commence déjà par chercher la cargaison, dit le coyote. Pas pour s’alourdir, mais parce que ce sera notre meilleur alibi une fois arrivé dans le Deuxième Cercle. On va sur place, on cherche où peut se trouver Ezembi. Le connaissant il sera très, très certainement sur son trône. Mais pas ces troupes, occupé à batailler ailleurs.

Le tatou opina.

- On arrive quand les environs nous semble libre... Au pire on paye sur place des mecs pour nous aider. On le bute, on prend sa main, on retourne au convoi et on fonce direction la sortie. On sort de la Vallée, et là on a assez pour nous payer de quoi retourner à Amanga comme des princes, on prend l’or et voilà. À partir de ce moment, ce sera nous, les vrais Rois de la Mazuri. J’espère qu’y aura du champagne !

- Eh bah. Tu sais ce que tu veux au moins, dit le tatou.

- Je vais pas être inutilement pessimiste, c’est mon plan. Après… Tu sais, je ne considère pas que c’est dans la poche. Juste que c’est faisable pour des mecs comme nous, dit le coyote en haussant à nouveau les épaules. On a tous les outils entre nos mains, je vois pas bien où ça pourrait foirer.

Le coyote sortit une bouteille, placé sous le siège pour garder toute sa fraîcheur, bu. Ouvrit la fenêtre pour aérer. L’odeur de la terre battue envahit l’habitacle. Et ressemblait à celle de la victoire.

- Alors, t’en es ? demanda Armadillio.

- Ok, j’en suis, finit par répondre PV3.

Les véhicules fonçait dans la nuit, comme des lucioles dans l’obscurité.

Tel était le coyote, en ce temps-là. Tout plein de son expérience et de ses succès passés, il pensait avoir déjà tout compris. Loin d’être stupide, mais arrogant, il pensait que la gloire n’était qu’une main, ne demandant qu’à être saisie... Ou découpée. Qu’elle pouvait se cueillir, comme le fruit d’un arbre.

Que ces arbres pouvaient sortir de cette terre.


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Dernière édition par Armadillio Finstev le Sam 26 Aoû - 23:22, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Sam 26 Aoû - 23:19

La représentante de l’Empire tapotait du doigt sur son guichet, l’air tranquille.

- Cette éthique… Celle que vous jugez comme étant absente de l’Empire Eggman, n’est rien d’autre, Monsieur Bradford, qu’un paravent idéologique. Un paravent qui, non seulement vous permet de présenter les Nations Unis comme supérieur par essence à l’Empire, mais un paravent qui, surtout, empêche l’expression d’une Histoire critique du GUN et de la Fédération. Un paravent utilisé à des fins politiques, dit-elle.

- Euh… je, euh, non, eh bien… balbutia le représentant du GUN.

- À des fins géopolitique, en faites puisque les Nations Unis se font l’ambassadrice de la démocratie dans le monde etc. Mais… commença Batizta.

- Je rejoins totalement notre ami Batizta à ce sujet qui me tient à coeur, dit Yona.

Le renard ouvrit des yeux ronds. Il tourna la tête vers la femme, qui attendait attentivement sa réponse. Il plissa les yeux, amer.

- Vous pensez…? Eh bien, permettez-moi d’en douter, mademoiselle Moonstone. Comprenez par là qu’on est toujours bien plus apte à voir les défauts chez les autres, quand bien même ceux qui nous rongent sont de même nature...

La présentatrice leva les bras.

- Mr. Batizta, Mme Moonstone, je me permet de vous interrompre pour passer à présent la parole à Mr. Mammon qui a gardé le silence depuis le début de ce débat. Mr. Mammon, souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Posant son gobelet sur la table, Mammon s’essuya les lèvres et s’appuya à nouveau sur son guichet.



***

Le convoi ralentit après plusieurs heures d’une traversée à toute allure, et s’immobilisa tout feux éteints. À priori rien ne différenciait ce bout de terrain stérile d’un autre. Mais le coyote avait trouvé, cachée sous la terre à proximité, une ancienne voie de chemin de fer, qu’avait tenté de construire l’un des dirigeants de la région avant que celle-ci ne fut englobé par la guerre : Invisible, la ligne du Premier Cercle avait été franchi par le convoi. Cette ancienne voie servait de repère, aux côtés d’un certains nombre d’autres, noté par le tatou dans son carnet. Une ancienne ferme ne tenant plus sur ses murs en tôle ondulée, puis une autre, enfin, un de ses grands arbres centenaire, un baobab, quelques kilomètres plus loin, dont la noire tristesse évoquait celle des cendres d’un puissant incendie. Puis, enfin, un ancien puit, asséché. Une poignée de kilomètre avant le commencement de la voie.

Armadillio et PV3 sortirent de la jeep. Ishmaël sorti à son tour et indiqua, d’un rapide signe de main, à ses mercenaires, de se placer en cercle autour des véhicules. Le coyote sortit sa lampe et passa sa main sur la terre sèche, sentant la poussière crasse, avant que celle-ci ne glisse entre les rigoles formé par ses craquellements. Soudain, le contact d’un objet au bord rond, plus ferme, métallique.

- Là.

Il garda la main dessus, et, mettant la lampe torche sous son oreille, commença à dégager le monceaux de terre qui camouflaient habilement l’extrêmité de la chaînette. Soudain, le coyote leva la tête, et regarda aux alentours.

- Qu’est-ce qu’il y a ?

- Rien, répondit-il.

Il sortit un couteau, le planta dans le sol meuble pour révéler les bords de la trappe. PV3 se saisit de la chaînette et commença à tirer dessus. Il fut surpris de la résistance qu’elle offrait.

- C’est coincé, dit-il à voix basse.

Le coyote se dépêcha de prendre à son tour un pan de la chaîne. Leur forces additionnées finirent par avoir raison de la plaque en métal qui pivota avec un grincement agressif, révélant l’entrée d’un boyau sombre et étroit. Le coyote, la lampe en main, mit en premier le pied sur l’un des échelons fixé au mur, suivit de près par le tatou. Quelques mètre plus bas, le boyaux donnait sur une pièce plutôt petite, bas de plafond - cela ressemblait davantage à une très grosse boîte, ce dont il s’agissait en réalité. Vide à première vue : Mais les trafiquants savaient que non. Armadillio planta son couteau entre deux fentes dans le mur, presque imperceptibles, et fit glisser sur le côté le panneau en métal amovible. Le coyote mit la main à l’intérieur, tâtonna avant de sortir un long objet. Le tatou l’éclaira avec sa lampe-torche.

L’objet en question était constitué principalement de métal, depuis la crosse pliante que le coyote tenait en main jusqu’au deux tuyaux se rejoignant à l’extrêmité de l’arme. Exception faite d’un protège canon en plastique, ornée de trou. La forme était là : Il manquait encore le fond. Armadillio le savait, et fouilla encore dans la cache, pour en sortir une petite boîte en métal, d’où il extrait une petite pièce en acier recouverte de graisse. S’asseyant en prenant appui contre le mur, il retira les deux vis fermant le fusil, l’ouvrit pour en retirer le cylindre d’activation et y glisser la culasse. Il referma le tout et fit jouer l’ouveture de la fenêtre d’éjection. Le tatou vint y adjoindre ce qui terminait de faire de cet objet, addition de matériaux divers, une MO-47 : Un chargeur.

- Tu penses qu’il y en aura assez pour la commande ? C’est une petite cache, dit le tatou.

- Ici, non, je ne pense pas. Il y en a sans doute moins que 750. Mais bon, pour ce que l’on cherche à faire, une petite cinquantaine suffira. Après tout c’est un alibi.

Le tatou remonta en direction du sommet, pour donner la MO à Ishmaël, qui avait approché son camion. Le coyote sortait les armes, y insérait une culasse dont il testait le retour, y collait un chargeur avant de la passer à PV3. Le tatou, équipée d’un mouchoir en tissu, passait un coup sur l’arme et dans le canon, avant de le passer à Ishmaël, qui le rangeait dans le camion de façon à ce que cela prenne le moins de place. Malgré l’obscurité, quasi-totale depuis que les véhicules avaient éteint tout leurs phares, les trafiquants savaient ce qu’ils faisaient. Entraînés à monter et démonter ces armes dans de bien mauvaises conditions, ils auraient pu le faire les yeux fermés. Les mercenaires restaient sur le pied de guerre : L’un d’eux mit son arme en joue, observa le lointain. Mais il ne se passa rien.

Finalement le coyote ouvrit un second panneau, pour en sortir des petites boîtes en carton d’un blanc sale, plutôt lourde par rapport à leur taille. Il s’agissait de balles, un calibre connu de sept millimètre soixante-deux, montée sur un étui de trente-neuf. Des balles couleur d’or. Personne n’aurait pu deviner, à les voir, qu’elles étaient les principales actrices de la région. On les retrouvaient partout. Dans les caches, dans les fusils certes, mais également larguée de leur étui. Lorsque ceux-ci devenait de bêtes douilles cloué au sol, les balles qu’elles portaient se trouvaient éjecté au loin, parfois dans le sol, parfois dans les airs, mais le plus souvent dans l’anatomie d’autres êtres vivants. C’était cela, les vrais “armes de destructions massives” ; Les grands empires, les grandes nations pouvaient continuer de s’exciter, de s’extasier sur le rayon d’action, sur la précision du système de guidage de leurs missiles balistique. Le coyote cligna des yeux.

Depuis toujours, le 7,62 infléchissaient bien plus les courbes, mais personne n’était là pour en tenir les statistiques.

- Oh ?

- Toi aussi tu l’as remarqué ?

***

PV3 avait sortit une pelle du camion, et recouvrait à présent avec soin la trappe, de manière à la rendre aussi invisible qu’avant leur arrivée. Lui et Armadillio n’avait pas mis beaucoup de temps le comprendre : Quelqu’un avait trouvé la planque. Il manquait clairement des boîtes de munitions, pleins de fusils. Ils en avaient été finalement réduit à la vider de tout son matériel. Ils avaient repris la route.

- Comment ils ont fait pour la trouver ? demanda le tatou.

- J’en sais rien, répondit le coyote. J’espère qu’ils l’ont trouvé par accidents.

- Ou alors, on a pas été assez attentif, un autre enfoiré nous a vu et est venu se servir, conclut le tatou. Est-ce qu’ils pourraient l’avoir trouvé autrement ?


Armadillio haussa les épaules, et commença instinctivement à ralentir. La lumière des phares avait fait apparaître une pile de sac de sable. C’était le signal. Le coyote éteint les phares, avant de les rallumer. Il recommença plusieurs fois. Le tatou plissa les yeux. Au loin on pouvait distinguer la “barrière” constituant une sorte de péage. Les phares continuèrent de clignoter.

- Dit, ils n’avaient pas moyen de la trouver autrement ? insista le tatou à voix basse.

- ça dépend, finit par dire le coyote, en appuyant répétitivement sur le bouton. Mais ça m’étonnerait beaucoup qu’il ait mis la main sur un plan indiquant ces caches. Vraiment beaucoup.

- Il y a un plan qui indique où elle se trouve ? demanda le tatou.

- Ben oui. Tu t’es jamais demandé comment j’avais trouvé toute celle qu’on connaissait ? demanda le coyote en tournant la tête vers PV3.


Le tatou ouvrit de grand yeux.

- C’était une carte faite à la main - Bon, ils attendent quoi, en face ?

Le coyote appuya sur son klaxon. Toujours aucune réaction. Personne ne venait. La poussière avait finit de se déposer sur la piste, et les moustiques avait recommencé leur ronde. Au-delà de ça, le silence semblait, à ce poste de contrôle, assourdissant.

- C’est trop calme, on se fout de nous, dit le tatou en commençant à ouvrir la porte.

- Non, attends.

Il voulut enlever sa ceinture mais le coyote leva le bras pour le retenir par l’épaule.

- Kwarno, y a personne.

- Attends je te dis.

Le coyote regarda à nouveau les alentours. Jamais il n’avait éprouvé un tel sentiment sur ce tronçon tellement habituel. Soit cette nuit était particulièrement plus oppressante que les autres, soit…

- Bon ok. Allons-y, dit le coyote en sortant son pistolet.

Ils sortirent du véhicules. Les portes claquèrent. L’un des mercenaires d’Ishmaël avait ouvert la fenêtre de son camion et leur faisait signe. Il semblait aussi de l’avis que le péage était vide. Le tatou hocha de la tête avant de suivre Armadillio, qui s’approchait des sacs de sables. Non loin de ceux-ci avaient été disposé de petites construction disparates, constitué de planches et de morceaux de tôle. Des constructions dignes de tout les bidonvilles dans leur plus grande banalité, mais adaptés aux besoins d’un poste-frontière. Il était payant : Mais l’équipe qui y siégeait avait presque pris l’habitude de les voir. Ils avaient déjà bu avec ces types-là, ils bougeaient peu, surtout la nuit. À priori rien n’expliquait ce brusque changement d’habitude. Le coyote marchait, le sac de pierre dans une main, le pistolet dans l’autre, le canon vers le sol. Il contourna les sacs avant d’arriver vers la barrière, précédant le tatou et sa lampe. PV3 se mit à rire.

- Regarde, dit-il au coyote.

Dépassant de la porte du péage en tôle, deux jambes posés nonchalamment l’une sur l’autre indiquait la présence d’un garde endormi. Un léger bourdonnement s’échappait de l’habitacle,  presque imperceptible. Le coyote soupira et baissa son arme.

- Debout là-dedans, feignasse ! dit le tatou en tappant sur le mur.

Le coyote jeta un oeil en direction d’Ishmaël, qui, s'impatientent, était sortit du camion. Il lui fit un signe, fouillant d’une autre main dans le sac que lui avait donné Impethu. Ils auraient pu passer sans prévenir le garde : Mais s’aurait été se mettre à dos une connaissance, ce qui n’avait rien de bon. Il ne fallait pas beaucoup de temps aux visiteurs de la Mazuri pour comprendre qu’en ces lieux désolés, aux lignes de communications distendues, les contacts étaient plus précieux que ces pierres.

- Tu peux remonter, dit Armadillio à l’adresse du jeune loup. On va pas tarder à…

Mais celui-ci ne le regardait pas. Il continuait de marcher, l’air alerte, en direction de PV3. Le coyote tourna la tête dans cette direction. Le tatou restait face au péage, une expression indescriptible sur le visage, figé. Le trafiquant se rendit alors compte que le garde n’avait toujours pas bougé. Avançant de quelques pas, il risqua un oeil dans l’habitacle, et sursauta.

- Putain de merde !

Du garde, éclairé par le faisceau de la lampe-torche, il ne restait plus grand chose. Allongé sur le sol, ses jambes auraient pu tromper l’oeil le moins avisé, mais pas le reste. Le coyote ignorait par quoi le garde avait été touché. Le sang avait éclaboussé l’habitacle, au centre duquel marinaient des restes de morceaux de crânes, de cervelle. D’une tête, il n’y avait plus trace si ce n’est une nuque en lambeaux, au milieu du bourdonnement des mouches. Le tatou mit une main sur sa bouche pour s’empêcher de vomir.

- Il est mort ? dit Ishamël au loin, en s’approchant.

- Oui, dit le tatou, la truffe pincée. Et c’est pas beau à voir.

- Ce n’est jamais “beau à voir”, dit le loup en regardant par-dessus l’épaule du coyote.

Le coyote s’écarta, interdit, le pistolet tiré.

- On dirait qu’il s’est pris une grenade, ou un lance-missile sur le coin de la gueule. Mais...

- Impossible, dit le coyote en scrutant l’obsucrité qui les entourait. Si c’était vraiment le cas, alors il en resterait des traces. Un tas de tôle comme ça ne tiendrait jamais le choc. Et, dit-il en regardant le sol, Non, il n’a pas été déplacé, pas de traîné de sang, même dedans. Il est bien mort sur place.

- Une mitraillette d’un calibre très très lourd, alors, dit Ishmaël, la truffe sous le t-shirt.

- Aucune trace d’impact de ce style, répondit le coyote en se baissant lentement.

Le loup resta un instant fixe, avant de sortir son arme à son tour.

- Merde. À terre !

Le coyote tira le tatou nauséeux au sol.

- Bon sang, tu pensais à la même chose que moi ? demanda Ishmaël.

- Depuis tout à l’heure j’ai le sentiment qu’on est observé. Vu que c’est qu’une impression, je me suis dit “pas de quoi s’exciter”, mais là…

- De quoi est-ce que vous parlez ? Demanda le tatou.

- Du fait qu’on est probablement dans le viseur d’un Sniper à l’instant où tu me poses la question, dit le loup.

- Enfin, techniquement, le tir venait de par là, mais il pourrait être tout autour… Où ce mec a-t-il trouvé un poste duquel tirer ? Y a rien ici !

- Je propose qu’on retourne vers les véhicules, dit le tatou qui avait repris ses esprits. L’un de nous n’a qu’à enlever la barrière, en restant à couvert.

- Je vais le faire, dit le coyote.

La “barrière” était un bout de métal à la forme intriguante, probablement une ancienne aile d’avion, posé sur des pylônes fixé au sol. Les deux autres Mobiens coururent, le dos baissé, presqu’à quattre patte en direction de leur véhicule, en prenant bien soin d’en faire le tour pour être le moins exposé possible au tireur invisible. Le coyote, toujours à couvert derrière l’habitacle, hésita quelques secondes, la lampe torche éteinte. Et si le Sniper n’était plus à son poste ? Il y avait toutes les chances possibles que, ayant exécuté ses ordres ou ses objectifs propres, il soit parti, et ne poursuivent pas sa surveillance au coeur de la nuit noire. On était jamais trop prudent. Mais bon : si tireur embusqué il y avait, il aurait sans doute l’oeil attiré par les sources lumineuse qu’étaient les deux véhicules. Jugeant qu’il ne risquait donc rien dans le noir, Armadillio se releva, le dos baissé, pour contourner la table. Sur celle-ci étaient encore disposé des assiette en carton et des restes de riz, ainsi qu’une bouteille en verre ayant probablement contenu de l’alcool  : le coyote la reconnu. Mais où était donc passé leurs propriétaires ? Il semblait être parti précipitamment. Il se promis d’élucider ce mystère plus tard, se releva pour saisir l’une des extrêmités de la barrière, avant de se jeter au sol.

La bouteille venait d’exploser, crachant ses débris tout autour d’elle. Le Sniper était là : Et il venait de manifester sa présence. Les mercenaires avaient entendu : ils sortirent du camion et commencèrent à tirer dans la direction possible du coup, au hasard dans l’obscurité, de façon à créer une fenêtre de sécurité pour le coyote. Celui-ci se releva vite, arracha la lourde barrière et la jeta sur le côté. La jeep se dirigea dans sa direction, avant de le dépasser par la gauche. Le coyote sauta sur la banquette arrière. PV3 roulait, le dos le plus bas possible, les yeux au ras du bord. Le camion ne tarda pas à suivre.

- Merde ! ça venait d’où ?

- J’sais pas, je pense de notre droite, mais j’sais pas, dit rapidement le coyote. Quelque chose cloche, ce mec a failli m’avoir…

- T’aurais pas pu éteindre ta lampe ?, dit le tatou.

- Mais je l’avais éteinte ! J’étais dans le noir total. Comment il a fait ? demanda le coyote.

- Tu me fais marcher ?

Un cri résonna. Le coyote ouvrit la fenêtre et jeta un oeil. Le camion les avait dépassé. À l’arrière, un des membres de l’équipe était tombé, le visage en sang. Il avait été touché, et giseait sur le sol du coffre, un autre mercenaire penché au-dessus. Le Sniper l’avait eut. La façade du camion était orné d’un énorme trou, derrière lequel s’était trouvé la cible du tireur.

- JE RÊVE ! CE TYPE VOIT AU TRAVERS DES MURS OU QUOI ? cria le tatou.

- Plus vite ! dit le coyote en appuyant à son tour sur la pédale d’accélération. Il faut qu’on s’éloigne d’ici !

Un des autres mercenaires sorti son fusil à l’angle pour arroser le sniper. Les deux véhicules fonçait à nouveaux dans l’obscurité, poursuivi par la nuit.

***

- Oui. J’entend bien ce que vous dites, et c’est d’un intérêt certain, mais, j’aimerai recentrer le débat. La question n’était-elle pas “Robotisation, danger OU perspective d’avenir” ? Parler de la position des uns et des autres c’est éluder cette question. Or, imaginons que je parte avec le postulat que la Robotisation serait une perspective d’avenir - n’oubliez pas que je suis représentant du DQE, je ne me charge pas des questions de sécurités intérieures ou extérieures - si tel était le cas, alors elle le serait en terme de progrès économique. On a parlé des états, très bien, mais on en a oublié les individus, vous, moi, les spectateurs, les téléspectateurs qui nous regarde. Professeur, considérer juste ceux-ci comme des victimes historiques ou comme des bourreaux ou je ne sais quoi, c’est bien gentil, mais pas bien scientifique.

Batizta lui jeta un regard noir.

- “Scientifique”. Voyez-vous ça, quel argument. Partant de là je m’attend au pire. On a bien vu ce que la Science….

- Laissez-moi parler, Mr. Batizta, dit l’homme. Pas bien scientifique, car, dans la vie de tous les jours, je veux dire, dans la pratique, pas dans la théorie ou les grandes idées sur lesquels vous vous évertuez, la vie économique est faite d’acteurs, de ressources : Les intérêts géopolitique dont vous parlez tournent bien évidemment autour de cela. Il s’agit de déterminer de quel côté de la balance nous sommes. Quoi que l’on cherche à être en tant que Nation il s’agit bien de peser sur l’échiquier internationale, afin d’être en mesure d’exporter ces valeurs morales, qu’importe leur nature. Et qu’importe le camp, oui. Qu’importe le camp, au final, car comme vous l’avez dit vous-même, les états se valent tous dans leur recherche de leur intérêts, poursuivit Mammon d’un ton autoritaire.

Batizta se gratta l’oreille. Où donc Mammon voulait-il en venir ? Il regarda son temps de parole. Il pouvait encore répondre : celui-ci n’était pas encore tout à fait fini, à l’inverse de celui de Bradford, qui était largement dépassé.



***

L’aube pointait lorsqu’ils décidèrent d’arrêter les véhicules, dans un petit bosquet de plantes totalement séchées par le soleil. Comme souvent dans cette région, le paysage avait encore changé pendant le voyage. Aux lointaines forêts d’Amanga s’étaient substitué, dans un premier temps, de longues plaines infertiles, avant que la terre ne s’en mêle, trouant le tapis végétal, laissant apparaître les premiers grains de sables.

Le coyote sortit de la jeep pour en claquer la porte et se dirigea vers le camion. Le mercenaire touché avait perdu beaucoup de sang. Touché au travers de la paroi, à l’endroit du coeur, il n’avait enduré qu’une partie du choc, ce qui expliquait qu’il ne l’ait pas transformé en lambeaux. Cela avait tout de même suffit pour le tuer. Ishmaël, à ses côtés, restait pensif.

- Comment est-ce que cela a pu arriver ?

- Je n’en sais rien, répondit le coyote.

Le soleil avait recommencé à frapper. Le corps du chat, allongé sur le sol du camion, le front recouvert d’un torchon maintenant inutile, se rappelait à leur présence de tout son poid. Ishmaël secoua la tête avec dépit.

- ...En gros, le tireur arrivait à tirer depuis son spot malgré l’obscurité ou la présence d’obstacles… Des obstacles visuels entre lui et sa cible... À part avec du matériel de pointe…

- Un viseurs grossissant. À infrarouge, peut-être, dit le loup en désignant le trou dans la façade de son coffre. Tu as vu le trou que ça a fait ? Tu as entendu les coups partir, toi ?

- Non.

Ishmaël laissa ses mains retomber le long de son corps, avant de cracher par terre. Le coyote observa les deux autres mercenaires, attendant dans la pénombre au fond du camion. Il ne leur avait accordé aucune importance depuis l’instant où il leur avait serré la main, à leur arrivée en Mazuri, parce qu’il pensait à ce moment qu’ils n’étaient qu’une sécurité. Au vue de la façon dont se déroulaient les événements, il était temps de reconsidérer cette façon de penser. Armadillio vit deux paires d’yeux briller. Ils lui rendaient son regard.

- Eh, vous deux, dit le coyote en se penchant pour prendre la pelle. Il m’en faut un pour m’aider.

Ils se levèrent en même temps, restèrent indécis. Finalement, l’un deux pris l’initiative de marcher en direction du trafiquant. Il s’agissait d’un lycaon, peut-être le membre le plus âgé de l’équipe.

- Rappelle-moi ton nom, déjà ?

- Rizwan, marmonna-t-il en posant sa MO-47 sur le bord du camion.

- Tu connaissais bien ce type ? dit le coyote en tirant le mercenaire mort par les pieds.

- Ignacio ? Pas des masses, dit le lycaon d’une voix enroué en tenant le cadavre par les bras. Je crois avoir eut un contrat avec ce mec, mais… ça date.

Ils le posèrent sur le sol, avant que le coyote ne plante sa pelle dans le sol sec, l’obligeant à donner des coups successifs. Le lycaon avait trouvé un bâton et essayait de retourner la terre avec. Ils restèrent un instant silencieux, absorbé à leur tâche. À cette heure de la journée, la lumière du soleil était particulièrement éclatante, au point d’en diminuer la visibilité. Au loin, ce qu’il restait de la piste, de plus en plus mauvaise au fur-et-à-mesure de leur avancée dans les terres, semblait trembler, comme faite d’eau.


- Putain de désert, dit le coyote en sueur, et, sinon, il avait de la famille ?

- Je crois pas.

- Et toi, t’as de la famille ?

Le lycaon opina, en levant la tête.

- J’ai une soeur... eh toi, viens voir ! dit Rizwan en direction du camion.

Le coyote leva la tête en direction du coffre du camion, essuyant ses mains pleines de terre sur son jeans. Une jeune lycaon, une fille, apparu dans l’encadrement du coffre, qui semblait briller sous l’effet de l’astre solaire. Armadillio arriva à distinguer la Mobienne, ses yeux d’un marron intense, ses grandes oreilles dressés et les taches qui ornaient son visage. Un pauvre gilet pare-balle sur ses frêles épaules musclées.

- Et toi, c’est quoi ton nom ? demanda le coyote.

- Zulaika, répondit la jeune Mobienne.

- Enchanté, Zulaika. Kwarno Soletine.

Il la salua de loin, à la façon des militaires, et s’en retourna vite à sa pelle pour ne pas gêner Rizwan.


- Qu’est-ce qu’il y a ? demanda-t-elle.

- Si tu pouvais nous aider à creuser ce foutu trou… répondit Rizwan.

Elle fronça les sourcils, se gratta l’oreille.

- Attends je crois avoir vu…

Elle disparu, avant de ressortir avec un objet qui suscita la surprise du coyote.

- Une pelle de tranchée ?

- Oui, je l’avais trouvé quelque part en Shamar, répondit Zulaika.

Avançant sans peine jusqu’au trou, elle sauta dedans, et commença à creuser avec bien plus d’efficacité que les deux Mobiens. Ceux-ci déposèrent une bâche en plastique sur le cadavre d’Ignacio, avant de soulever le paquet ainsi formé, pour le déposer dans ce tombeau improvisé. Ils refermèrent ensuite le trou, avant que Rizwan ne plante le bâton à son extrêmité : En l’absence d’autres bout de bois, il fit office de pierre tombale.

- J’espère qu’il est au paradis, ce bâtard, dit pour lui-même Rizwan.

- Pourquoi, tu n’as pas envie de le retrouver en enfer ? Demanda Zulaika. Qu’est-ce que tu penses, Kwarno ?

Cela faisait longtemps que le coyote avait appris à ne pas s’attacher à ses collègues de travail, et en particulier les mercenaires, non par inquiétude mais par fatalité. Leur taux de mortalité avait toujours été élevé, sur tout les théâtres d’opérations. La Vallée des Mercenaires portait vraiment bien son nom. Il hocha de la tête.

- Paradis ou Enfer, Mouais. Quoiqu’on fasse, c’est ce qui nous attends tous, les mecs, répondit le coyote. Allez, en voiture.

Armadillio regarda les deux lycaons. Il avait eut l’impression de parler à des individus déjà morts. Qui sait ce qui les attendaient, tous. Le coyote cligna des yeux. Il avait semblé, l’espace d’un instant que le souvenir du tas d’or promis par M’baba se dissipait de sa mémoire. Il jeta un oeil à la tombe, à la terre déplacée, grattée, balayée pour la masquer. Masquer quoi ? Une Fatalité, oui. Une Banalité, jamais.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Jeu 31 Aoû - 3:28

Mammon continua.

- Le GUN, les Nations Unis ont sans doute une histoire qui aujourd’hui peut être l’objet de polémique. En revanche, nos institutions, ne cherchent-elles pas à faire progresser Mobius dans son ensemble ?

- Oui, oui, dit Mr.Bradford, heureux de se sentir enfin compris. C’est ce progrès dont je parle depuis le début… pardon.

- De même, continua Mammon, l’Empire cherche avant tout à assurer à ses citoyens, moyennant certes des décisions autoritaire, à faire profiter ceux-ci des progrès techniques, n’est-ce pas vrai ?

- C’est juste, dit Yona. Tel est l’intérêt de tout système qui se respecte.

- Comment ça ?... dit Batizta.

Il voulu continuer à parler. Mais brusquement, on ne l’entendit plus. Les lèvres du renard bougeait, mais il était inaudible. Son micro s’était arrêté de marcher.

- Ah, je crois que nous avons un petit soucis technique… Nous passons à la deuxième partie de notre débat. Les compteurs sont maintenant remis à zéro, dit la présentatrice en faisant un signe à une femme portant un bloc-note.

Mammon continua sur sa lancée.

- On ne peut pas rester uniquement à, ou limiter notre regard à la simple théorie. En pratique, les gens comme vous et moi “pratiquent” l’échange de biens commerciaux. Bien plus que des valeurs, ce sont ces échanges sur lesquels sont basé nos sociétés. Puisqu’il s’agit de parler de ce qui nous rapproche plutôt que ce qui nous éloigne, alors il convient de parler du fait qu’un citoyen de l’Empire, comme un citoyen de Grand Metropolis a des problèmes bien terre à terre : Comment nourrir sa famille, comment se loger, comment gagner sa vie, en sommes. Sans aucun rings, pas le moindre des projecteurs de ce plateau ne serait en train de fonctionner.

Batizta commençait à s’agiter. Multipliant les tentative pour parler dans son micro, il chercha du regard un membre de l’équipe technique.

- Cette avancée, ce progrès ne demandait qu’à être libéré. Sans la libération des forces productive, point de progrès ; Par ailleurs, comme vous l’avez si bien dit, madame, continua Mammon en s’adressant à la présentatrice, les échanges créent de complexes réseaux de relations, je vous pris non pas de le croire, mais de le constater : C’est par le commerce et la libéralisation des échanges, l’ouverture des frontières, que les Nations Unis ont pu enfin trouver des arrangement avec les nations décolonisés et sortir de leur cycle de violence. C’est donc par cette voie que sera promue la paix avec l’Empire.


***

Armadillio était allongé sur la banquette arrière de la jeep. PV3 conduisait. Ils continuaient d’avancer, indifférents à la course du soleil, qui annonçait déjà le début d’après-midi, frappant sur la carlingue, le capot, traversant les vitres pour venir se répercuter contre ses occupants. Des fusillades, lointaines, avaient commencé à se faire entendre, ce qui n’avait en soi plus rien d’étonnant. La piste devenait de plus en plus mauvaise. À chaque kilomètre, elle disparaissait un peu plus sous le sable rougeâtre, pour bientôt disparaître tout à fait. Le convoi s’arrêta à nouveau au milieu de rien. Le coyote ouvrit un oeil.

- Pourquoi on s’arrête ?

- Je… j’ai un doute quant à la direction, dit le tatou en se frottant les yeux.

- Faut continuer dans cette direction,  c’est la bonne trajectoire par rapport au soleil. Tu as oublié ?

La bouteille d’eau qu’il tenait en main était vide. Armadillio comprit alors que le tatou commençait à faiblir.

- PV3, on peut pas s’arrêter comme ça au milieu de rien. On doit être à une borne, même pas, d’Ezembi.

L’écho d’une explosion fit vibrer l’intérieur du camion.

- On a été totalement stupide de se pointer ici à la saison sèche, dit le tatou, le front appuyé contre son volant.

- Bon, laisse-moi conduire.

Ils échangèrent leur places. C’était au tour du coyote de percevoir toute la difficulté de l’exercice. Écrasé sous la chaleur, que la voiture transmettait comme s’il s’agissait d’un four, il fallait garder un oeil sur la direction à prendre, c’est-à-dire sur la boussole qui lui avait donné Ignacio de son vivant, alors que toute la terre semblait trembler aux devants, et pas seulement à cause du moteur. En peu de temps, Armadillio eut le front et les habits à nouveau trempés. Parfois, un bruit résonnait, sortant dont ne sait où. Un canon. Une odeur de brûlé. L’éclair d’une flamme dans le lointain. Le coyote y restait attentif, mais dans ce paysage désolé et sans obstacle, les bourrasques des conflits semblait provenir d’au-delà de la ligne d’horizon. Toujours personne. Toujours pas de barrière. Le sac de diamant restait désespérément posé sous le siège. Un reflet au loin. Il plissa des yeux. Ce ne pouvait pas être le soleil, là-bas ?

- PV3 ? demanda le coyote au tatou somnolant. Tu as vu ça ?

Ce n’était pas le soleil. Mais bien le ciel, qui s’était écroulé sur terre.

***

Le coyote sortit de la jeep, talonné par Ishmaël et ses mercenaires, l’arme en joue. Le tatou restait sur le pas de la porte. Face à eux, ce qu’il restait du royaume d’Ezembi : Un ensemble de case fabriqué à la va-vite, amalgames de métaux et de bois, disposé les unes à côtés des autres de manière chaotique. La question de savoir ce qui pouvait bien y être contenu ne se poser plus, tant l’incendie en avait ravagé l’enveloppe. Visiblement sous l’effet de l’essence ou d’un autre carburant déversé là, le feu ne décolèrait pas, assombrissant le ciel de volutes toxiques. Derrière cette barrière écarlate, on pouvait distinguer d’autres bâtiments, construit selon de plus haut standard, bâti pour durer quand bien même ils semblaient aussi vide. Ishmaël fit un signe au trafiquant, portant cette fois dans les mains un fusil, et décida de contourner les cases. Le loup désigna du nez les flammes.

- Qu’est-ce que tu penses ? Rebellion ?

- Départ précipité, répondit le coyote. Je doute que le roi soit dans son palais, mais ça ne coûte rien d’aller vérifier.

Ezembi, c’était le nom d’un roi, mais aussi celui d’un royaume et d’une ville. Le meilleur moyen pour le monarque de s’identifier à l’état, qu’il prenait avec lui pour la déplacer à sa guise. Ezembi semblait vaste, à première vue : Mais ce n’était qu’une illusion. Depuis que le chef tribal avait décidé de reprendre un conflit gelé par les autorités coloniale, il avait décidé de prendre place dans l’ancien bâtiment, ce qui était probablement une banque au vue de son architecture, trônant sur des réserves d’argent. Les excès d’Ezembi étaient connu un peu partout en Mazuri. Passant pour un chef révolutionnaire, se considérant comme élu des dieux, comme purificateur, il avait fait brûler pas mal de chose lui passant sous la main. Les livres, certes, en premier lieu. Puis l’argent. Enfin, ses opposants, en place publique, des pneux enfoncé autour du cou. Si l’histoire n’avait pas été aussi cruelle, cette apocalypse aurait presque pu conserver un aspect ironique : Après qu’Ezembi ait tant brûlé, voilà Ezembi elle-même en proie aux flammes.

- En tout cas, l’épicentre ne se situe plus ici.

Le coyote hocha de la tête, passant la jambe par-dessus un tronc d’arbre posé en plein milieu de la voie. Avançant en direction du palais, il constatèrent alors que celui-ci était également noir de suie. Il devenait maintenant claire que plus rien de vivant ne pouvait s’y trouver. La chaleur étant insupportable, c’est avec soulagement qu’ils arrivèrent sur une place plus espacé. Il restait encore un semblant de bétonnage ici et là, naturellement pas grand-chose, mais le sol à lui tout seul différenciait la terre royale de celle de ses servants. Tel un tapis rouge, la piste continuait jusqu’à l’entrée de la banque carbonisée. À droite et à gauche, des petits bâtisses, sans doute peinte en blanche à l’origine, sur lesquels pendait les bras métalliques de stores bannes maintenant nus. De frêles colonnes taillé dans la pierre, importée dont ne sait où, maintenant un toit carré sur d’immenses portes pendantes sur leur gonds, en bas desquels se trouvait un large escaliers digne des anciennes maison Spagonienne.
Le coyote montra du doigt les douilles qui étaient en train d’y rouler. Ici, on avait tiré, mais impossible d’en tirer la moindre conclusion. Était-ce pour tuer, était-ce des feux de joie ? L’épaisse fumée pressait les deux Mobiens de rentrer dans le bâtiment.

Leurs pas résonnèrent dans le hall sombre, mal éclairée, dans lequel ne passait plus aucun courant d’air. Ishmaël poussa du pied une pile de bois réduit à l’état de charbon. On avait visiblement fait un feu à l’intérieur, peut-être pour détruire des preuves : Le feu n’avait pas totalement pris sur la structure de pierre, ce qui expliquait la suie présente sur les murs. À moins qu’ils n’aient été allumé dans un autre but. Un amas de planches noircies, cloué à la l’arrache, formant une sorte de structure, avait été posé dans un coin de la pièce. Les deux Mobiens s’arrêtèrent devant.

- Bizarre ce truc. Tu as vu comme ils l’ont entouré de petits bûchers maisons ? demanda le loup à voix basse, avant de continuer plus loin dans le hall.

- J’ai vu, dit le coyote en regardant les alentours. Comme s’ils avaient voulu le brûler. Mais ce genre de contreplaqué-là brûle très mal.

Arrivé en face, Armadillio se pencha. L’amas prenait, dès lors qu’on se retrouvait devant, une forme plus reconnaissable, celle des premiers traits d’une anatomie. Un homme faits de bâtons. Mais ce n’était pas la seule chose. Par terre, des clous avaient été disposé à même le sol. Comme chaque point d’un trait, ceux-ci se rejoignaient pour former quelque chose. Le coyote n’y fit guère plus attention, et releva son fusil. Pris d’une inquiétude soudaine, il enleva le chargeur, appuya contre lui la crosse pour tirer vers lui le levier de la culasse. le MO-47 s’exécuta avec un bruit enroué. Une balle s’était mal placé dans la chambre de tir, enrayant le mouvement de la culasse, rendant impossible le tir. Il l’avait sentit. Il ne savait trop comment, mais il l’avait sentit. Face à un ennemi, il n’aurait eu aucun moyen de se défendre. La balle tomba par terre en tintant. Cette balle l’aurait tué s’il ne l’avait pas sentit. Un frisson parcouru son dos. Il remit le chargeur, fit jouer le levier, qui s’exécuta un avec doux cliquetis. Il soupira de soulagement.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda la voix d’Ishmaël au loin. Viens voir par là !

- J’arrive, j’arrive, répondit le coyote.

Caché entre deux pylônes en marbre, plus loin dans le vaste hall d’entrée, se trouvait un siège. Un fauteuil au dossier énorme et rouge, renversé sur le côté. Des ressorts dépassait par le haut de son siège. On l’avait, semble-t-il, poignardée, et bien que ignifugé il semblait passablement brûlé.

- Ce trône… C’est le trône qu’il y avait sur la photo que m’avait montré Impethu.

- Celui d’Ezembi ?

- Exact, dit le coyote en tirant le fauteuil par un bras pour le relever, avant de la laisser retomber, deux pieds lui manquant pour être encore utilisable.

- On l’aurait tué ? demanda le loup avec espoir.

- Ce serait vraiment trop beau, répondit le coyote. Mais je ne crois que ce que je vois.

Ishmaël hocha de la tête. Puis regarda le coyote dans les yeux. Un éclair d’incompréhension sembla passer sur le visage du loup, mais il secoua la tête, décidant visiblement qu’il y avait plus important à faire ou à dire pour l’instant. Il lui sembla percevoir un bruit.

- C’est bien ça.

- ALORS, COMME CA, VOUS VOULIEZ LA PEAU D’EZEMBI ?

La voix était grave, et avait résonné dans tout le palais. Les Mobiens se plaquèrent derrière les pylônes, mirent leur armes en joue, cherchant d’où pouvait bien provenir la voix.

- VOUS ÊTES DEUX, VOUS SAVEZ ?

- Merde ! où il est ? dit Ishmaël.

Le coyote ne répondit rien, parcourant des yeux les nombreuses portes, les escaliers condamnés par des planches.

- MAIS CA NE SAURAIT SUFFIRE POUR TUER CE VIEIL ENCULÉ !

Soudain, par la porte d’entrée principale, surgir deux mercenaires armés de fusils. Au même moment, deux autres canon se retrouvaient pointés depuis l’une des fenêtre ouverte. Par la porte du fond, d’autres mercenaires encore avait fait irruption. Le tout avec une rapidité et une précision digne de forces régulières.

- ‘Fait chier, dit simplement Ishmaël sans baisser son arme.

- PAS DE TIR ! POSEZ VOS ARMES !

Le coyote hésitait. Faire ça, c’était peut-être la mort assurée. Mais lorsqu’il réalisa que les mercenaires avait baissé eux-même leurs armes, il appuya sur le canon d’Ishmaël.

- C’est pas nous qu’ils sont venu chercher.

- Non, en effet, ça non ! baissez vos armes, mes frères dit la voix, dont le volume avait été réduite de moitié.

Les mercenaires s’écartèrent pour laisser passer une silhouette. Le loup fit demi-tour pour voir de qui il pouvait bien s’agir, et leva un sourcil de surprise. Ne sachant pas de quelle oeil il devait voir ces deux nouveaux yeux.

***

Deux yeux.

La porte du fond était ouverte : Face à eux, la pénombre était maintenant traversé de pans entiers de lumière. Deux yeux, c’est ce que virent le mercenaire et le trafiquant lorsqu’il entra dans la pièce. L’individu qui venait de faire stopper tout bruit autour de lui était, contrairement à ses sbires, contrairement à Armadillio lui-même, habillé des pieds à la tête. Vêtu d’une veste militaire ne provenant visiblement pas d’une armée Mazurienne et d’un pantalon assez long pour endurer n’importe quel terrain, le nouveau venu avait ceci de particulier que sa tête elle-même était recouverte, caché par une longue cagoule noire. Deux trous pour les yeux, une autre pour la bouche, qu’il pouvait révéler ou non à l’aide d’un foulard. À sa taille il apparaissait clairement comme étant un Mobien, mais quoi exactement, impossible de le dire. C’est tout juste si, sur cette silhouette fantomatique, on pouvait distinguer, brillants, deux yeux.

- Qui êtes-vous, et que cherchiez-vous à faire au juste ? Pendant un instant, mes Mobiens ont cru que vous étiez les soldats du Roi venus en éclaireur.

Le coyote réfléchit vite.

- Absolument pas. On est venu le chercher pour mettre fin à son règne, justement.

- Et pourquoi ? Quels sont vos motifs pour venir ici, en plein dans la gueule du loup ? dit l’encagoulé, présentant un sourire édenté.

- C’est parce qu’on nous l’a demandé, dit Ishmaël.

Le coyote regarda furtivement le loup pour lui indiquer de se taire. En aucun cas il ne fallait que soit évoqué le nom d’Impethu M’baba. C’était trop dangereux.

- Ah ! Il y avait donc des commanditaires. Vous avez pu voir de qui il s’agit, ou vous êtes juste de simples tueurs à leur solde ? demanda l’encagoulé, sans se départir de son sourir.

Le coyote secoua la tête.

- De simples tueurs ? Non. C’est le conseil de notre organisation qui a fait d’Ezembi une cible prioritaire, inventa le coyote, prenant appui sur les discussions qu’ils avaient pu avoir avec de nombreux groupes armés. Cet oppresseur fou... Est… Oui, c’est une insulte au peuple Mazurien. Le peuple qui mérite la liberté.

- De…?

Le loup ouvrit la bouche, avant de la fermer. L’encagoulé hocha de la tête.

- Mon frère, je partage sincèrement ton objectif. Et quel groupe s’est-il donc donné cette noble tâche ?

- Eh bien, notre groupe. Notre groupe, le Front de Libération de, dit le coyote en faisant son possible pour ne pas avoir à chercher ces mots, la Mazuri. Nous sommes le FLM.

L’encagoulé les regarda, fit la moue, avant d’éclater de rire.

- Hehe, de la Mazuri entière ? Bon sang, vos moyens sont-ils aussi réduit que vos ambitions sont démesurées ?

- Non, mon frère, dit le coyote avec assurance. Nous avons des véhicules et des armes, à l’extérieur de la ville.

Le Mobien hocha de la tête de façon appuyée, fit quelques pas, posa ses mains sur ses hanches.

- Très bien. Bon, ne restons pas là. D’autres soldats d’Ezembi pourraient être envoyés. Nous partagerions bien un peu de nos ressources avec vous, et un peu de nos données, mais je ne vais pas vous obliger à nous suivre à notre QG de campagne.

- Ah ? demanda le coyote.

-  Tout ce que je peux te dire, c’est qu’Ezembi est introuvable. À ce qu’on a vu quand on est arrivé ici hier nuit, c’est l’incendie. Apparement il a préféré foutre le feu avant de décamper, et moi et mes frères, nous voulons savoir pourquoi.

- Et vous, qu’est-ce que vous cherchez à faire ? demanda Ishmaël.

- À cette question, je ne peux pas répondre. Le sujet est trop vaste, et ce palais brûlé pourrait encore avoir des oreilles. Mais nos buts sont semblables. Venez seulement, dès que vous le pourrez, à trente kilomètre en direction du sud-ouest en partant de la ville, et annoncez que vous voulez voir Hamifa.

L’encagoulé exécuta un étrange salut militaire, le poing levé.

- Sachez que ce serait une joie de me battre à vos côtés. Vous ne manquez en tout cas pas de courage, dit-il. À moins que vous ne soyez un peu fou, mais ça ne m’a jamais empêché de prendre quiconque dans mes rangs, dit-il en riant.

La silhouette du chef disparu au milieu de ses mercenaires, qui reculèrent jusqu’à arriver à la porte, pour la refermer à nouveau. Le coyote balaya du regard les alentours. Entouré il y a un instant, ils pourraient presque avoir l’air totalement seul dans ce grand palais au relents de guerre.
Ils sortirent du bâtiment, refirent le même chemin inverse, en direction du camion, et virent Rizwan et sa soeur sortirent de derrière un buisson, leur armes en joue.

- On a vu des mecs entrer juste après vous. On ne savait pas quoi faire, mais on ne pouvait pas abandonner le camion, dit le lycaon.

- Ton ami tatou n’a pas l’air d’aller bien, dit Zulaika à la volée. Vous avez trouvé ce que vous cherchiez là-dedans ?

- Oui et non, répondit le coyote en montant dans la jeep.

Le tatou était allongé sur la banquette arrière, assomé. Il parvint néanmoins à marmonner quelque chose.

- Si au moins il nous restait de l’eau…

- T’inquiète pas, dit le coyote. On a pas trouvé Ezembi mais on a sans doute trouvé une piste bien plus intéressante. Cap sur le sud-ouest.

Le tatou leva la serviette à peine humide posé sur son front pour regarder le coyote.

- Je connais ce ton. Mais connaissant le Mobien, je ne ferai pas de commentaire.

***

Batizta finit par se pencher en direction du représentant du GUN à sa droite, pour saisir le pan de son costume - et répondre par l’intermédiaire de son micro.

- De quelle paix parlez-vous au juste ? La paix elle-même n’est pas une vérité universelle, cela réussit peut-être au puissant, mais, si nous devons penser aux populations dans leur ensemble…

- Vous n’y êtes pas, professeur, dit Mammon. Nous parlons d’états, d’emploi. D’intérêt générale, en vérité.

La présentatrice ne savait plus où donner de la tête. Elle coupa son propre micro pour appeler un membre de l’équipe technique. Les personnes les plus proches d’elle purent entendre un << Est-ce que c’est possible d’avoir un micro qui marche, là ? >> étouffé.

- Là-dessus, ajouta Moonstone l’air grave, on réalise que vous et moi, que tous, bref, cette masse que les politiciens appellent peuple, sont des agents économique, comme l’a rappelé si bien Mr. Mammon.

Le représentant du DQE hocha de la tête.

- Si on en revient à la Robotisation alors il devient facile de réaliser que l’Empire Eggman postule à l’amélioration de leur capacité productive, conclu Yona.

- “Amélioration”, Mais que voulez-vous dire ? demanda Bradford.

La dame au bloc-note accouru pour donner à Batizta, condamné au silence, un nouveau micro.

- Ce que je veux dire par là, dit Moonstone, c’est que, au sein même de l’Empire, nombreux sont ceux, je dirais, postulant pour cette avancée technologique. Si Eggman, comme on le disait si souvent, n’avait pas grand-chose à faire des êtres vivants, il aurait depuis longtemps pris des mesures drastiques, par exemple pour évacuer les territoires conquis. S’il ne l’a pas fait c’est parce qu’en ce temps là, il ne jugeait pas leur présence inutile. Saviez-vous que pléthore de territoire sont sous administration de ses populations elles-même ?

- Des populations ? demanda Bradford. Il jeta un oeil en direction de Batizta, toujours au prise avec des problèmes techniques.

- Ce qu’on appelle chez nous les “Egg-boss” expliqua Moonstone. Vous pouvez contacter n’importe lequel de ceux-ci, il en témoignera lui-même : Il a une grande marge de manoeuvre, une grande liberté. La responsabilité lié à la gestion de leur zone leur revient entièrement.

- Mais… attendez, dit Bradford, la main posé sur le front.

Il se frotta les yeux.

- Ce n’est pas possible, ce que vous me racontez là. Comment feraient à ce moment tout ces gens pour ne pas se révolter, pour ne pas déchirer le territoire en plein de petite zones…? Ils ne peuvent pas être “libres”, dit Bradford.

- Bien sûr qu’ils le sont, dit simplement Yona Moonstone. C’est juste que c’est LEUR volonté de suivre notre leader. Historiquement il y a dans ces territoires une grande portion de petits états décolonisés qui auraient pu se déchirer entre eux s’il n’avait pas ce sentiment d’unité - c’est le cas par exemple à Sand Ocean - Il est curieux, Mr.Bradford, que vous me demandiez par quel moyen toute cette population est tenu en place. Vous qui êtes pourtant pétri des principes de libertés, ce genre de soucis, digne d’un dictateur ne devrait guère vous préoccuper.

Bradford baissa les yeux. Sous la lumière des projecteurs, il avait semblé presque rougir, à un moment. Le renard, placé à côté de lui, sa chemise tiré en avant par une membre de l’équipe technique, plaqua la paume de sa main sur son front. Il semblait excédé.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Mar 5 Sep - 23:53

Lorsque le convoi arriva à proximité du campement, le jour avait déjà commencé à décliner. La jeep fit un signe des phares au premier soldat venu, qui braqua son fusil. Il s’approcha de la fenêtre du véhicule, tandis qu’Armadillio en baissait la vitre.

- Qu’est-ce que vous faites là ?

- On vient parler à “Hamifa”.

Le soldat jeta un oeil à l’arrière, s’enquit du fait que le camion derrière eux faisait partie de leur convoi, avant de les laisser passer. En Mazuri, et en particulier dans la Vallée, chaque mur, chaque barrière dressé au milieu du paysage, avait son importance. Tracée aux cordeau, la carte des états de Mazuri affichée dans les salles de classes de Grand Metropolis ou de Central City ne tenait compte d’aucune réalité. Certes, les frontières existaient, mais de façon omniprésente, non pas pour s’assurer d’un droit de propriété exclusif, mais bien pour des raisons de sécurité. Pour s’assurer, l’espace d’un endroit conscrit, une sorte de liberté, inaccessible par ailleurs aux concitoyen d’un puissant potentat. Système des plus basiques, qui transformait des régions entières en mosaïque de petites prisons à ciel ouvert. Mazuri, terre des sociétés à part.

Ce campement semblait vaste. Un campement de tente en toile ciré, disposé de façon régulière, en ligne, serrés les unes contre les autres, laissant juste assez de place pour que se creuse, en certains endroit, un couloir. Toute l’équipe montée par Armadillio était là, à l’exception, naturellement, du jeune cygne, resté à Amanga. Marchant au milieux des tentes et des mercenaires, ils sentirent des regards se poser sur eux. Mais seuls deux yeux revêtait une importance quelconque : Ceux dépassant d’une cagoule, qui approcha à leur rencontre avant de leur faire signe de venir. Des mercenaires les désarmèrent à l’entrée. Du moins le crurent-ils : Car la confiance que ressentait le coyote et les siens à l’égard de ces inconnus restait limité. Armadillio savait qu’Ishmaël avait sans doute encore réussit à cacher un pistolet dans une poche vestimentaire improbable. Lui-même gardait un couteau, replié et rangé dans sa botte militaire, et l’espoir de ne pas avoir à s’en servir.

Le chef encagoulé, debout, avait pris place sous une tente plus grande, caché sous des filets de camouflage. Il n’y était pas seul. Plusieurs de ses hommes étaient assis, à même le sol, sur des tapis. En les voyant arriver, ils se levèrent, avant de sortir pour leur laisser la place. L’encagoulé parla peu, leur demanda s’ils avaient besoin de quelque chose. Le coyote demanda s’il avait de l’eau. En guise de réponse, il fit chercher un objet en peau de bête - de toute évidence, une énorme outre fabriqué sur place. Il posa quelques autres questions. Mais bientôt, il s’avèra qu’il ne voulait parler qu’au chef. Il avait identifié sans difficulté le coyote comme étant le supérieur au sein du “Front de Libération”.

- Aussi, dit-il, j’aimerais que nous parlions toi et moi. Viens et allons dehors.

Le coyote adressa un dernier regard à PV3, avant de sortir à la suite du chef. Dépassant la tente, ils traversèrent le couloir du campement, marchèrent jusqu’à sa sortie. Un simple mot au garde à l’entrée, et les voilà sur la terre sablonneuse et vide. Des soldats étaient présent, ici et là pour assurer un semblant de sécurité, mais, techniquement, ils étaient seuls. C’était bien la première fois qu’un chef d’armée venait lui parler de cette manière. Même le Général, connu pourtant pour sa paranoïa, n’agissait pas de la sorte lorsqu’il souhait lui communiquer quelque chose. Peut-être faisait-il encore moins confiance au sien - À moins que ce soit pour le mettre en confiance lui, dans la situation d’une confidence. Le jour avait presque totalement décliné.

- Alors, dit-il. Si je t’ai amené jusqu’ici, c’est bien parce que les informations que nous allons partager doivent rester entre nous deux.

- Ah bon ? Fit le coyote.

- Il vaudrait mieux pour toi, dit l’encagoulé. Mes Mobiens ont peut-être cru à cette histoire de Front de Libération pour la Mazuri, mais moi je te connais. Peu de coyotes s’aventureraient jusqu’ici, de nos jours, et, ta réputation te précède, Kwarno Soletine.

Le coyote s’y attendait.

- Mais, normalement, tu vends des armes. Là, on t’as commandité un meurtre, celui d’Ezembi, poursuivit-il. Aussi, je peux maintenant te reposer ma question de tout à l’heure : Qui en est le commanditaire ? Celui qui réside à Amanga, n’est-ce pas ?

Armadillio ne répondit rien. La question était posé doucement, mais avec fermeté. Il était risqué de refuser de répondre, alors qu’en soit le fait ne devait pas être voilé de mystère, vu la façon dont la question était posé.

- C’est lui. Comment ?...

- Comment je le sais ? Pour peu qu’on verse un peu dans la politique, ce n’est un secret pour personne. Ce guignol a ses rêves de grandeurs sur les terres de Mazuri. Il pense que le Bunyoganda peut littéralement exploser, et dépasser sur la Vallée, comme s’il pouvait la diriger depuis sa capitale, dit l’encagoulé en baissant les yeux.

Il sortit de sa poche une cigarette, qu’il porta à ses lèvres, dépassant de sa cagoule, avant de saisir dans cette même poche un vieux briquet. Leur pas semblaient les amener vers une zone quadrillée de hautes barrière.

- Est-ce que tu sais au moins comment ce “grand Général” s’est retrouvé à l’endroit où il est aujourd’hui ? demanda-t-il.

- Sans doute, ils sont nombreux, chefs des armées, à avoir renversé le président, dit le coyote, les mains dans les poches. Typique.

- Il n’y a pas de cas “typique”, dit le chef en riant. Non. Impethu avait déjà tout pour lui… Mais, avant de te parler de ce qui l’a amené à sauter le pas, il faut que je te parle un peu de sa vie, dit l’encagoulé. Tout ce que je te dis pourra être vérifié dans quelques années, une fois qu’il aura cessé d’être utile…

- D’être “utile” ?

Le chef lui fit un signe de main pour lui demander d’attendre. Arrivé au pied des hautes barrières que le coyote avait aperçu au loin, il en fit le tour avant d’arriver à une ouverture, une barrière plié. Dessus, un panneau en métal indiquant l’accès interdit, en-dessous d’un titre écrit en plus gros.

- “Réserve naturelle”, lut le coyote.

- Oh, plus grand-chose de “naturel” a pu être conservé, dit le chef avec un rire. J’ai dû faire ce chemin des centaines, des milliers de fois. Car il a bien fallut faire ouvrir les yeux à mes Mobiens, les uns après les autres - Toujours un message, jamais le même.

- Un message parlant de quoi ? demanda le coyote en sautant par dessus la barrière.

- Un message parlant de la merde dans lequel nous avons tous été plongé. Ta position nécessite un supplément d’information. Par là.

Armadillio hésita. On aurait dit que dans cette endroit, on avait remplacé le sable par une sorte de terreau humide. Et il ne savait pas par quelle miracle s’y dressaient de hautes plantes luxuriante, digne d’une jungle, au beau milieu du désert. Cependant, à y regarder de plus près, elles semblaient poussiéreuses. Le coyote pris dans sa main une des longues feuilles, et fut surpris de sa consistance cartonneuse.

- Tu l’as bien deviné, ce sont des fausses plantes, dit le chef. Elles ont été installées là pour… Je dirais, imiter ce qui n’existe plus.

- Ce qui n’existe plus ? Attend, tu me fais marcher. Il y avait une forêt ici ?

- Je ne peux te faire marcher que vers la vérité, dit le chef d’un ton acide. Le désert avance, Kwarno. Le désert du sud avance, et les forêts de Mazuri se sont réduit à peau de chagrin. Mais bon, ça, les gens ne le verront que quand le continent ne sera plus qu’une tache jaunâtre et morte, vu de leurs satellites. On a encore le temps.

Le coyote lâcha la feuille pour suivre la silhouette recouverte d’habits au travers des faux buissons. Ils marchèrent quelques minutes en silence, se frayant un chemin pour s’éloigner toujours plus dans la réserve. Les insectes aurait normalement dû s’éveiller, le soir tombant. Mais on entendait pas un bruit. Comme si la réserve était plongée dans du coton.

- Voilà, dit le chef.

La piste débouchait sur une vaste place. Le coyote cligna des yeux pour mieux distinguer ce qu’il voyait : au loin, de petites huttes en bois, feinte destiné à faire croire que quelqu’un habitait ici. Au centre, un immense creux dans le sol, au fond duquel se trouvait entassé des objets que le coyote peinait à voir.

- Les cases que tu vois là ont été déplacés et reconstruites pour les besoins de “l’authenticité”. Par contre, le trou au milieu était vraiment un lac. Nombreux ont été les colons à croire à l’existence de cimetière d’éléphants, dit l’encagoulé d’une voix maussade.

- On m’a raconté qu’ils se cachaient pour mourir, dit le coyote. Ce n’est pas vrai, bien sûr ?

- Effectivement. Des conneries. Fantasme de colons, qui devait bien trouver une raison, quelque chose à piller dans ces terres où il n’y avait presque rien hormis des Mobiens. Tu veux savoir la vérité ? Mon père, qui a habité la Mazuri dans sa jeunesse avant de partir pour le Shamar, a travaillé dans une exploitation. Lui et ses amis en voyait régulièrement, des éléphants. Ces animaux buvaient dans un lacs. Et lorsque l’un d’entre eux était trop vieux, il avançait, systématiquement, trop loin. Et commençait à s’enfoncer.

L’encagoulé regarda le fond du trou, les mains dans les poches.

- Inévitablement, en s’enfonçant dans la vase, du fait de son propre poid, l’éléphant pris dans ce bourbier finissait par disparaître au fond. Pas de cimetière donc. Mais des fosses remplis d’os d’éléphants... “antédiluviens”.

Le coyote regardait l’amoncellement d’os sans rien dire.

- Mais nous ne sommes pas venu ici pour parler d’éléphant. Encore que ceux-ci auront une importance au sein de la vérité. Merci à leurs défenses d’ivoire.

Il sortit de la poche de sa veste une sorte de gourdin, vérifia qu’il était bien emballé, avant d’y mettre le feu, puis marcha en direction des huttes, équipé de cette torche artisanale.

***

La hutte n’était pas très grande. Circulaire, traversée par deux ouverture se faisant face, la case était faite d’adobe, de bois, et recouverte d’un toit de chaume. L’ensemble paraissait usé par le temps, mais les insectes n’y avait pas élu place. L’encagoulé devait venir souvent ici. Deux planches surélevées étaient posés par terre, juste assez d’espace entre elle pour que les deux Mobiens puisse s’y asseoir. La torche était tenu loin du plafond pour des raisons évidente. Le coyote pointa du doigt un objet accroché au mur.

- Qu’est-ce que c’est, ça ?

- ça ? demanda le mobien en se retournant. C’est un masque, répondit-il simplement. Normalement personne ne met ça là, mais j’imagine qu’il existait une raison. On ne sait jamais trop quel sont leur but, si c’est pour les fêtes, ou pour chasser un mauvais esprit, ou même pour expier une peur, la projeter pour s’en débarrasser.

Ce grand visage plat aux paupières énormes et fermées, cernées de cornes et de défense, entouré de longs fils de paille avait beau être un objet, il renfermait, dans la lueur de la torche, un caractère menaçant, surnaturel. Le coyote baissa les yeux en direction de son interlocuteur.

- Bien. Tout d’abord, laisse-moi te le dire, que cela soit bien entendu. Si je suis ici, c’est que je me bat pour quelque chose. Il est bien de le préciser d’emblée, car certains ici ne se battent pour rien, ou pour de l’argent .

Il regardait fixement le coyote.

- De l’argent qu’ils ne pourront emporter dans leur tombe, ce qui revient donc du pareil au même. Je me bat pour la Mazuri. Mais… je me bat aussi pour Shamar.

- Pour Shamar ?

- Oui. Et aussi pour Central City. Pour les îles orientales. Jusqu’aux océans et aux parcelles de terre les plus lointaines.

- Pour Mobius, en faites ? demanda le coyote en levant un sourcil.

- Pour ceux qui l’habitent. Plus précisément, pour les Mobiens. Avant que tu me poses la question, non, cela n’inclut pas les Hommes. Mais les Hommes s’en sortent assez bien, je les laisse s’arranger entre eux, dit le Mobien à la cagoule. Et on a déjà bien à faire de nous-même.

L’encagoulé posa sa main sur le sol, en tira une poignée, pour la montrer au coyote. Il resta ainsi la paume ouverte, recouverte de terre humide.

- Seuls les plus abrutis d’entre nous seraient prêt à vilipender les hommes par principe. Les plus abrutis, ou les plus manichéens, mais surtout les plus faibles.

- Faibles ? Pourquoi ?

- C’est trop facile de désigner un ennemi, avant de s’en remettre à lui et uniquement à lui. Certes les hommes ont colonisé, ont tué. Sous leur autorités c’est plusieurs millions d’entre nous qui ont disparu, ça, je ne l’oublie pas. Comment l’oublier ?

Il retourna la main pour laisser en tomber la terre, par à-coup.

- Mais nous ne sommes pas des êtres du passés. Nous n’avons, à vrai dire, pas besoin des humains pour nous sortir de la merde dans laquelle ils nous ont plongé. De la merde dans laquelle nous nous sommes laissé tomber.

- “Laissé tomber” ? Comment les Mobiens auraient-ils pu résister, je veux dire, encore plus que ça ? demanda Armadillio.

Le chef le regarda, secoua la tête, avant de poser une main ganté sur son épaule.

- C’est vrai, tu es un coyote, dit l’encagoulé en hochant de la tête. Par chance, tu n’as pas à te poser ce genre de question. Par contre, la Mazuri, elle, le doit.

- Hm.

Armadillio se gratta le menton.

- Non, désolé, je ne comprends pas.

- Je sais, la propagande historique a fait beaucoup de dégâts sur les mentalités. Mais elle n’aurait jamais fait autant de dégâts si elle n’avait pas arrangé la majorité d’entre nous.

- Pour ma part, je ne suis pas un grand expert en histoire, répondit le coyote qui commençait à être agacé devant le manque de précision du Mobien.

Celui-ci ne souriait plus.

- Si la Mazuri est l’enfer qu’elle est aujourd’hui. Ce n’est pas tant à cause de la colonisation, Soletine. La colonisation l’a piétiné ça c’est sûr. Mais ce qui l’a brisé, c’est l’Esclavage.

- L’Esclavage ?

- Si je dois te faire un dessin, dit le chef en se saisissant d’un bout de bois traînant par terre, disons, tu as la Mazuri, dit-il en dessinant les contours d’une forme plus ou moins ressemblante. En son centre, il n’y a rien. Mais rien du tout. Par contre, dit-il en faisant passer son bout de bois du centre à la périphérie, tout le long des côtes existant avant la séparation du continent, du nord au sud, vers tous les accès aux océans qui la borde. Costly Coast. Ishede. Izimu. Sand Ocean, est à elle toute seule, un exemple, avec Nadq, Khazina etc. Étrange non ?

- À croire que la richesse viendrait de l’Océan et de ceux qui en sont assez près pour la repêcher, dit le coyote d’un air absent.

- Ah, oui, c’est sûr, il y en a eut des théories fumeuse, sur le “trésor de perle de Costly Coast” ou je ne sais quoi. Non, si c’est le cas encore aujourd’hui, s’il existe une Mazuri de l’endroit et de l’envers, c’est aux seuls raisons que ces lieux là étaient tous, tous, de grands comptoir, dans lesquels on transférait des masses et des masses de Mobiens, vendu sur place par des marchands, en direction des Terres Unies, mais aussi vers Spagonia, vers Apotos, vers Shamar. En ce temps-là, les hommes avaient peur de la Mazuri profonde. Fournaise le jour, glaciale la nuit, sans aucune piste, sans aucun repère, la meilleure chose qu’ils pouvaient encore attraper ici, c’était une maladie exotique auquel ils ne connaissaient rien, et la mort. Cependant, leur invasion leur avait vite appris quelque chose : C’est qu’il fallait de la main-d’oeuvre, il en fallait plus. Alors, ils ont amené ça.

L’encagoulé se leva, fouilla dans sa poche, et sortit un bout de papier cartonné, plusieurs fois plié et déplié, dans un état pitoyable, mais quand même reconnaissable. Le coyote le pris dans sa main, le regarda à la lueur de la torche, avant de le tendre à son propriétaire, qu’il le tordit entre ses doigts.

- Le Ring ?


- Oui, l’argent. Oh, ce n’était sans doute pas des Rings, non, pas déjà. Mais en comprenant que certains objets avaient de la valeur pour les foules grouillantes des Mobiens vivant près des côtes, il ont compris qu’il pouvait échanger de l’argent contre de la main-d’oeuvre. Les Hommes ont toujours été très fort à ce petit jeu. Ils demandaient à ce que les chasseurs d’hommes aille loin dans les terres. Il fallait que les Mobiens soit de races, soit d’origine différente. Ne parle pas la même langue. Pas de langage commun, pas de révolte possible au bord de leur bateau. Et encore moins de révolte possible dans leur camps de travail.

- C’est…C’est bizarre. Jamais entendu parler de tout ça. Depuis quand ont-ils fait ça ?

- L’exportation d’esclave Mobien en direction de tous ces endroits est arrivé à son apogée un peu avant la grande guerre, je dirais, dit l’encagoulé en se grattant la joue. Mais elle était antérieur à la colonisation du nord de Mobius.

- Juste avant, alors ?

- Non, pas juste avant. En faites, elle existait même bien avant, lorsque les humains vivaient isolés, dans leurs petits royaumes.

- Ce n’est pas possible, dit le coyote. Non, là il y a un problème… Si les humains n’étaient pas là, qui faisait le commerce des esclaves ?

L’encagoulé eut un petit rire.

- Là, tu me poses une question vraiment interdite. Je vais donc te donner une réponse vraiment interdite.

Au-dehors, la nuit était tombé, depuis maintenant un moment. La torche brûlait toujours, planté dans la terre. Le masque semblait les observer, le visage fermé.

- C’est nous. C’est nous, les Mobiens. Nous avons vendu nos frères, nos soeurs, contre de l’argent. C’est nous.

Le coyote se tut.

- Qui était les commanditaires ? Les Mobiens. Qui ont construit des pyramides à Sand Ocean, à force de main-d’oeuvre esclave ? Les Mobiens. Qui étaient les intermédiaires ? Les vendeurs ? Les Mobiens. Cette quantité énorme de Mobien présente aux Fédérations Unies aujourd’hui devrait nous en dire plus là-dessus : Comment est-ce possible que certains d’entre eux se pâment dans leur privilège dans des tours de Grand Metropolis, tandis que d’autres ont une famille nombreuse à charge, désoeuvré, au plein milieu du foutraque puant de Westopolis ? COMMENT EST-CE POSSIBLE ?

Levant la voix, il s’était levé lui-même, et faisait les cents pas dans le petite espace laissé par les murs de la hutte.

- FRANCHEMENT !... Qu’on aille pas me dire que certains d’entre eux ont travaillé, et que d’autres non ! Une société comme celle de Soleanna renferme à elle seule plus de richesse que tous les pays Mazuriens réunis. Imagine la masse de travail nécessaire pour l’accumuler, il y en a pour des siècles ! Ce n’est pas une question de travail, c’est une question d’héritage. Nous vivons dans un monde d’héritiers...

Il marchait rageusement, battant le sol tel un tribun.

- Cela les arrange, tous ceux-là, tous ces Mobiens du nord. Ils font presque comme s’il ne voyait pas les disparités, de penser que tout ceux qu’ils voient sont issu du même lieu. Tant mieux ! C’est bien normal, ce n’est pas la race qui décide d’une manière de penser, c’est ta de position dans ce monde. Celui qui partage le confort des riches les défendra de toute son âme, VOILÀ TOUT ! C’est ce qui nous tue !...


Le coyote en avait presque du mal à le suivre. L’encagoulé respira. Avant d’enchaîner.

- ...Ce qui nous tue, c’est un manque de vision globale. Mes frères de races sont tous obsédé par les valeurs individualiste, cet individualisme égoïste, prôné par leur maîtres du nord. Ils s’entredéchirent, et ce un peu partout, entre clan, entre tribus, entre gang. Ils entre dans ce qu’on appelle les “factions”, avant de se mettre à tuer leur frère de sang. J’ai été Freedom Fighter, Soletine. Mais il y a longtemps que je ne le suis plus.

- Vraiment ?

- Se battre contre le grand génocidaire est une noble, une bien noble cause, dit l’encagoulé en agitant la main. Mais, cela ne suffit pas. Les Freedom Fighters sont… Trop clivant. Trop clivant dans un sens, de plus, ils ne vont pas au bout de leur raisonnement. Après tout, leur seul but est de restaurer plus ou moins une monarchie, cela ne va pas plus loin. Je n’ai que faire de remplacer un tyran par un autre. Ce que moi je cherche, Soletine, ce pour le quoi je me bat, c’est l’Unité.

- L’Unité entre les Mobiens… dit le coyote. Et comment faire sachant qu’ils sont tous aussi égoïste… de leur “individualisme” ?

- Heureusement, pas tous, dit l’encagoulé. Grâce au messager, je n’ai jamais totalement perdu l’espoir. Certains d’entre nous rattrapent bien tout les autres par leur valeur. Je me suis battu, j’en ai pris d’autres avec moi. Aujourd’hui, nous sommes de plus en plus nombreux.

- Pourquoi se battre s’il suffisait de convaincre ? demanda le coyote au chef de guerre.

- Très bonne question. Parce que, coyote, lorsque tu arrives avec une telle idée, forcément, certains ont de quoi se faire du soucis répondit-il en riant. Les riches possédants Mobiens devront être dépossédé, et devront partager avec leur frères. Quoi de plus normal ? Et probablement, oui, probablement il faudra tuer. Cette prise de conscience doit se faire un peu partout sur Mobius. Et lorsque nous serons unis, alors, il faudra remettre le monde en ordre. Un nouvel ordre, oui, qui conviendra plus à la majorité de ceux qui la peuple. Un nouveau monde. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si je me bat aujourd’hui en Mazuri. Ce qui t’as amené ici, c’est l’appât du gain, coyote. Ce qui m’a amené ici, ce sont les tentacules des armées étrangères.

- Quelles armées étrangères… Les mercenaires ?

- D’ailleurs, dit l’encagoulé, il fallait aussi que je te parle de ce bouffon que tu appelle “le Général” avec un grand G. Coyote, tu as décidément mis les pieds sur une mine. Le danger est maintenant grand…

- Impethu, un danger ? Mais, il croit qu’il peut envahir le monde entier, il croit qu’il va s’inventer des supersoldats où je ne sais quoi…

- Dans le nord, nombreux sont ceux penser qu’il pourrait être atteint d’une forme de neurosyphilis, tant il est niais. Mais en vérité, le personnage public qu’il donne à voir cache bien la menace qu’il représente réellement pour le continent. Certains des miens travaille avec lui, au plus proche. Tu ne m’en voudras pas de ne pas citer ma source.

- Dis toujours ?

Le Mobien se rassit face à Armadillio.

- Je te parlais d’armée étrangère. Ce qui me pose problème n’est pas tant le gorille, qui est un pantin, mais plutôt celui qui tire les ficelles.

- Qui ?

- Le GUN.

Le coyote cligna des yeux. Il pensait ne pas avoir compris.

- Le GUN ?

- Ce n’est pas directement Impethu qui gère l’agenda secret. C’est ce “Astérion”.

L’encagoulé mit les poings sur la tête, les index levés.

- Un grand gars, avec des cornes. Tu l’as déjà vu ?

Instantanément, l’image du taureau, le colossale garde personnel du Général, revint dans l’esprit du coyote.

- Astérion, un soldat extrêmement compétent, imbattable, qui a fait ses armes sur une multitude de terrains, c’est la créature du GUN. Mais M’baba en est aussi une, à sa façon, enfin tout du moins de leur ancêtres coloniaux . À la base, M’baba était issu d’une ethnie minoritaire, car provenant d’un territoire voisin au Bunyoganda. Lui-même n’était qu’un boxeur de seconde zone, un clochard, un Bayane. Les responsables d’une caserne militaire des Terres Unis eut tôt fait d’identifier cette brute, pour l’engager dans les forces de répressions coloniale… Et il faut dire qu’il était plutôt zélé, puisqu’il a monté en grade, petit à petit, jusqu’à devenir un officier.

- Le futur libérateur de tout Mobius était un sous-fifre de l’occupant ? dit le coyote en souriant.

- Eh oui ! Et toi ça te fait rire, dit l’encagoulé en le montrant du doigt, mais il y en a plus d’un qui tomberait de haut. Enfin, il a fait ces petites affaires, en tant qu’officier, etc. Puis lorsque les humains ont dû partir, alors ils se sont dépêché de prendre un type, pas bien malin, au hasard pour en faire le général des armées. Je te le donne en mille, ce type pas bien malin c’était Impethu. Ils ont placé à la tête du pays un président fantoche, qui a tôt fait d’être renversé une fois les colons partis par un certain Edward Amadi, un ami d’Impethu.

L’encagoulé expliquait tout cela avec fluidité. Il connaissait le domaine.

- Amadi n’a pas tardé à vouloir influencer ses voisins. Il avait déjà les visées absurdes, expansionniste que le Général aurait après lui, et il visait trop haut. Un jour, il y a peut-être quatre, ou cinq ans, cela importe peu, des rebels Kitugais ont proposé à Amadi de leur fournir des armes, contre des pierres précieuse, notamment, et de l’ivoire. M’baba les a pris, mais n’a jamais fourni les armes qui leur devait. À la place il s’est acheté des voitures de luxe, et a entreposé le reste dans un coffre. Un détournement de fond tout ce qu’il y a de plus classique.

Le coyote repensa aux diamants que lui avait donné Impethu, et se demanda s’il s’agissait des mêmes.

- Seulement les rebels du Kitugi ont eut, je ne sais trop comment, vent de la chose, et ont décidé d’alerter Amadi. Amadi devait se rendre à une réunion des nouveaux états Mazurien, et a laissé l’enquête aux mains d’Impethu. Le gorille a compris que le retour d’Amadi aurait signé son arrêt de mort. Donc, qu’a-t-il fait ? Il s’est constitué un groupe de fidèle. Et avec son aide, il a renversé, de manière très brutale, très violente, immédiatement, le pays, pendant qu’Amadi était à l’étranger. Les soldats qui aurait pu être loyaliste, et qui appartenait de toute façon à des franges ethnique majoritaire, ont eut tôt fait d’être massacré. Le groupe de fidèle d’Impethu provenait d’autres régions - c’était des mercenaires. Et ça c’est quelque chose qu’Impethu a appris de l’administration coloniale : Toujours avoir des armées d’origines étrangères, qui terrorisent les populations afin d’échapper à son lynchage, et défendent leur chef comme leur seul fortin. Ce système brise la solidarité qui autrement pourrait renverser le dictateur.

- Quand est-ce que le GUN à décider de le soutenir ?

- Apparement le renversement du gouvernement d’Amadi a été appuyé à certains moment par le GUN. Il a sans doute été approché peu de temps avant.

- Le GUN avait un intérêt à renverser Amadi ?

- Amadi était un franc décolonisateur. Il en voulait aux Nations Unis, détenait des otages humains dans les geôles afin d’exercer une pression sur celles-ci. Et il se disait prêt à parlementer, à coopérer avec énormément de gens, notamment l’Empire Eggman. Le GUN a pris peur et a décidé que le Bunyoganda ne devait pas sortir de sa zone d’influence. Alors… La suite, tu la connais. Depuis, Impethu est devenu la marionnette du GUN. Son but est de s’étendre, de déclarer la guerre à ses voisins, pour agrandir son influence. On peut leur jeter la pierre, mais ils ne sont pas les seuls : Crois-moi, aucune des grandes puissances ne se s’est jamais gêné, pour mettre en place des pantins, dirigé par des moyens détourné, et prolonger des conflits qui autrement n’auraient plus de raison d’être...


L’encagoulé secoua la tête, l’air de chercher ses mots, avant de poser ses mains sur ses genoux.

- Ceci étant, dis-moi, Soletine…?

Le coyote leva la tête.

- Oui ?

- Est-ce que tu travailles toi-même pour le GUN ?

Jamais le ciel n’avait semblé si noir qu’à cet instant de la nuit. Le masque, accroché au mur, semblait également attendre sa réponse.

- Non, répondit le coyote d’un ton sans équivoques. Non, d’ailleurs j’ai entendu des gens dire que le GUN avait un dossier sur moi, et même qu’ils me recherchaient. Ils n’aiment pas les trafiquants d’armes, sauf ceux qui les arrangent.

- C’est bien ce qui me semblait, dit le chef. Mais alors, poursuivit-il, pourquoi l’as-tu encouragé à partir en guerre contre Ezembi ?

le coyote ouvrit des yeux rond.

- Pourqu…? Attends, comment…?

- Je te l’ai dit, nous avons nos informateurs sur place, dit l’encagoulé. Ils ont suivit quelques-unes de vos discussions et ont été surpris de te voir parler de politique, de complots, d’autres trucs du même acabit… Hm. Je vois. Très habile de ta part. Tu n’as pas besoin de me répondre, je sais très bien pourquoi tu l’as fait. Pour ça.

L’encagoulé sortit un objet de sa poche, en papier cartonné, et le déplia avant de le montrer à la lueur de la torche.

- Pour des Rings. Pour de l’argent. Plus le gorille pense qu’il est menacé, plus il dépense. Je continue de dire que tu es l’un des meilleurs dans ton domaine, Finstev.

Armadillio sentit comme une boule tomber dans son ventre. Connu par la majorité des gens sous un pseudonyme, celui de Kwarno Soletine, iccompris même par ses propres collaborateurs, le coyote était surpris d’entendre son vrai nom de famille prononcé par un chef de guerre, qu’il considérait comme un inconnu total il y a à peine quelques heures.

- Comment tu m’as appelé ?

- “Soletine”. Je n’ai rien dit d’autre, dit l’encagoulé en riant. Tu sais, ce mouvement que j’ai monté. Il agit partout. Il devient de plus en plus gros. Et à force de quoi, il a finit même par avoir des pattes. Il peut poser des pieds, ici en Mazuri, là-bas ailleurs, et même des semblants de bras armés. Certains d’entre nous font office d’agent, et plusieurs de ceux-ci travaillent pour les gardiens des Nations Unis. L’un d’eux a pu nous transmettre un certain nombre d’information te concernant. C’était au milieu d’une vaste liste de nom, d’ailleurs… Enfin, là n’est pas la question.

L’encagoulé replia lentement son billet.

- La question, Finstev, elle est qu’en excitant la paranoïa de ce Général d’opérette, tu as gagné énormément d’argent. J’imagine qu’il est même aujourd’hui ton client principal. Est-ce que tu as déjà pensé, ne serait-ce qu’une seconde, des conséquences que cela pouvait avoir ?

Le billet n’était plus qu’un petit rectangle de papier froissé.

- TES fusils, tes MO-47 tuent hommes, femmes et enfants. En les vendant tu aides tout les ingénieurs de la division entres les états, les tribus, les clan. En te faisant pourvoyeur de la mort, tu vas totalement à l’encontre de mes principes et de mon objectif. Tu es, pour moi, l’ennemi à abattre. C’est d’une logique indéniable.

Le coyote repensa au couteau dans sa chaussure. Mais pourquoi le Mobien lui avait expliqué tout cela pour ensuite le tuer ?

- Aussi, nos routes se sont croisés, d’accord. Cela tenait de l’accident, voilà tout. Notre route se recroiseront, et là, Finstev, tu devras faire un choix. Mais en attendant, je vais te laisser un peu de temps pour y réfléchir. Des changements sont dans l’air.

Le coyote soutint le regard fixe, brillant, du chef. Avant d’hocher de la tête.

- J’oserai te poser une dernière question ? demanda-t-il.

- Vas-y.

- Toi non plus, tu ne travailles pas pour le GUN. Pourquoi tu cherchais Ezembi ?

L’encagoulé baissa les yeux.

- On a besoin de le trouver, afin d’en tirer certaines informations sur des sujets… Qui n’ont aucun rapport avec ceux que nous avons abordés. Tu as peur de la mort, Armadillio Finstev ? dit-il en relevant la tête. Ce n’est pas une menace, c’est une question.

- Euh, dit le coyote pris de court, je n’y pense pas. Enfin, pas tout le temps. Mais j’aimerai mieux vivre le plus longtemps possible. Pourquoi ?

- La mort est un don. Un don que seul un vivant peut avoir. Pas un individu voué à être Éternel…

- Mouais ? dit le coyote. De quoi me parles-tu ?

L’encagoulé avait changé d’attitude. Il était ramassé sur lui-même, regardait le sol. Le sujet avait, semble-t-il, une importance énorme pour lui.

- De Ce en quoi tu crois. Pour ma part, je crois aux paroles du Messager. Après tout il a été le seul à voir en chacun de nous une raison d’être sauvé, et je le crois. C’est ce qui m’a donné la force de pousuivre ce que je faisais toutes ces années.

- Tu crois au Messager ? demanda le coyote. Tu viens de Shamar ?

- ça je ne peux pas te le dire.

- Je ne t’ai pas posé tant de questions, qui est-ce que tu es, au juste ?

- Qui que je suis ? Disons plutôt, Ce que je suis. Je suis un Mobien. Tu peux m’appeler Hamifa, comme la plupart des gens, ou Abu Hamifa. C’est pour cela que je garde ma cagoule. Je ne veux pas être seulement un Mobien, mais je veux être, pour les miens, tous les Mobiens à la fois. Afin que chacun puisse se reconnaître dans mon combat.

Son regard semblait briller de fierté.

- Et j’y accorde une grande importance.

- Soit.


L’encagoulé se leva.

- Mais, ça fait déjà bien trop de question. Finstev, pars avec ton équipe et continue ta route. Nos chemins se recroiseront en temps et en heure.

Abu Hamifa, puisque c’était son nom , attendait non loin de la porte, comme s’il l’invitait à sortir. Le coyote avait été chamboulé par cette longue conversation, et c’est donc dans la nuit noire qu’il commença à préssentir les conséquences de ses actes.

***

- Comme l’a dit le professeur Batizta, si je peux lui servir de porte-parole, dit Moonstone en levant l’index, nous sommes toujours bien plus pressé de voir les défauts chez les autres que chez nous-même. N’est-ce pas ?

- Un, deux ? ça fonctionne, dit-il, son nouveau micro grésillant. Merci bien. Ce n’est pas très sport, dit-il en pointant un doigt accusateur en direction de la présentatrice. Ce genre de procédé…

La présentatrice se retourna dans sa direction. Des sifflement se firent entendre de la part du public. Le renard s’adressa directement à eux, montrant de la main un point invisible pour la caméra. Vers les écrans sur lesquels étaient diffusés les temps de paroles

- Quoi ? C’est vrai !

- De quoi parlez-vous ? dit la présentatrice. Monsieur Batizta, je vous en conjure, il ne s’agit que d’un problème technique indépendant de notre volonté, dit la présentatrice.

Pierre Batizta secoua la tête et croisa les bras.

- Enfin, je… Je rappelle que vous avez insisté pour venir, tâchez de vous tenir, j’ai remis les compteur à zéro mais l’émission va bientôt toucher à sa fin et je ne peux pas modifier la grille des programmes.

- En effet, le temps est compté et j’aurais bien tort de ne pas “profiter” de ce droit de réponse, dit Batizta en serrant le poing.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Mer 13 Sep - 2:27

Le coyote accéléra le pas en direction de la tente où se trouvait assis les membres de son équipe, avant de leur ordonner de se lever. Le tatou, précédant Rizwan et les autres, avait l’air catastrophé. Dès qu’ils furent sorti du campement, il courru vers lui, son téléphone satellitaire à la main.

- Kwarno, PV1 m’a appelé, dit-il.

Pigeon Voyageur 1 était un des associé du coyote, travaillant dans les environs d’Empire City.

- Il dit que quelqu’un a essayé d’avoir sa peau. Il s’est défendu, mais…

Armadillio lui pris le téléphone des mains. PV1 était encore de l’autre côté de la ligne.

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Un tueur. L’enculé avait un pompe : J’ai pris ce que j’avais sous la main et je l’ai foutu par terre, répondit la voix de l’homme, essouflé.

- Putain.

- Attend de savoir la suite. Le Mobien perdait trop de sang, il a pas pu me dire grand-chose avant de perdre connaissance, juste des connneries du style : “On va libérer Mobius de votre existence… pourvoyeur de mort”, des trucs comme ça. Le plus drôle c’est que quand j’ai enlevé son masque, il s’agissait d’un zèbre. Je n’ai jamais vu de zèbre. Des gars du gang Claw m’ont dit que c’était peut-être un trafiquant d’armes.

- Le salopard, dit Armadillio en jetant un regard en direction du groupe de tente.

Le coyote avait l’impression d’avoir avalé du plomb. Il n’avait pas besoin d’y réfléchir à deux fois pour savoir qui avait envoyé le tueur. Hamifa, à partir de bribes d’informations captés dans les bases de données du GUN, avait su, d’une façon ou d’une autre, où se trouvaient ses associés, et était déjà en train de faire le ménage.

- PV1, va à la “planque au fond du jardin” et reste isolé un moment. Quelqu’un essaye de se débarrasser de nous.

- Ok, Compris.

Le coyote raccrocha, avant, cette fois-ci, de contacter son dernier associé, qui, lui se trouvait dans, ou aux alentours, de Spagonia.

- PV2 ?

- Allo ?... Attend, c’est le travail, répondit la voix étouffé du lapin.

La communication semblait d’une bien piètre qualitée. Il y avait de la friture sur la ligne.

- Tu es avec quelqu’un ? Tu peux t’en éloigner ?

- Juste avec mon frère. Attends… Je rentre dans les toilettes.

Un bruit de porte. PV2 s’excusa en contournant quelqu’un d’autre. Le coyote était nerveux.

- Qu’est-ce qui se passe ?

- Un type, dit le coyote en marchant jusqu’à la jeep. Un type a eut des infos du GUN et vous a pris pour cible, toi et PV1.

- Des infos du…? Mais alors, c’est quelqu’un du GUN ?

- Non, ce n’est pas le GUN, c’est quelqu’un d’autre. Et il risque d’envoyer un tueur à tes trousses.

- Ouh. ‘Pas bon, ça.

- Il s’attend sans doute à ce que tu sois à Spagonia, ou à d’autres endroits où tu te rend habituellement. Du coup, va dans la “planque de la forêt” et reste aux aguets.

- Je vais faire ça. Je suis armé, pour le reste on verra bien.

Le coyote raccrocha, avant d’arriver au convoi. Ils montèrent dans les véhicules, démarrèrent pour décider de s’éloigner, de revenir vers la ville du Roi. Arrêtant les véhicules derrière une grosse pierre, le coyote sortit pour résumer brièvement la situation et le changement de plan. Au moment de leur expliquer le rôle du garde personnel du Général, ishmaël l’interompit.

- Mais, du coup, si Astérion est un envoyé du GUN, à quel moment a-t-il été nécessaire de nous envoyer tuer Ezembi ? Il aurait pu engager des professionnels pour le faire. Il en aurait les moyens et Ezembi l’étoffe d’une cible militaire…

- Je n’en sais rien, dit le coyote.

Une voix féminine résonna. C’était celle de Zulaika.

- C’était peut-être prévu, c’était peut-être un piège, dit-elle d’une traite.

- Un piège ? demanda le coyote en tournant les yeux vers elle. Quel piège ?

- Ishmaël, tu peux me montrer ta carte s’il-te-plaît ?

Le loup s’activa en direction de son camion pour aller la chercher. Rizwan profita de cet instant de répit pour allumer une cigarette.

- Du coup, c’est quoi le plan ? Demanda le tatou, se rongeant les griffes.

- On doit essayer de trouver Ezembi, on ramène les bagues à Impethu, il nous donne les lingots, et on se casse, dit le coyote. Et là on pourra reconsidérer si oui ou non on garde cette marionette parmi nos client.

Le loup revint, une lampe à la main pour lire sa carte militaire sous la nuit noire. La lycaon sortit la sienne de sa poche.

- Bah ?... Si tu avais la tienne, pourquoi ?...

- Ce n’est pas la même, dit Zulaika. Quelqu’un peut prendre une autre lampe ?

Le coyote sortit de sa poche sa lampe-torche pour l’appuyer sur l’épaule de la lycaon. Dépliées, les deux cartes semblait quasiment identique. Les mêmes forêts, les mêmes montagne, Amanga toujours en haut. Seulement, deux trois petites choses avaient été rajouté sur la carte de Zulaika, avec un gros feutre noir. Des routes soit-disant utilisable était barrée, portant parfois la mention “mines”. Des petites bulles avait été dessiné aux alentour de l’entrée dans le Premier Cercle de la Vallée, ne désignant à priori rien, mais dans lequel était inscrit des “S”.

- S… Comme Sniper, dit Rizwan en mettant le doigt sur celles-ci. C’est pas loin de l’endroit où Ignacio s’est fait tiré dessus.

- Pourquoi quelqu’un l’indiquerait ? Demanda Ishmaël.

Mais ce n’était pas tout. Le soit-disant épicentre de la Vallée avait été barré. À la place, il avait été redessiné à la main, un peu plus à l’ouest, beaucoup plus au nord, dans un endroit assez étonnement vide de ville ou de point d’eau : En faites, en plein désert.

- Alors ça par contre j’ai encore plus de mal à y croire, dit Ishmaël. Qui a écrit ça sur ta carte ?

- Un type qui bossait pour le chef encagoulé. J’étais dans l’attente au dehors, en train de me demander où pouvait bien se trouver notre objectif, quand il me l’a pris. Il m’a dit qu’elle était vieille et qu’il y avait plusieurs trucs de faux là-dessus, je veux dire, de falsifié. Il m’a montré la sienne, et j’en ai reporté l’essentiel.

- C’est quoi ça ? demanda le coyote en désignant une petite localité en plein désert, entouré de feutre et recouverte de traits.

- Euh… Hésita Zulaika. Je sais pas trop. Je n’ai pas très bien compris, le type ne m’a pas vraiment dit de quoi il s’agissait, il m’a juste dit qu’il fallait pas qu’on y aille.

Le coyote cru lire en bordure du trait, écrit rapidement, à peine lisible : “Etern.” Lui et PV3 restèrent un instant focalisé là-dessus.

- C’est peut-être là qu’il est, notre Ezembi, dit le coyote.

- Tu penses ?

- J’en suis pas persuadé, mais Hamifa a commencé à parler bizarrement de lui lorsque je lui ai demandé pourquoi lui, personnellement, voulait le rencontrer. Enfin… ça pourrait être ça… Zulaika, pourquoi tu as parlé “d’un piège” ?

- Parce que le gars qui m’a montré sa carte m’a dit autre chose qui pouvait le laisser penser. En gros, vu le nombre d’éléments important manquant là-dessus, la seule personne qui voudrais t’envoyer vers l’épicentre de la Vallée des Mercenaires ne pourrait que t’envoyer à la mort.

- Qui t’as donné cette carte ? demanda le tatou à Ishmaël.

Ishmaël resta un instant silencieux, l’oeil fixe.

- Ishmaël, qui te l’as donné ? demanda le coyote.

- Comme je te l’ai dis. C’est le Général.

Le coyote ne répondit rien. Mais comprenant que tous avaient tourné leur regards vers lui, il secoua la tête.

- Non. Un piège, ça je n’y crois pas. Impethu a… Comment dire, c’était peut-être une erreur. Après tout la carte présente dans sa salle de crise...

Le coyote n’arrivait pas à se souvenir. Mais maintenant qu’il y pensait, cette carte ne devait pas être tout à fait la même. Il avait prévu d’en demander une à un sous-fifre passant par là, mais il l’avait oublié. Le Général l’aurait trahi ? Non. Il pensa à nouveau aux regards que lui avait jeté son garde personnel, le taureau. Il pensa à PV4. N’était-ce pas dangereux de laisser le jeune cygne entre ses griffes ?...  Astérion. C’était lui qui avait proposé de prendre un otage contre un sac de diamants, le délestant d’un équipier. Le coyote se mordit la lèvre, et frotta son visage. Son oeil droite le brûlait, et le vent de la nuit n’avait pas son pareil pour y mettre de la poussière.

- …Bon. En tout cas, notre objectif reste le même. Il faut qu’on ramène la main du roi. Pour le reste, on a eut de la chance, pour l’instant, j’imagine. Mais on ne peut pas revenir avec rien, sinon ils garderont PV4 en otage.

- Si tu le penses, dit Ishmaël. Alors je te suis. Il y a juste un truc qui me dérange avec ta carte, dit-il à Zulaika c’est que, là, moi je vois pas de…

Le loup n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Un bruit aigüe, surgit de nul part. Puis une puissante détonation, qui fit trembler le sol. Les cartes tombèrent au sol, les mercenaires tirèrent de leur dos leurs fusils en bandoulière. Le tatou roula en direction du camion, n’ayant rien. Le coyote n’avait que son pistolet.

***
L’embuscade était, en Mazuri, une forme privilégié d’expression au sein de l’art de la guerre. Efficace, de part l’effet de surprise qui en démultipliait la force de frappe, elle présentait également d’indéniables avantages pratique. Allongé dans un recoin ombragé, les assaillants pouvait attendre tranquillement, immobile, qu’un véhicule ne passe, que l’ennemi fasse l’erreur de s’approcher d’eux - en pleine nuit, c’était encore plus facile - avant de lui bondir dessus. Cette technique sournoise aurait demandé, à une quelconque cible potentielle traversant la région, une surveillance de tous les instants. Le hasard avait voulu que cela tombe sur le convoi des trafiquants. Que des dizaines de mercenaires se mettent à sortir de trous creusés quelques heures plus tôt dans le sol, à moins que cela ne soit des rochers qui entouraient le chemin, ces mêmes rochers donnant aux véhicules une impression factice de sécurité. Cruelle illusion, la première brique chutant d’une façade sur le point de s’écrouler.

Le tatou se déplia. Il eut juste le temps de sauter dans le camion pour en sortir aussi vite avec un fusil, et se coucher au sol. Les coups tombaient sans discontinuer : Une pluie de bombes, lancées au mortier, qui ajoutait à l’obscurité la confusion d’une tempête sonore, projetant à chaque coups des morceaux entier de terre dans tout le périmètre. Le coyote se mit à courir, éteignant sa lampe torche, pour s’éloigner le plus du coeur de cible des mortiers. La terre trembla encore, puis plus rien. Aucun obus n’avait touché sa cible, à l’exception d’un schrapnel enfoncé dans le capot de la jeep, dont les vitres avaient explosées. Mais voilà que des deux côtés du rocher, des silhouettes s’était mis à apparaître. Rizwan ôta d’un coup sec la sécurité de son fusil, balaya les environs, se rendit compte que d’autres silhouettes s’avançaient dans leur dos. Il ne fallut pas plus de quelques seconde à Ishmaël pour comprendre qu’ils étaient encerclés. Le coyote, également allongé sur le sol, lui fit signe. Aucun moyen de savoir combien ils étaient, ni s’il fallait les laisser s’approcher.

Un objet en métal s’éleva du sol dans l’obscurité, avant de retomber avec un bruit mât sur le sol de la Mazuri. Cinq secondes de silence ; Une explosion. Confusion chez les assaillants, qui commence à tirer dans toutes les directions. Le coyote avait plaqué ses oreilles au sol pour ne pas avoir les tympans déchirés par cette pluie de plomb, pris immédiatement appui sur son coude, tira la culasse de son fusil et laissa parler le MO-47. Tirer et vite. L’épaule adossée contre la machine de mort, revenant par à coup le frapper à chaque chute de douille, à chaque retour de gaz, comme si elle était animé par sa propre rage. Des silhouettes se mirent à tomber sous les faisceaux des lampes des assaillants, lorsque ce n’était pas les lumières elles-même qui se mettaient à chuter.

Jeu de balles invisibles. La terre se recouvrait de ses créatures mortes, rejoignant celles qui y rampaient déjà pour leur vie. Une silhouette soudain, se souleva pour faire face, retourner la situation, l’arme dans les mains, se mit à tirer en tous sens. Une tornade d’impact, qui fit reculer, puis fuir, les trop rares soldats, voyant l’obscurité et son incertitude se retourner brusquement contre eux. La lycaon plongea à nouveau, la respiration saccadé et de la glace dans les veines, du sang sur les mains, remerciant tous les dieux qu’il ne s’agissait pas du sien. Visiblement les gars de l’arrière n’avait pas mis beaucoup de temps à se rendre compte de l’échec de l’embuscade. À ce stade, le silence aurait dû retomber sur la nuit. Mais ceux-là n’avaient rien de commun avec des pillards. Refusant de décrocher, les voilà envoyant une nouvelle salve d’obus. Un bruit de moteur. Ils levèrent la tête pour voir le camion en train de démarrer, le tatou à l’avant, leur faisant signe de monter. Sans plus attendre, ils se mirent à courir en sa direction, tandis que le camion prenait déjà de la vitesse. Soudain, le coyote songea aux affaires qui se trouvait à l’avant de la jeep, hésita une fraction de seconde et rebroussa chemin.

- QU’EST-CE QUE TU FOUS ?! cria une voix au loin.

Le bruit des freins du camion. Armadillio se retourna pour crier à la volée.

- ALLEZ-Y ! ACCÉLÉREZ !

- NON !

C’était la voix de Rizwan. Le lycaon se lança à sa poursuite. Pas le temps de lui expliquer. le trafiquant ouvrit la porte pour sauter sur le siège conducteur, et appuya directement sur la pédale de l'accélérateur, le véhicule étant resté à l’arrêt tout ce temps. Une rafale de balle venu de derrière les rochers s’abattit et traversa le coffre, explosant au passage le rétroviseur dans un déluge de bris de verre. Enfoncé le plus profondément dans le siège que possible, le coyote allumant les phares, lorsqu’il vit alors courir à ses côtés le lycaon. La vitre étant ouverte, le coyote tenta de lui hurler quelque chose, tout en essayant d’ouvrir la porte à l’arrière en se tordant le bras.

- JE T’AVAIS DIT DE…

Un coup de semonce. La jeep se pris l’obus en plein capot. La puissance du coup, conjugué à la vitesse qu’avait alors atteint le véhicule, le fit se retourner en avant. Le coyote s’accrocha instinctivement au volant, avant de heurter de plein fouet un plafond devenu sol. La jeep glissa quelques mètres dans la terre, avant de s’arrêter net.

***

Le coyote essuya le sang qui lui sortait du nez, avant de se dégager de la voiture en ouvrant la porte d’un coup de pied, évoluant le ventre au sol, son sac de diamant dans une main, le fusil dans une autre, son pistolet lui appuyant sur le ventre, enfoncé précédemment dans sa ceinture. De la fumée sortait de l’habitacle, et des cris dans son dos indiquait que d’autres assaillants s’apprêtait à venir les cueillir. Mais ce qui l’alertait le plus, c’était un cri de douleur, déchirant, presque animal, provenant d’en-dessous de la voiture. Le coyote se releva, vacillant, et détermina immédiatement l’origine du bruit. Il se saisit des épaules du lycaon pour le tirer vers lui. Ses hurlements augmentèrent. Le coyote avait sentit au premier contact la présence d’un liquide chaud, s’écoulant sur ses doigts, qu’il prenait pour de l’essence et qui rendait Rizwan difficile à saisir. Il s’essuya sur son pantalon comme il pu, nerveusement, avant de se rendre compte qu’il avait les chaussures en plein dedans.

Craignant de prendre feu, il alluma sa lampe-torche, avant d’être frappé en plein visage par la vision horrifique qui lui était donné de voir, sentant de la sueur froide couler dans sa nuque. Rizwan trempait dans son propre sang. Les yeux exorbités, il avait la peau du visage grêlé de bris de verre et de métal, probablement dû à l’obus, dont les dégâts s’étendaient jusque sur ses bras et épaules dénudés dans l’explosion. Mais ce qui inquiétait le plus le coyote, c’était l’état de la jambe droite du lycaon. Jusqu’au genoux, le capot replié, acéré de la jeep, avait arraché la peau protégeant ses muscles, allant jusqu’à dévoiler l’os au milieu des lambeaux de chaire qui évacuait des litres de sang à chaque instant. En tirant, le coyote vit que l’os de la rotule, saillant, s’était séparé d’un tibia en miette, que seul ce qu’il restait de tendon et de muscles retenait Rizwan coincé sous la jeep. Armadillio tourna la tête. Les silhouettes étaient réapparu, nombreuses, infinis, de l’autre côté du rocher. Il ne lui restait plus qu’à abandonner le lycaon à son triste sort. Mais bientôt, à son visage déformé par la douleur se superposa celui de sa soeur, Zulaika, puis celui d’un mort. le trafiquant cligna des yeux pour chasser Ignacio de sa mémoire, et sans réfléchir, glissa ces mots à l’oreille du lycaon, qui, hurlant, allait les livrer sur un plateau aux assoiffés de sang.

- Mords mon bras. MORDS MON PUTAIN DE BRAS.

Faisant une clé de bras au cou de Rizwan, le coyote lui flanqua, tel un bâillon, son bras entre ses crocs, plaçant l’autre sous son bras, avant de commencer à tirer. Le coyote pria de toute ses forces pour que la jambe cède, pris appui sur la voiture, sentant la chaire se distendre. Il tira, de plus en plus, les dents du lycaon se plantant dans sa chaire avec une pression infernale. Le sang commença à couler de son bras tandis qu’il tirait. Des bruits de tirs commencèrent à se faire entendre. Le camion avait disparu. Armadillio tourna la tête, pour constater que ses phares s’était éteint. Les coups de feu venaient de là-bas. Il pensait pouvoir les rattraper, c’était maintenant chose impossible, dans ce cauchemar où chaque seconde semblait durer une éternité. Il ferma les yeux sur la nuit d’un rouge pourpre, les dents serrés.

Tout à coup, il retomba en arrière. Rizwan n’avait plus de molet droit. Il s’était évanoui, la mâchoire coincée sur le bras du coyote. Celui-ci se mit à tirer le lycaon le plus vite possible en direction d’un groupe de rocher, éteignit sa lampe, afin de disparaître aux yeux de l’ennemi. Le coyote tira d’un coup sec pour dégager son bras, avant de soulever le lycaon pour poser son torse sur ses épaules, et se mit à courir aussi vite qu’il pu, sans savoir sur quoi il pouvait tomber. Une seule chose comptait à ses yeux : mettre une distance respectable entre les canons et lui. Il courut, soulevant de la poussière et du sable, à perdre haleine, Rizwan brinquebalant sur ses épaules. À bout de souffle, il ralentit, avant de trébucher sur quelque chose. Il tomba, le lycaon sur le dos. Ses côtes lui faisaient mal tant il avait courru. Il regarda le mercenaire. Dans sa fuite, il avait tenté de faire un noeud à la jambe de son jeans, mais le sang coulait toujours de la plaie béante. Il décida d’arracher un pan de son t-shirt pour tenter d’en faire un meilleur garrot, sans quoi, Rizwan risquait tout autant de mourir, les assaillants distancés.

Le genoux au sol, le coyote sortit son fusil, regarda les alentours, cherchant du regard le camion, ou même les mercenaires. Tout avait disparu, happé par l’obscurité de ce continent maudit. Il attendit quelques minutes avant d’allumer sa lampe torche. Alors, le faisceau lumineux rencontra une fine ligne tracé au sol. Le coyote n’en croyait pas ses yeux. Il s’agissait d’une ancienne voie de chemin de fer. Il repensa à ce qu’il avait trouvé, lors d’un voyage précédent. Peut-être que “la voie” était encore là, toute proche. Hors de question en tout cas d’attendre que le jour se lève en pleine Vallée des Mercenaires, seul et lesté d’un blessé. Le rail primitif disparaissait au loin : Elle semblait l’inviter à le suivre. Reprenant espoir, il remit Rizwan sur ses épaules et reprit sa course.

***

Yona Moonstone remis ses cheveux en arrière d’un geste doux.

- Tout à fait. Hum… De quoi parlions-nous déjà… dit-elle.

- Vous parliez d’amélioration des capacités productive, lui dit Mammon, jouant de la main avec son stylo.

- En bref, cette “amélioration” du citoyen pour laquelle milite l’Empire, c’est une augmentation, par des procédés technique, de ses capacités. Tout comme le savoir a été le pouvoir, cette “augmentation” ne saurait qu’augmenter encore davantage la liberté du citoyen. Le libérer des limitations de sa force, ainsi une personne d’un âge avancé ou handicapé ne serait pas soumise à des systèmes contraignant et abrutissant telle que la retraite ou les assurances-vie, continua Moonstone. Le libérer des limitations de son intelligence, ou plutôt de ses connaissances, permettant de ce fait aux citoyens de ne plus dépendre d’un système d’éducation hiérarchisé...

- Effectivement cela ouvre des possibilité, dit Mammon. Et cela pourrait mettre au rebus pas mal d’institution, notamment certaines coûtant cher à l’état...

- Il s’agit aussi de ça, même si l’Empire ne veut pas influencer sur la façon dont les états gèrent ce genre de contentieux, dit Moonstone. Et puis, le professeur que nous avons avec nous ce soir ne serait sans doute pas ravi de m’entendre dire qu’une université pourrait bientôt appartenir au passé. Il faut… respecter les intérêts de chacun, voilà pourquoi il faudrait qu’un système comme les Nations Unis ne puisse pas bénéficier tout de suite d’une technologie comme celle conçu par le génie d’Eggman. Imaginez, un instant, tous ces chamboulements sociaux

Batizta eut un petit rire sec. Un rire faux.

- Il ne faut pas avoir peur des réformes, dit Mammon en tapotant des doigts sur son guichet. Je veux dire, plus de progrès, ceux que vous nous avez cité, ce serait effectivement plus de liberté. On se souvient de la suppression des lois concernant la ségrégation au sein de l’armée des Nations Unis, et ce “plus” qui y a été apporté.

Bradford garda le silence, mais acquisa. Se surprit à ne pas communiquer quelques-uns de ses doutes. Il compris alors qu’il avait perdu le débat et de ce fait risquait sa place de représentant. Il serait sans doute promu à un nouveau poste au sein du conseil de sécurité - Le mieux était de rester coi, car s’il s’enfonçait encore, il risquait de perdre bien davantage.

- Le progrès n’attend qu’une chose, que vous veniez jusqu’à lui. Vous savez… commença Moonstone.

- Bon, vous avez terminé ? Au passage, merci de me rappeler mon rang de “Professeur d’université”, or ce n’est pas le sujet, mais alors pas du tout, dit Batizta d’un ton sec.

Le silence se fit à nouveau sur le plateau. Le renard semblait être dans une colère noire. Mammon tourna la tête, Bradford se contenta d’arranger ses papiers un oeil sur le chronomètre. Yona ouvrit la bouche avant de la refermer. Sans doute était-ce le moment pour le coup de grâce.

- Bien, maintenant que je puis à nouveau parler, je dois répondre sur plusieurs choses qui ont été dite. En premier lieu, un constat s’impose. La Robotisation en tant que telle EST inhumaine. Et je ne sais pas par quel biais malhonnête vous tentez de le cacher - vous en appeler à la liberté de décision des citoyens, ce qui est loin d’être vrai dans un Empire comme celui d’Eggman…

Yona Moonstone secoua la main.

- Je ne peux pas vous laisser dire ça, Monsieur Batizta, dit-elle. Je vous le dis, je passe régulièrement la frontière, les gens SONT libres. Je peux vous mettre en contact avec plusieurs personne prise au hasard sur place, toute vous diront la même chose, rien de bien difficile.

Batizta eut à nouveau un petit rire.

- En effet, ce n’est pas bien difficile, mademoiselle, qu’un citoyen soit d’accord avec vous, lorsqu’il a un canon sur sa tempe. Enfin, les sbires d’Eggman écoutent le contenu des liaisons, capte les messages émis sur les réseaux, vous êtes au courant, au moins ? À moins que vous ne mentiez à vue ?

- Nous nous éloignons du sujet, dit la présentatrice.

- NON ! dit Batizta. Bien au contraire, c’est le COEUR du sujet !

- Pourquoi prétendez-vous que je mens ? demanda Moonstone.

- Tout simplement parce que, de mon côté, du côté de l’université, des experts indépendants ont pu établir des liaisons, et notamment avec des Freedom Fighters. La Robotisation est utilisé comme une ARME, appuya Batizta, oui, absolument, passer dans ce machin et vous vous faites transformer en robot, cela équivaut non pas à une quelconque amélioration vers je ne sais quel “progrès” mais à la mort, ni plus ni moins.

- Mais enfin, dit Moonstone, vous dénigrez mes sources avant de mettre en avant les vôtres, comment les téléspectateurs sont sensé vous croire ? À ce stade c’est une parole contre une parole.

- Tout simplement parce que moi, Mademoiselle, je suis professeur. Ce sont mes connaissance que je met en avant. J’ai insisté pour passer à ce débat afin d’apporter une vision, une approche neutre, objective. Je ne suis pas un représentant à la botte d’une organisation, je suis indépendant, contrairement à vous, conclut Batizta.

- Vous faites erreur. répondit Yona. Au début de ce débat j’ai pourtant souligné que j’étais une représentante “indépendante”, aussi vous ne pourrez pas prétendre à agir plus en âme et conscience que moi-même. De plus, je rappelle que vous appartenez à une université, non pas en auto-financement, mais publique, payé par qui ?  Par l’État des Nations Unis, dont vous dépendez. En sommes je pense que vous êtes mal placé pour me parler “d’indépendance”, Monsieur Batizta.

Le renard secoua la tête, peu convaincu.

- Mais j’accepte l’idée que nous soyons à une voix contre une voix équivalente, dit Moonstone.

- C’est vous qui l’avait dit, répondit Batizta.

- Cependant, votre présentation de la situation est à la fois fausse ET caricaturale.

- C’est-à-dire ?

Il leva la tête.


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Thème d'Armadillio
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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Dim 17 Sep - 1:56

Le ciel avait déjà retrouvé sa teinte bleu claire. À nouveau, comme dans un cycle infernale, le soleil était revenu à sa place, poursuivant son éternel parcours. L’herbe haute, sèche et jaune, dissimulait le sol de la savane, qui avait progressivement remplacer le désert, sans pour autant rendre, pour deux Mobiens exténué et sans eau, la vie plus supportable. Non loin, à une dizaine de mètre de là, s’étendait une structure en bois. Celle-ci avait visiblement pour but de maintenir debout un tas de pierre difforme : Mais celui qui s’en approchait aurait pu voir just en-dessous, le trou béant, donnant sur des escaliers s’enfonçant dans le sol, protégé par des planches. Le coyote l’aperçu. Il vit aussi les deux gardes assis à l’ombre du monticule, armés de pistolet-mitrailleurs et de machettes. Il enleva son bras afin que les brins d’herbe le dissimulant reprennent leur position initiale, avant de ramper, lentement, avec infiniment de précaution jusqu’à sa position initiale. Il retrouva ici le lycaon. Pâle, malgré son museau brûlé par le soleil et la terre qui recouvrait son visage, il avait les yeux ouvert. En état de choc, il reconnu Armadillio lorsque celui-ci arriva, un doigt sur les lèvre, une volonté impérieuse de lui faire garder le silence, ou de le voir parler à mi-voix.

- Où on est ? Qu’est-ce qui se passe ? demanda-t-il d’une voix rauque.

- Toujours au même endroit, dit le coyote. On est pas très loin de là où je voulais aller.

- Où sont les autres ?... dit le lycaon en tournant la tête. Zulaika ?... Est-ce que Zulaika va bien ?

- Oh, très certainement mieux que nous en ce moment…

Le coyote, le front bouillant, avait la gorge sèche, les lèvres gercés. Un goût de terre refusait d’en partir, et il aurait été stupide de cracher.

- Où...?

- Où ils sont ? J’en sais foutre rien. Mais je sais où nous sommes, répondit le coyote en montrant du doigt le monticule. J’ai suivit l’ancienne voie de chemin de fer jusqu’à arriver ici.

Rizwan leva avec difficulté la tête.

- C’est quoi ce truc ?

- La sortie.

Le lycaon regarda avec inquiétude l’entrée du tunnel. Il semblait littéralement écrasé par la chaleur.

- De quoi ?

- C’est un tunnel, dit le coyote. Il passe sous la ligne de front. Sa principale qualité est de nous éloigner de l’épicentre. ça a été creusé par des soldats du khans il y a un bout de temps, mais pas d’inquiétude à avoir, dit-il, plus pour se rassurer lui-même que le lycaon à qui la seule perspective de mettre un pied là-dedans semblait lui faire pleinement reprendre conscience. De l’autre côté y a un petit village…

- ç… ça m’a l’air totalement foireux, ton t… tunnel. Qu’est-ce que des soldats du khans serait venu faire ic...ici ?

- Les réserves de MO-47. Celles qu’on a trouvé et dans lesquels on se sert n’ont pas été mis là par hasard. Elles ont été creusé par des agents dormant qui préparaient une invasion. Seulement, l’Empire coyote n’a pas tenu, résultat, il reste… Eh !

Le lycaon s’était retourné sur le ventre et commençait à ramper en s’éloignant du coyote.

- Je cherche de l’ombre, prétexta-t-il.

Il n’y avait pas un seul arbre à l’horizon. Le coyote se pressa pour le plaquer au sol.

- Laisse-moi je te dis, c’est hors de question que j’aille dans c-c-ce trou de merde, là !

- la’f’r’me !

La voix de Rizwan augmentant de plus en plus en volume, Armadillio sortit son couteau pour le mettre sous la gorge du lycaon. Les yeux jaunes du mercenaire se tournèrent lentement vers lui, sa main se leva pour saisir le trafiquant à la gorge, sans force.

- Je t’ai pas tiré de sous ma jeep pour que tu nous fasses tuer, dit le coyote dans un souffle.

- C’est mort, répondit le lycaon dans un murmure. De toute façon, c’est mort. T’as vu ma jambe ?

- Oh, mais j’ai déjà fait des kilomètres cette nuit avec ton poid mort, dit le coyote en toussant de rire. C’est pas les quelques mètres qui nous sépare de la sortie qui vont me faire peur. Ta soeur t’attend, tu veux que je lui dise quoi, que “ouais il était vivant mais finalement il a pas voulu venir” ?

Le lycaon laissa retomber sa tête sur le sol.

- Bon, puisque t-tout est foutu… Alors allons-y.

- Ok ?...

***

Le coyote roula sur le ventre, et pris une grande inspiration. Un des gardes, là-bas devant, un otocyon reconnaissable aux marques présente sur son museau et à ses grosses oreilles rondes, mastiquait un bout de bois. Le coyote était également munis d’une bonne ouïe, et il savait le danger que représentait des oreilles adverses affûtés. Il lui sembla un instant que le garde les avait entendu, malgré leur distance et les précaution prise par Armadillio. Leur salut n’était sans doute dû qu’au bruit des mouches et des moustiques, bourdonnant à la surface de l’herbe, au plus chaud de la journée. Le coyote tenta de se servir de ses oreilles, déployées bas, pour tenter d’évaluer la distance en fonction du bruit que faisait l’otocyon.

Il était regrettable que la nature ait doté certains Mobiens d’avantages tactique aussi évident dans la réalisation de l’art de guerre. La nature, pour peu qu’on puisse lui attribuer une volonté, aurait pu être taxé par les plus médisant, ou les moins scrupuleux, d’être injuste par essence. Et Gaïa sait depuis quand. Depuis que les Mobiens, pour des raisons mystérieuse, avait cessé d’être des “animaux” pour se dresser sur leurs pattes arrières, pour développer des pouces opposables, un cerveau développé, ils n’avaient cessé d’haranguer leur voisins pour leur simple existence. Y avait-il quelque chose en commun, liant tous ses êtres, les uns, les autres ? Pas même une couleur. Pas même une fourrure. Certains n’avaient même pas de jambes, pas d’écailles, pas d’ailes. Ceux qui avaient rapproché tous les Mobiens sous une même bannière était l’espèce humaine, qui l’avait baptisé et mis sous sa tutelle. Mais, techniquement, qu’est-ce qui pouvait bien séparer l’homme de ses comparses “sous-homme” si ce n’est des considérations historiquement méprisante ?
Race, Ethnie. Non, décidément, cette ligne, présente dans tout les système administratif de la planète, et en particulier au nord de celle-ci, ne disait rien si ce n’est ce qui ne serait jamais dit. Car en vérité, tout habitant de cette planète maudite était caractérisé par une poignée d’atome crochu, indépassable. L’agressivité. La Haine. L’appât du gain et l’égoïsme. Le besoin de respirer, le besoin d’oxygène, dissout dans l’air comme dans l’eau, une poignée d’inspiration et d’expiration avant le Vide. Le Vide...

Le coyote se leva d’un coup, sortit son pistolet, tenu d’une main ferme, aligna immédiatement l’otocyon dans la visée et tira. Le bruit de l’arme résonna dans le silence apparent de la savane, mais avant même que la douille ne touche le sol, avant même que le second garde ne lève son pistolet-mitrailleur, un deuxième coup parti. Les douilles tombèrent dans l’herbe. Les gardes n’étaient plus que des corps, affublé de trou dans la tête.

***

Armadillio se leva, et immédiatement, se saisit du bras de Rizwan pour le soulever sur ses épaules. Les deux gardes abattus n’étaient de loin pas seul dans le coin et le coyote avait eut le temps de le constater. Le dos douloureux, il dévala la petite pente menant à l’entrée du tunnel. Il lâcha Rizwan, et tenta de l’ouvrir d’un coup de pied, mais constata avec surprise que les planches étaient sacrément mieux fixé que toute celle croisée jusque là dans les bidonvilles.

- Attention ! Cria le lycaon juste à côté de lui.

Le coyote tourna la tête. Ce n’était pas un mercenaire, mais un camion qui se dirigeait droit vers eux, orné d’une tourelle de mitrailleuse. Armé ? Un claquement sec répondit à cette question. Avant qu’Armadillio ne put sortir son pistolet, Rizwan, le ventre au sol, se saisit de la MO qu’il portait depuis la nuit dernière, pour tirer une salve dans le pare-brise, le recouvrant de sang. Salve qui bava jusqu’à atteindre les pneus du véhicule, qui commença à modifier sa trajectoire. Le coyote, les oreilles bourdonnante, sauta pour finalement défoncer quelques-unes des planches, écartant les autres au plus vite. En exécutant un rapide virage, le camion perdit son artilleur, qui tomba au sol. Arrêté, des mercenaires commençait à en sortir. Rizwan n’en manqua pas un, le visage déformé par un rictus de douleur, le muscle du doigt bloqué sur la gâchette, arrosant le cerceuil en métal jusqu’à la dernière balle.

- VIENS ! dit le coyote en le tirant vers lui.

Sans patience et sans ménagement, il le balança dans les escaliers. le lycaon roula dans l’obscurité avec un cri. Le coyote leva la tête à temps pour voir le dernier mercenaire au visage ensanglanté, prendre place derrière la tourelle pour se mettre à tirer en tous sens. Armadillio sentit les bris de pierre et de bois projeté par les balles frappant le monticule au-dessus de sa tête, leva à nouveau son pistolet pour tirer sur l’artilleur, qui tomba à son tour dans le sable, probablement juste blessé. Il n’avait pas eut le temps de bien viser, des bout de bois lui pleuvant dessus, mais ce n’était pas là l’essentiel : Un autre véhicule du même acabit arrivait au loin, déployant un important nuage de poussière : Mais ce n’était pas ça qui l’avait fait sauter dans les escaliers rejoindre Rizwan. L’artilleur, en prenant sa rage comme seule visée, avait balayé le squelette de bois retenant les pierres formant l’ouverture du tunnel et cassé des traverses maintenant l’ensemble. Dans un craquement sinistre, tout était en train de s’effondrer. Avant même que les dernières balles ne viennent claquer contre la façade, la structure se replia sur elle-même en une tempête de copeaux, suivit bientôt de gros rochers, qui s’abattirent en plein milieu de l’entrée, faisant pour certaines irruption dans le couloir, pour en dévaler les marches dans un grondement insensé. En l’espace de quelques seconde, à peine, l’entrée avait été muré.

L’entrée du tunnel était maintenant scellé. Mais là seule chose qui préoccupait le coyote couvert d’echymose, c’était que lui et Rizwan furent dedans. Dans le noir le plus total, il s’essuya le visage, chercha à tâton ses affaires. Trouva son sac de diamant, dans lequel s’était mêlé des balles de neuf milimètre, ne trouva pas la lampe-torche. Il mit alors la main sur le sol humide, pour le longer. Il manqua de marcher sur Rizwan, qui signala sa présence en toussant. Il cherchait aussi ses affaires.

- Putain, de bordel, de… de… merde, dit-il en peinant à trouver les mots soulignant sa détresse.

- Bah, dit le coyote en longeant le mur. Au moins, on est arrivé dedans, non ? Je cherche cette foutue lampe... Ah, voilà.

Il se pencha pour ramasser l’objet cylindrique qu’il avait sentit en le touchant de son pied. Il tenta d’appuyer sur le bouton, qu’il ne trouva pas. À moins que l’objet n’ait plus de pile. Il commença à le dévisser, quand il entendit le lycaon parler à voix haute.

- Ah, putain, je l’ai, ta lampe.

- Quoi ?

Le lycaon appuya sur le bouton de la lampe-torche, et illumina le coyote. Aussitôt celui-ci arrêta son mouvement. Ce qu’il avait cru être une torche était un petit objet métallique au manche en bois, finit par une sorte de cloche en fer noir. Une grenade de la dernière guerre. Le coyote avala sa salive, et revissa illico le bouchon du dispositif. S’il avait fait l’erreur de tirer le bouchon, le supposé cache-pile de sa “lampe-torche”, ils seraient tout deux partis en miettes au bout de quelques secondes. Il partit mettre la grenade dans un coin éloigné de la pièce, d’une main tremblante. Rizwan l’avait regardé faire, les yeux ronds. Il lui donna la vraie lampe, dévoilant ses dents.

- ça part plutôt mal, dit-il avec un rire nerveux.

Armadillio se mit à rire aussi. Le bruit se répercutait étrangement sur les murs du couloirs. Enfin, le fou rire du lycaon se mu en une sorte de toux. En toussant, il se mit à cracher du liquide. Le faisceau de la lampe révéla qu’il s’agissait encore de sang. Le coyote inspecta Rizwan, constata qu’une balle l’avait atteint dans les côtes, touchant peut-être les poumons, qu’une autre s’était enfoncé dans son avant-bras. Il saignait abondamment. Il n’y avait plus rien pour faire un bandage. Armadillio jeta un oeil aux alentours, regarda le panneau, écrit en une langue inconnue, ornant un couloir creusé dans la pierre dont le bout disparaissait dans l’obscurité.

- Écoute. Il va falloir qu’on fasse vite. Met la main sur ton côté, et sur ton épaule pour éviter de perdre trop de sang.

- Quoi ?... J’ai été touché ? dit le lycaon avec étonnement. Mais j’ai rien entendu. J’ai rien sentit…

- On l’entend jamais, la balle qui nous touche, répondit Armadillio.

- Non mais… je veux dire… Coyote. Je sens toujours rien, dit-il, le regard vide.

Inquiétante réponse.

- On y va, répondit le coyote.

Il s’essuya le nez, mit le genoux à terre, pour porter le lycaon sur son dos, direction la sortie.

***

- Avez-vous déjà interrogé une personne entièrement robotisé, Mr. Batizta ?

- Non, pourquoi ?

Yona Moonstone frappa du plat de la main sur son guichet.

- Là est l’erreur !

- Non mais… À quoi cela servirait, au juste ? Une personne robotisé, je veux dire… Cela tombe sous le sens. Le gars n’est plus. Il n’est plus qu’un amas de pièces électronique, je ne vais quand même pas me mettre à demander ses impressions à… ce qui équivaut à une imprimante, ni plus ni moins. Ce que je veux dire, c’est que techniquement la personne n’a plus de volonté. Tout au mieux peut-on reconnaître la silhouette d’un cadavre qui marche. Un Robotisé n’est rien de plus.

Il haussa les épaules.

- Eggman peut être très fort, dans la création de robot censé lui obéir au doigt et à l’oeil. Mais n’est pas venu l’époque où un robot sans âme pourra agir de son plein gré. Car, en conservant la forme de l’individu tué, il ne sait pas, et ne saura jamais conserver ni sa conscience, ni son identité. Ses machines sont sans âmes.

Yona Moonstone se mit à rire. Batizta se demanda s’il s’agissait d’une preuve de faiblesse.

- C’est très intéressant, cette façon que vous avez, professeur, de vouloir ignorer un certain nombre de nuances, à quel point vous cherchez à distiller le doute, au mépris de l’ordre naturel des choses. Vous utilisez des termes comme “mort”, ou “cadavre”, qui, entre nous soit-dit, me semblent un peu abusifs. En effet, votre manière de penser ne peut qu’amener le génie Mobien à la ruine, non à se dépasser lui-même, dit-elle.

Batizta cligna des yeux. On cherchait à l’embrouiller. Moonstone cligna plusieurs fois des yeux.


- Voilà qui est absurde, dit-il Avez-vous la moindre idée de quoi nous parlons, avant de brandir l’argument de “l’ordre” ?

- Je pense que… commença Mammon, inaudible.

Plusieurs voix sur le plateau se mirent à parler en même temps, Batitza cherchant à répondre à nouveau, Mammon tentant de se faire entendre. Yona attendit un peu que la présentatrice demande le silence avant qu’elle ne puisse continuer, d’une voix calme.

- Depuis le début, nous en avons, moi et les autres invités, une idée très claire, oui : C’est vous qui cherchez à embrouiller le débat. Votre discours est creux et se fondent sur des idées malsaine et rétrogrades. Je vais vous le dire…Je...

- “Malsaine et rétrograde” ? Venez me parler de nuance, Mademoiselle Moonstone ! dit Batizta en riant.

- Et je pense que beaucoup de nos téléspectateurs partagent mon point de vue. Vous semblez obnubilé par le sort d’individu que vous ne cherchez pas à interroger, je veux parler des “Robotisés”. Ces gens sont parfaitement capable, comme vous et moi, de discuter, de partager leur point de vue. Et si la plupart gardent quelques séquelles de cette opération radicale qui est de les robotiser entièrement (ce qui est, encore une fois, un cas d’exception), ils nous remercient toujours d’avoir penser à leur intérêt en premier. Et… - laissez-moi parler, Monsieur Batizta - Alors que vous êtes obnubilé par ces personnes auxquelles vous ne donnez MÊME PAS la parole… Vous vous fichez bien de tous les soldats, de tous les civils qui ont perdu leur vie et qui continueront à mourir dans ce conflit vieux de plusieurs décennies, manipulé que vous êtes par vos “contacts” ces extrémistes que l’on nomme “Freedom Fighter”, qui ont tout intérêt à ce que la guerre continue entre les puissances.

La présentatrice, silhouette oubliée au fond de la salle, revint des coulisses, après avoir échangé quelques mots avec des collègues.

***

Quelle était la raison de l’existence de ce tunnel ? Personne ne le savait. L’ancien officier qui avait confié la carte des installation impériale coyote, lui-même, avait quelques doutes. De toute évidence, il s’agissait là d’une position fortifié, une sorte d’ancienne ligne de défense, de ravitaillement. Les coyotes n’aimaient pas construire pour durer : L’édifice était, à la connaissance de l’officier, unique au monde. De ce fait, son existence était globalement ignoré. Constitué en premier lieu d’un grand boyaux en pierre, un couloir, percé de nombreuse petites entrées, à droite comme à gauche. Le coyote, portant avec difficulté le lycaon dans ce petit espace, y jeta un oeil, afin de ne rater aucune voie. Mais la plupart du temps, son faisceau se déplaçait sur des pièces vides, qui se résumaient à des culs-de-sac. Une semblait contenir des étagères, peut-être des banquettes - difficile à dire vu l’état des lieux. Enfin, après une centaine de mètre, le couloir se terminait par une seconde ouverture, au-delà de laquelle avait été disposé un escalier en métal, débouchant sur une pièce plus large. Rizwan se mit à tousser.

- Tu as vu ça ? demanda le coyote.

Il éclaira le plafond, qui semblait s’être fendillé au fil du temps, pour laisser apparaître de nombreuses nervures. Du dessus provenaient des bruits sourds, qui faisait vibrer les fondations : Difficile de savoir s’il s’agissait d’explosion, ou juste de véhicule passant bien au-dessus. À chaque vibration, de la poussière tombait sur le sol, ce qui expliquait la couche de sable s’étant accumulé dans la grande pièce. Voyant s’ajouter au gris et brun des touches légère, mais bien présente, d’un liquide rouge foncé, le coyote ne s’attarda pas davantage, balaya rapidement la pièce pour en trouver la sortie. Le lycaon toussait.

Un autre escaliers en fin de parcours. Le chemin semblait encore s’enfoncer plus profondément sous terre. La même pièce encore, semblable à un entrepôt. Le coyote en avait déjà traversé une dizaine, et il n’en voyait pas le bout. Sa gorge lui faisait mal. Chaque pas les enfonçaient toujours plus loin dans ce tunnel, et l’air commençait à se faire rare. Le coyote ne craignait pas la claustrophobie - en revanche, l’état de plus en plus délabré du plafond et du sol lui faisait soucis : Auraient-ils la malchance assez extraordinaire de le voir s’effondrer sur eux ? Et si le tunnel se terminait sur un cul-de-sac, que faire ? Il s’essuya le front de sa main libre. Le sol commençait à changer de nature. Le bruit de ses pas sur le béton fait de main Mobienne s’estompa pour s’échanger contre celui de la terre battue. Les murs n’était plus fait de piliers mais, bientôt, uniquement de renforcement en bois. Les coyotes à la base de cette construction ne l’avait visiblement pas terminé. À moins qu’il ne s’agisse de la volonté des bâtisseurs. Le coyote éclaira, dans une interstice, un paquet d’ossement avachis en avant, bien trop gros pour être ceux d’un Mobien : Ils devaient appartenir à un cheval, la tête dans une auge en métal fixé au mur. Le coyote le regarda. Mort ici ? Depuis combien de temps, à cause de quoi ? Il-

Les aboiements le surprirent, au point de manquer de le faire tomber.

- Oh merde, c’est quoi ça ? demanda le lycaon.

- Un clebs, répondit le coyote en se raclant la gorge.

Il releva sa lampe pour éclairer son auteur. La lumière réfléchi dans les yeux injecté de sang d’un chien famélique. Le canidé aboyait, en rage, devant les deux Mobiens, ses dents découvertes. Rizwan se remit à tousser. Armadillio vit que le chien, retourné à l’état sauvage, n’avait aucune intention de les laisser passer.

- Barre-toi ! Allez ! dit le coyote en agitant son pied.

Mais le charognard avait sentit l’odeur du sang. Il sautait, d’avant en arrière, cherchant un angle d’attaque. Le coyote sentit la main du lycaon prendre le pistolet à sa taille, avant de le lever pour tirer dans le plafond. À ce puissant claquement, qui résonna dans le tunnel dans une bourrasque à s’en exploser les tympans, le chien se tut avant de reculer, lentement, pour disparaître dans la pénombre. Seuls ses grognements restaient encore audible.

- Bonne idée, dit le coyote en soufflant du nez pour se déboucher les oreilles. Garde-le à l’oeil.

Rizwan se retenait de tousser.

- Tu crois qu’il y a de l’eau, là-dessous ? demanda le lycaon d’une voix éteinte.

- Pourquoi ?

- Tu entends pas comme un bruit de canalisation, là au-dessus ?

Le trafiquant prêta l’oreille. On pouvait entendre, effectivement, comme un fourmillement lointain. L’espoir de trouver de l’eau réanima la flamme de sa volonté, la soif d’arriver à l’autre bout de ce maudit tunnel. Il n’avait rien bu depuis longtemps, et si à force cela pouvait peser sur son état de santé, cela ne faisait qu’aggraver l’état du lycaon. Il passa une autre porte sans gonds.

Quelle ne fut pas sa surprise d’en découvrir la vraie nature. Ce n’était pas les tuyaux, qui parcourait le plafond, ni les murs de la vaste cellule tapissé de terre, mais bien des insectes. Des araignées sur leur longues pattes velues se pressait pour monter les façades, à la suite de vers, de mille-pattes, et de centaines d’autres bêtes grouillante, sur lequel semblait presque reposer ce terrier infâme, fuyant devant leur venu. Le coyote rit nerveusement.

- Ce n’est pas vraiment de l’eau. Mais... Si jamais tu veux une portion de protéine, tu peux toujours tendre la main.

- Saloperie...

Le lycaon tendit la main, pour saisir, puis écraser entre ses doigts le premier insecte venu sous sa paume. Un filet jaunâtre s’en écoula.
Un temps infini sembla s’écouler encore avant que le coyote ne croise, dans ces vastes galleries, à proximité d’une grosse termitière, un monticule formé de sac de sables. Dans cette catacombe, dans laquelle avait été disposé des crânes, le coyote vit alors un renforcement dans la façade, et éclaira le tout. Un large objet en métal pourvu d’une difformité cylindrique semblant leur montrer le chemin. Le coyote cligna des yeux, avant de secouer la tête. Sa vision semblait se brouiller, et la piste s’allonger.

- Un char. Ces cons ont fait rentrer là-dedans un char, dit-il pour lui-même.

Rizwan ne répondit rien. Le char, enterré jusqu’à la tourelle, faisait office de position renforcée. Mais dans un tunnel, cela ne semblait pas faire de sens : Une seule explication était alors possible, et cela expliquait les raisons des changements au sein de ce long couloir : Ce n’était pas un tunnel. Du moins, cela n’avait pas été prévu comme en étant un. Des douilles vide brillaient sur le sol, à côté d’ancienne barrière de barbelés, prévu pour défendre des cul-de-sac. De toute évidence, il s’agissait d’un ancien champ de bataille, enterré là, sous la Vallée. Probablement s’agissait-il là de prolonger la construction après une attaque adverse. Le coyote entendit le pistolet tomber par terre.

- Rizwan ?

Au loin, même les vibrations du champs de batailles avait cessé de se faire entendre.

- Rizwan ?...

Une quinte de toux résonna dans la pièce.

- Bon, on va vite sortir de là, dit Armadillio en se penchant pour ramasser l’arme.

Le dos douloureux, il pressa le pas. La pièce donnait sur une pente raide, sur laquelle le coyote se retrouvait obligé de monter presque à quattre patte pour ne pas glisser. Arriver à son sommet, le couloir prenait l’allure d’une grotte naturelle, au bout de laquelle se trouvait, tout petit et pourtant bien présent, un filet de lumière entouré de planches.

***

Moonstone semblait à présent animé d’une flamme, qui faisait briller ses yeux couleur de lune. Mais on ne faisait pas changer le professeur d’avis facilement.

- Ah, mademoiselle la représentante serait donc devenu une colombe de la paix agissant pour le bien commun ? Est-ce une blague, dois-je rire ? demanda-t-il, appuyé sur son guichet. J’attend encore votre réquisitoire sur la “malsanité et l’aspect rétrograde” des faits que j’ai exposé.

- Déjà, pour commencer, dit-elle. Vous avez dit, ceci, et je l’ai noté : “La Robotisation en tant que telle est inhumaine”. En d’autre terme, vous me dites qu’il s’agit d’un comportement indigne de l’humain, mais pas du Mobien ?

- Pardon ?

- “Inhumaine”, c’est ce que vous avez dit.

- Eh bien oui, mais… hem…

Le renard se gratta la truffe. Il devait répondre vite.

- Eh bien, dit le Mobien, C’est le terme utilisé générallement pour qualifier un traitement dont nous ne voulons pas faire l’objet, rapport au fait qu’il est jugé, par nos valeurs, comme cruel, comme… comme...

- Comme “inhumain”, finit Moonstone. Or, vous utilisez ce terme sans pour autant être un humain. Ce terme selon moi est pétri d’une ségrégation langagière malsaine. Car si vous n’êtes pas un humain, ceux qui dirigent l’université le sont. En bref, la façon dont vous présenter les choses suffit à elle seule à déterminer le biais dont vous souffrez. Or les mots, cela compte.



***

Le coyote dégagea les morceaux de bois vermoulu, avant d’arracher les toiles d’araignée qui recouvraient la sortie. Il s’essuya le visage, avant de respirer un grand coup. Ils étaient sortis d’affaire. Le coyote posa Rizwan par terre, le toisa avec inquiétude. Depuis que le lycaon avait fait tomber le pistolet, il ne toussait plus. Du sang avait coulé sa bouche, tout le long de son torse, se confondant avec les filets sortant de son épaule et de son côté. La tête d’Armadillio commençait sérieusement à lui tourner. Il agita le lycaon.

- Rizwan…

Il le gifla dans l’espoir de le ranimer. Pas de réaction.

- Attends… Je-je vais te chercher de l’eau… Ils en ont sans doute, là-bas...

Non loin d’ici, s’élevait la silhouette des huttes du village placé non loin de la sortie du tunnel. Le coyote pris une inspiration, monta le long d’une petite crête en tentant de garder l’équilibre. Maintenant que la tension qu’il ressentait s’était relâché, il réalisait à quel point ce parcours sans fin l’avait affaibli. Il trébucha sur une pierre et tomba sur le sol, avant de glisser en bas de la pente. Il jura, avant de se remettre à monter avec précaution. Il agrippait chaque poignée de sable l’une après l’autre. Il se hissa sur ses bras, pour se remettre debout.

Le village semblait tellement loin.

Ayant du mal à aligner un pied devant l’autre, il décida de s’asseoir un instant. Rizwan le pressait de faire vite. C’est alors qu’en regardant attentivement le sol, il y vit apparaître des taches. Il cligna des yeux, le regard posé sur la crête, sur laquelle semblait jouer des taches violettes, pourpre. Fasciné par ce spectacle, il resta prostré un moment. Puis brusquement, se rendit compte qu’il était resté assis jusqu’à ce que ses jambes s’enfonce dans le sable. Il se releva, s’épousseta sans savoir combien de temps été passé.

Il descendit la crête pour arriver sur une sorte de plateau. Une centaine de mètre plus loin, les huttes. Il marcha, continuant d’avancer quoiqu’il arrive. Il pouvait déjà presque en voir les habitants. Il appela. Pas de réponse. Ils ne l’entendaient sans doute pas, d’ici. Il avait lâché la MO-47 qui pendait à son épaule. Peut-être était-ce le sable qui dégageait cette odeur rance. Le poids de son jeans et de son pistolet semblait vouloir le plaquer au sol : Il soulevait des paquets de plus en plus conséquents de poussière à chaque pas. Le regard flou, il vit alors la silhouette d’une belle Mobienne, une chacale portant un pagne à quelques dizaine de mètre, une cruche sur la tête, l’air brave malgré sa maigreur. Il lui fit de grands signes.

- Eh ! À l’aide ! dit-il de toute la force de ses poumons.

Il ferma la bouche en constatant qu’elle s’était retourné sans même lui prêter attention, disparaissant derrière les murs des huttes. Était-elle sourde ? Le coyote s’époumona encore, puis décida finalement de parvenir jusqu’au village avant d’en avoir le coeur net. Il arriva près d’une hutte, qui, dressé entre le soleil et la terre, projetait un peu d’ombre sur le sol. Il décida de s’asseoir là. La fraîcheur dégagé par cette ombre semblait être comme un bain d’eau glacé. Il soupira, grelottant. C’est alors qu’il vit la villageoise revenir. Il tourna la tête, et la regarda fixement. À sa vue, son coeur s’était presque arrêté de battre.

- ...

De loin, il avait pu constater qu’elle était mince. Sa maigreur, vu de près, portait, encore davantage, un caractère exceptionnel. Comme si sa peau s’était raffermie au point d’en révéler les os. Oui, pas de doute, il n’y avait plus un morceau de chaire sur cette personne. Il s’essuya les yeux. La villageoise, sourde et aveugle à ses appels à l’aide, lui donnait l’impression dérangeante de ne pas être exactement ce qu’il préconisait. Il se leva, et s’approcha, la suivit en tremblant. Constatant à chaque mouvement à quel point elle ressemblait à un squelette, voir pire, un assemblage de bâton mouvant qui n’avait rien de vivant. Le soleil avait dû lui tapper sur le crâne. Il hallucinait, à moins qu’il ne soit au beau milieu d’un cauchemar. La chose s’articula avec des grincements, avant de s’approcher d’un trou dans le sol entouré de pierre : Ce qui semblait être un puit. Elle trempa dedans sa cruche, pour en retirer le contenu. Le coyote hésita, montra du doigt le puit.

- Il y a de l’eau, là-dedans ?

Il s’avança pour se pencher au-dessus, la tête en feu. Le puit était sec. Mais la chose semblait s’en contenter. Elle s’éloigna pour en verser le contenu, invisible, dans un seau. Armadillio la regarda faire, avala le peu de salive qui lui restait, avant de s’avancer vers le regroupement de hutte. Déjà, elle repartait pour remplir à nouveau la cruche. Il regarda dans le seau en plastique. Il était tout aussi vide. Comme une machine, la chose recommençait, avec les même mouvements, pour le même but tout aussi inexistant, le même cirque. Le coyote, le coeur battant, compris qu’il n’en obtiendrait rien. Il marcha jusqu’à l’entrée fermée d’une des huttes, fut surpris de se prendre dans une toile d’araignée - Personne n’avait dû passer le pas de la porte depuis longtemps. Après quelques hésitation, il poussa la planche en bois, qui se contenta de tomber en avant dans un nuage de poussière, désolidarisé de ses gonds. Il fit quelques gestes pour la dissiper. Par terre, dans la lumière diffusé par la porte, se tenait ce qui ressemblait à une famille. Bizarrement, ils présentaient tous, autant les deux plus grands, que leurs petits, la même apparence qui l’avait pétrifié à la vue de la villageoise à la cruche. C’étaient des assemblage de bâtons, qui grinçait. L’un d’eux posait et reposait le même plat. L’autre arrangeait encore et encore la nappe, tandis que les petits restait assis, avant de se relever pour donner l’impression futile de gambader. Le coyote se laissa tomber sur le pas de la porte, reprenant ses esprits.

Oui, pas de doute : Il ne s’agissait pas de Mobien, mais d’appareils. Des foutus machines, qui, sertit de fils électriques et d’un semblant de visage aux traits presque totalement effacés par la rouille, imitaient l’action de Mobiens, d’êtres vivants. La raison de leur présence ou même de leur existence avait effleuré l’esprit embrouillé du coyote, mais nettement moins qu’un sentiment dérangeant, qui ne voulait pas le quitter, et qui continuait de le faire trembler de façon incontrôlable. Pourquoi leur avoir attribué autant de vie ? Pour une raison qu’il ignorait, leurs mouvements avaient, malgré leur répétitivité, quelque chose de véritable. Il lui suffisait de les quitter des yeux, de les voir du coin de l’oeil. L’impression d’être alors entouré de vrai personnes était alors saisissante. Dans le doute, il poussa la chose portant dans ses mains un plat. Elle se renversa sur le côté, fit comme si elle allait poser le contenu de ses mains en métal sur une étagère, avant de laisser retomber par terre la viande pourrie, sèche, qui y était disposé.

Le coyote se leva, le pas chancelant, se dirigea vers les autres huttes. Il ouvrit la pluparts des portes, dans l’espoir de trouver de quoi boire, une aide, quelqu’un pour lui expliquer le sens de ce qu’il avait devant les yeux. Mais rien de tout cela. Rien qu’une infinité de scènes de vie reproduite à l’aide de mécaniques mortes, au milieu d’objet en état de décomposition avancé. Il se protégea le visage en voyant une bonne centaine de mouche se ruer au dehors d’une des cases, resta appuyé contre le mur, découragé, crachant sur le sol. Voyant les traits de sa vision chanceler, il n’eut pas la patience d’aller voir toutes les huttes. Et pourtant. S’il en avait eut le courage, il aurait entré dans celle tout au bout du village, sombre et sans fenêtre. Il aurait pu voir l’une de ces machines sans vie, à genoux, le visage dans les mains, face aux pendentifs et aux signes distinctifs appartenant aux divinités protectrice des lieux.

Le coyote, perdu dans ses pensées, manqua de rentrer de plein fouet dans la villageoise à la cruche. Il la poussa sans ménagement. Elle tomba sur le côté, la cruche se cassant au contact du sol. Il vit alors la chaînette suspendu au-dessus du puit. À bout de force, il la tira vers le eau, constata qu’elle était lourde, accroché à son extrêmité par un seau. Il le hissa lentement hors du puit.

- C’est pas vrai… De l’eau.

Oui, s’il n’avait était aussi assomé par les rayons du soleil et par le manque d’eau, il aurait tout de suite vu que le tas de terre sombre contenu dans le seau ne contenait pas une goutte d’eau, pas même un semblant d’humidité. Il n’aurait pas arraché le seau pour accourir avec, hors de ce village, il n’aurait pas dévalé la crête pour aller retrouver Rizwan, allongé à côté de la sortie du tunnel, le regard vitreux. Il n’aurait pas tenter d’étaler la boue sur le visage du lycaon. Il n’aurait pas hurlé. Peut-être même aurait-il compris que le frère de Zulaika était mort avant même d’avoir vu le bout du tunnel. Il aurait compris que ce village de squelette en ferraille était bien présent sur la carte que cette même Zulaika lui avait montré, qu’il se trouvait sous l’une des taches noires dessiné au feutre.

“Les Éternels”.

Il n’aurait pas hurlé, sachant alors que le destin de Rizwan était infiniment plus souhaitable que celui qu’avait connu les êtres peuplant ce village, tués sans jamais personne pour les enterrer. Que la mort avait été leur destin commun, malgré les mensonges qu’affichait leur semblant de vie. Il aurait reconsidéré ses responsabilités, jeté un regard, un dernier en direction du tunnel passant sous la Vallée des Mercenaires.Qu’est-ce que la mort quand l’être ne demande qu’à voir la lumière au bout tunnel ? Il se serait souvenu de son fusil, tombé dans le sable non loin du village. La lumière au bout du tunnel. Et si ce tunnel était le canon d’une MO-47 ?

Le coyote tomba sur le sol à côté du lycaon. Oui, s’il n’avait pas été aussi proche de la mort lui-même, il aurait été voir la hutte au bout du village. Il y aurait vu le prêtre, prostré à jamais devant le masque de ses ancêtres. Le masque de ses ancêtres ? Non. Celui-ci avait été remplacé par un casque - un casque en forme de coquille de noix, percé sur les côtés de deux fentes à l’expression cruelle. Un masque de terreur ? Non. Sur le mur de cette case, caché aux yeux de tous, était placé le visage inexpressif d’un robot.


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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Jeu 21 Sep - 23:58


Moonstone se tenait droite derrière son guichet.

- Voilà pourquoi je vous conseille de faire preuve d’un peu d’autocritique, avant d’apporter votre bonne parole relativiste. C’est mon avis, mais ce concept d’humanité, tout comme ce concept d’âme, me semble particulièrement fumeux, voir rétrogrades. Or vous l’avez dit vous-même, nous ne sommes pas ici pour parler de croyance, mais de faits. Et dans les faits, rien ne prouve que cette âme ait jamais existé. Elle a toujours été un terme utilisé par des religieux, pour ne pas dire par des allumés…

- Vous me traitez d’allumé ? demanda Batizta en levant un sourcil.

Moonstone agita les mains. Et se repris.

- Non ! Pas vous : Je ne voulais pas que vous vous sentiez visé, je parlais d’un cas général. En général dans les sociétés ce genre d’éléments, des religieux, ont toujours existé. il y a des siècles, tout comme aujourd’hui. Or si ces prêcheurs d’aventures et d’apocalypse ont vécu en marge de la société, ils n’étaient que des produits de la société… Ils… Ils n’ont jamais servit dans son avancé vers le progrès, ou alors de manière minime. Des points de détails, dans un monde d’idée n’ayant jamais rencontré de réalité pratique, hasarda la représentante.

- Mais Mobius dans son ensemble n’est PAS un point de détail !

La présentatrice revint vers le centre de la scène.

- Il est tard : L’émission va bientôt se terminer - Batizta, Moonstone, il va bientôt falloir conclure.

***

Un flot d’eau s’écoula sur le visage du coyote. Il ouvrit les yeux. Au-dessus de lui, des silhouettes de Mobiens.

- ça va, mon gars ?

- Z..wa… annôna le coyote.

Le coyote cligna des yeux, s’essuya le visage avant de prendre appui sur son coude.

- ça a l’air d’aller, en tout cas moins pire que ce qu’on pensait. Par contre, on peut pas en dire autant de ton pote le lycaon.

Le trafiquant jeta un oeil aux alentours, sentit le sable sous son coude, vit que le soleil était en train de finir sa course. Il se souvint alors de ce qu’il avait vu. La silhouette lui tendit une bouteille en plastique presque vide. Il dévissa le bouchon et en bu le contenu. Il jeta un oeil à ses côtés. Le corps de Rizwan était recouvert d’un morceau de toile de tente. C’était donc vrai : Il était mort. Il secoua la tête avec dépit. Puis aussitôt, il pensa au reste de son équipe. Où étaient-ils ?

- Tu me reconnais ?

Le coyote replia ses jambes, tenta de se lever. Mais il se sentait faible, d’autant plus que l’un des Mobiens appuyait sur son épaule.

- Doucement, Kwarno. Tu me reconnais ?...

Le coyote leva les yeux, et pu voir la silhouette massive, les longues oreilles et le regard fatigué d’un éléphant. Oui, il le reconnaissait.

- Gakumba… Qu… Qu’est-ce que tu fous là ?

- Je pourrais te poser la même question, dit l’éléphant en haussant les sourcils.

Ami de longue date et proche collaborateur, Gakumba était celui qui l’avait mis, à l’époque, en contact avec le Général Impethu. C’était un receleur ; Aussi, le coyote était surpris de le voir habillé de pied en cap d’une tenue arborant les couleurs militaire. Deux autres Mobiens étaient avec lui, un fenec et un jeune lion inconnus au bataillon.

- Qui sont ces gens ? dit le coyote en mettant la main au-dessus de ses yeux pour les protéger du soleil.

- Eux ? Ils sont avec moi. On va libérer Amanga. Tu viendrais te joindre...

- Amanga ?

- Oui, dit Gakumba. Les ordres ont été donné hier soir par Hamifa.

Le coyote s’assit sur le sol.

- “Hamifa” ? Abu Hamifa ?

- Tu le connais ? demanda l’éléphant en souriant.

Armadillio lui fit signe de s’approcher, puis le saisit par le col pour lui parler de plus près.

- Gak, je lui ai parlé, à Hamifa. Il a projeté de me tuer.

- Te tuer ?... Pourquoi…?

Il serra encore davantage sa main sur son col.

- Rapport au fait que j’ai vendu des armes à un Général qu’il tient pour son principal adversaire. Je peux pas venir avec vous.

Il secoua la tête et lâcha Gakumba.


- Ah ? Hum…

L’éléphant le regarda, réfléchissant rapidement.

- Tu es armé, au moins ?

- J’ai mon pistolet, dit le coyote, et… J’avais mon fusil, mais il a dû tomber quand je suis passé de l’autre côté de la crête.

- Eh, vous deux, demanda-t-il aux soldats l’accompagnant, vous avez entendu ? Allez voir si vous le trouvez.

Il se pencha, avant d’asseoir son énorme derrière sur le sable.

- Tu as vu, là-bas ? Demanda-t-il au coyote en désignant la crête.

- Quoi ?

- Les robotisés. J’étais venu voir, à l’époque, avec Hamifa lui-même.

- Des créatures éternelles… dit le coyote. C’était donc à cela qu’il faisait référence.

- Dès ce moment, il n’a pas cessé de rechercher Ezembi.

- Ah ?

Le coyote ne voyait pas bien le lien entre les deux idées.

- Comment tu appelles ça ? Des “robotisés” ? dit le coyote en entendant ce terme curieux.

- C’est une histoire un peu compliqué, dis-moi, déjà, ce que tu es venu faire dans un tel coin, tout seul, avec un blessé grave ? insista l’éléphant.

Le coyote lui raconta le contrat passé avec Impethu M’baba, le souhait du Général d’obtenir la main du roi fou. Il décrit brièvement l’état du royaume de ce dernier, sa rencontre avec le chef de guerre encagoulé, puis l’attaque, et enfin, la fuite de la Vallée des Mercenaires.

- Ce tunnel, dit l’éléphant en montrant l’entrée du boyau, a servi en partie aux troupes d’Ezembi de cache. T’as eut de la chance de pas les y trouver, coyote.

L’éléphant hocha de la tête plusieurs fois, le regard dans le vide, avant d’expliquer lui-même la raison de sa présence ici.

- Tu te souviens, j’ai de la famille dans le sud de la Mazuri. Enfin, j’avais, dit Gakumba avec un soupir. Et… Je les ait pas trouvé, y restait plus ni village, ni rien…

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

- Je le sais toujours pas. Dans ce même endroit, j’ai rencontré des mecs qui m’ont amené dans un campement en plein désert, d’ailleurs c’est là que j’ai rencontré Abu Hamifa.

- Je pense connaître la suite, dit le coyote, qui avait eut le temps d’apprécier l’aptitude du chef encagoulé à convaincre par le verbe.


- Il me l’a dit, qu’il pensait que c’est Ezembi ou une tribu à ses ordres qui a dû détruire N’kulungu, et m’a proposé de le rejoindre. Alors j’y suis allé. Il avait des bons arguments. Ce mec a des bonnes idées, c’est indéniable.

Le coyote haussa des épaules.

- Mais…?

- Mais si je l’ai rejoint c’est parce que le solde qu’il propose est acceptable pour ses combattants. Je pense pas que les aider m’aiderait à retrouver ma famille, mais en attendant que j’obtienne des réponses des autorités régionale où se trouvait N’kulungu, il faut bien que je mange.

- Hmm... Mais… Du coup ?

- Du coup ?

- Qu’est-ce qui vous prend d’aller attaquer Amanga ?

- Je t’explique. Hamifa a choisi la nuit dernière pour sauter sur les troupes d’Ezembi, qui étaient revenu pour tenter de reprendre leur capitale.

- Ah… Donc c’était les troupes d’Ezembi qui ont attaqué notre convoi...

Le coyote repensa à ces grands bâtiment noirci et vide de vie. Un détail lui revint alors en mémoire, sans qu’il le veuille. Un mannequin en bout de bois, dans le couloir du palais. Un épouvantail aux longues articulations de bois, dépourvu de matière. Des hommes-bâtons… Il balaya du regard les environs, et repensa au villages de l’autre côté de la crête.

- Gakumba ? Ezembi… Il a un lien avec les robots, là-bas ?

- Hamifa te l’a peut-être pas dit : Mais en gros, le roi a collaboré avec l’Empire Eggman, et certains de ses agents.

Le coyote haussa les sourcils.

- Non ! Il ne me l’a pas dit, dit-il en se levant puis en s’époussetant. Mais je comprend maintenant pourquoi Astérion voulait sa peau.

- Qui est Astérion ? demanda l’éléphant en faisant un signe de main au fennec, qui tenait haut au-dessus de sa tête la MO-47 retrouvée.

- Chef, intervint le jeune lion. Il faudrait peut-être qu’on y aille. J’ai reçu un appel : Les troupes approchent d’Amanga.

- Ok. Kwarno, faisons comme ça : On peut te rapprocher de la ville, si tu veux… Histoire de pas te laisser au beau milieu d’un désert, déjà…

Le coyote s’était arrêté de parler. Le fait qu’Impethu se fasse attaquer le laissait globalement indifférent au vue des ennuis que ce dernier lui avait attiré. En revanche… Il restait, à l’intérieur-même du palais, la dernière personne qu’il aurait y voulu voir périr. PV4. Otage par sa faute. Il adressa un dernier regard à Rizwan, mêlé à la pensée confuse mais prégnante que toute cette sinistre affaire était de son fait. Il décida d’ignorer, pour l’instant, ce sentiment. Il le connaissait encore mal, à l’époque.

***

Le renard n’y pris guère attention, et se mit à déblatterer à toute allure.

- Mobius n’est pas un point de détail : Vous-même, tous, sur ce plateau, vous parler en “âme et conscience” c’est ce que vous me dites, et je vous répond : en “âme et conscience de représentant”. Vous avez utilisé ce terme bien avant moi pour parler de libre-arbitre.

Batizta remis ses lunettes en place.

- Vous pensez avant tout à cet abstrait “progrès”, qui n’a rien de réel puisque vous l’avez vous même défini - et vous passez aussi rapidement à la trappe tout élément qui ne touche pas au domaine économique : La soit-disant liberté des citoyens de l’Empire, la soit-disant liberté de ses cadavres en mouvement que sont les “Robotisés”, le soit-disant progrès de l’économie.

Il repris son souffle.

- Or l’économie a succédé Mobius et non l’inverse : Le progrès ne s’est pas construit à partir de décision et de beaux rêves bleus, mais bien par des nécessités, par des mouvements au sein de la population-même.

Les invités commençaient déjà à ranger leur documents.

- Le Progrès tel que vous nous le proposez, c’est un progrès décidé par des élites, économique et politique, quel que soit leur nom. Et pour lequel encore une fois plein d’élément passent à la trappe, comme le respect du peuple qui va le fabriquer, cette avenir, comme le respect d’un environnement de plus en plus souillés par ces grandes villes, soit-disant issues du “progrès”. Tu parles ! Progression dans les marges de productivité, progression vers notre propre Enfer.

- Enfer et paradis, dit Yona Moonstone en reboutonnant son costume. Encore des termes religieux, Mr. Batizta. On ne peut décidement pas parler avec vous.

Mr.Mammon se mit à rire.

- Et concernant la Paix, alors ? ajouta-t-il.

- Hors de question de tomber dans le panneau. L’Empire, même drapé de mensonge qui le rendrait parfait, reste un Empire, donc à volonté expansionniste, et là même Eggman ne saurait me contredire là-dessus, dit le renard.

- N’importe quoi. Que ne serait-on pas près à dire pour défendre son point de vue, dit Yona Moonstone en riant.

Le renard secoua la tête. Plus personne n’écoutait. Il resta un moment, le regard dans le vide, avant de réaliser que les caméras ne filmaient plus, et ramassa son sac sous le guichet.

La partie avait été perdu. Peut-être n’était-il pas intervenu assez vite. Mais au-delà de sa prestation, d’autres problèmes étaient venu s’ajouter. N’était-ce qu’une impression ? Que ce soit ces temps de paroles totalement fou ou cette malchance incroyable d’être tombé sur un micro inutilisable, il en venait à se demander pourquoi il avait dû souffrir d’une telle malchance. Il se sentait meurtri, et n’avait pas su défendre les principes qui l’avaient pourtant amené sur ce plateau. Il pourrait toujours rédiger sur son blog un message revanchard, avant d’être classé dans les mauvais joueurs, à tendance paranoïaques.
Le plus dommage à ses yeux étant que ce triste spectacle ait eut lieu devant tous ces téléspectateur. Par aucun moyen il ne pourrait défendre à nouveau son point de vue devant autant de personne.

- Ce sera le mot de la fin, dit la présentatrice. Merci à tous les intervenants pour ce débat animé - vous avez été nombreux ce soir à nous suivre jusqu’au bout et nous vous remercions pour votre fidélité. Ce soir, ne manquez pas l’émission météo qui suivra après une page de publicité.

***

La voiture d’avant-guerre dans laquelle s’entassaient le receleur et ses deux soldats semblait encore plus petite maintenant que le trafiquant s’y était installé. L’éléphant avait fouillé sous son siège et en avait sortit un chapeau en toile, munis de rebord, qu’il lança au coyote. Après lui avoir lancé un regard, il pris en main le chapeau pour l’enfoncer sur sa tête  - Tentative maladroite pour cacher son identité aux yeux d’autres combattants. La voiture en question n’avait pas de toit, aussi le vent d’en face y amenait-il tout le sable et toute la poussière possible, s’étalant au passage sur le conducteur, aussi bien que sur les passagers. De larges sillons, étalés sur toute la largeur de la piste, indiquaient le passage simultanée d’une conséquente quantité de véhicule. Bientôt, on pu voir, au loin, un large convoi : Des véhicules du même acabit se mêlait aux camionnettes, transportant parfois sur leurs dos des tourelles. Tout cette chaîne semblait crouler sous les Mobiens. Abu Hamifa, l’unificateur cagoulé, était parti en guerre, et y avait mis les moyens.

- Et encore, ajouta Gakumba, on m’a dit tout à l’heure que le gros des troupes de choc sont déjà aux alentours d’Amanga.

Sur le côté, passa ce qui restait du royaume d’Ezembi. Les ruines étaient maintenant peuplés de mercenaires, qui saluèrent le convoi en tirant de leur MO-47 dans les airs. Armadillio les vit faire, le regard dans le vide. À son premier passage, ce semblant de ville était déjà bien peu de chose : Maintenant, il n’en restait plus rien. Les soldats d’Hamifa semblaient pris de rage, et détruisait tout ce qui restait à coup de pelle, à coup de marteau, brisait les barrières à coup de machette, dont les lames brillaient au soleil avant de s’abattre avec fureur. Cet outil, qui avait été un temps un moyen de subsistance pour les Mobiens réduit en esclavage, puis sous la colonisation, et, enfin, sous la dictature, ne conservait plus rien de son caractère réducteur. Au contraire, il était devenu, dans ce champ de carcasses brûlées, le symbole de la victoire sur l’oppression.

Amanga apparu en fin de journée, se signalant par une abondante fumée au milieu des groupes d’arbres l’entourant. Des bruits de tirs indiquèrent au coyote que les combats y avaient toujours lieu. Gakumba arrêta la voiture sur le bas côté de la piste, avant de se lever, s’étirer, un fusil posé sur sa bedaine.

- Bon. Plus une minute à perdre, dit l’éléphant en marchant à grand pas en direction de la ville.

Le bitume de la route d’Amanga croulait sous les traces des conflits. Sous l’essence des véhicules retournés, sous le sang de ses occupants morts. Le coyote vit, étalé sur les sol, les corps de mercenaires, mais aussi ceux des soldats du Bunyoganda, équipé de leurs lourds casques de fabrication humaine, rendus à présent inutile.

- Attends ! cria le coyote.

Les soldats armèrent leur fusils. L’éléphant avait entendu Armadillio malgré les bruits de culasse, mais il fallut que celui-ci le tire par la veste pour qu’il lui accorde pleine attention.

- Si on sort sur la grande place, on va y aller frontalement... On devrait plutôt passer par là !

Il désigna du doigt un chemin qu’il connaissait, à force d’avoir si souvent visiteur en ces lieux. Gakumba opina avant de lui emboîter le pas. À l’approche de la ville, les bruits de tirs étaient incessant : Ils ne tardèrent pas à en connaître l’origine. Arrivé aux milieu des buissons, ils virent alors nombre de véhicules, arrêtés face au palais présidentiel, en plein milieu de la chaussée, lieu d’un large combat avec les soldats de la garde rapproché d’Impethu. Les échanges de tirs de mitrailleuse emportait des morceaux de murs, des casques, des pare-brises entiers, dans ce champ de bataille improvisé et bien trop petit pour les forces en présence. Le palais, au murs ornés d’impact, avait perdu tout ce qui lui restait de superbe. Un symbole tombait : La guerre lui avait arraché sa jalouse beauté. Le coyote secoua la tête, une main sur son fusil.

Mais avant qu’il ait pu dire quoique ce soit sur ce qu’il convenait de faire, les événements se pressèrent de lui répondre. La baie vitrée faisant face au parking explosa sous les coups d’un conséquent calibre. Le coyote compris que les troupes de M’baba avait décidé de sortir leur U-VSE. Une mitrailleuse lourde, de gros calibre, sensé tenir sur un véhicule pour être employé contre des appareils blindés. Or, il ne s’agissait pas d’une tourelle. Une large silhouette brisa la vitre, diffusant à la seule force de ses bras un conséquent déluge de plomb. La mitrailleuse balaya la cour, tuant sur le coup un grand nombre d’assaillants, faisant reculer d’autres. Le but poursuivi était atteint : la silhouette, que le coyote avait du mal à distinguer entre les feuilles tombantes des buissons bordant le palais, profita de cette fenêtre pour partir en courrant dans la forêt. Le coyote eut juste le temps de reconnaître la forme massive d’Astérion. Le taureau courru à toute rompre, ses cornes arrachant au passage tout obstacle inventé par la nature, arbrisseau, branche, terre.

- Bon sang, dit l’éléphant en levant son fusil pour tirer dans la direction de l’agent du GUN fugitif. Il avait quelqu’un sur son épaule. Kwarno… Kwarno ? Hé !

Ayant aperçu une possible une ouverture, le coyote s’était précipité à l’assaut de la barrière de béton entourant le bâtiment. Elle avait été partiellement détruite, ce qui lui permettait de l’enjamber. Il retomba de l’autre côté, arrivant juste sous les fenêtres du palais. Il connaissait une autre entrée, et les combattants restant limité à la cour extérieure du palais, les environs étaient vide. Parcourant le mur, au travers des vitres duquel il vit qu’une troupe de soldat Bunyogandais tentait une sortie, redonnant une nouvelle force aux bruits de fusillade. Il contourna une statue délestée de sa tête, et finit par arriver vers une autre cour, protégée, placée en hauteur au-dessus du lac Nicole, étendue d’eau verdâtre, témoin calme du changement de pouvoir s’opérant à ses abords. Il monta les escaliers de pierre, avant de casser, d’un coup de crosse, la porte vitrée.

- PV4 ? cria-t-il à tout hasard.

Pas de réponse. Il se dépêcha d’entrer dans le palais, vit le salon, où, une poignée de jours plus tôt, il s’était étendu, un verre à la main, à discuter avec le Général de leurs succès futur et imaginaires. Les nombreuses fenêtres, brisés par les balles ou par la puissance d’une explosion, avait répandu leurs bris partout. Le fauteuil lui-même portait des traces de lutte. Marchant le dos courbé pour ne pas être victime d’une balle perdue, le coyote se dirigea en direction des escaliers. Il vit alors, dans la pièce d’en face tapissé d’un carrelage rose, une silhouette bouger.

- Qu’est-ce que vous faites là, vous ?

C’était le majordome. Le chimpanzé, dénommé Sam si les souvenirs d’Armadillio était exact, referma le frigo, son pistolet pointé dans la direction du trafiquant. Il l’avait visiblement reconnu malgré sa casquette. Le coyote leva les mains.

- Attendez, je cherche mon associé, le cygne !

- Pas vu, dit le chimpanzé. Le maître des lieux est mort, partez, vite !

- Impethu est mort ?

- Vous n’êtes pas au courant ?

Sam hocha de la tête, et baissa son pistolet.

- Hamifa me doit une fière chandelle pour ça, dit-il en rouvrant la porte du frigo.

- Pardon ?...

- Normalement, il voudrait également nous voir capturer, mort ou vif, le “pourvoyeur de mort”, comme il vous appelle. Mais bon - la courtoisie dont vous avez toujours fait preuve me fait penser que vous méritez que je ferme les yeux sur votre apparition tardive.

- Vous êtes avec le… cagoule, là ? hésita-t-il en faisant un signe censé être évocateur, au niveau de son visage.

Le chimpanzé prit un morceau de pastèque, et jeta un oeil en direction du couloir. Le coyote clignait bêtement des yeux. Il se reprit. La porte principale avait été comblé avec un meuble par un des derniers soldats en vie, qui s’était sans doute enfui après avoir laissé cet barricade improvisé rebondir sous les coups des assaillants tentant de casser la porte.

- Si vous ne partez pas maintenant par la porte de derrière, ça va être difficile de les retenir.

- Il doit être à l’étage, dit-il en courant en direction des escaliers.

- Comme vous voulez, dit Sam en retournant à la cuisine.

Le coyote arriva à l’étage, courut en direction de la chambre où avait été enfermé son associé. Il ouvrit la porte brusquement, pour constater que la pièce avait été vidé. Il retourna dans le couloir, marcha quelques instants en appelant le cygne. L’une des porte était entrouverte. Au-dehors, les bruits des fusils s’étaient drastiquement réduit : Les hommes d’Hamifa allaient bientôt entrer dans le palais. Il ouvrit la porte, et reconnut avec surprise le gros Mobien allongé presque nu sur son lit à baldaquin.
Des draps blancs recouvrant son lit, et de son ventre, perlait du sang, s’écoulant sur le parquet impeccable de la chambre à coucher. Le Général, Impethu M’baba de son vrai nom, était étalé là, le regard vide, un fume-cigarette vide dans sa main, sa fenêtre donnant une vue imprenable sur le lac et la nature l’environnant. Le coyote cracha sur le sol. Finalement, l’ex-chef d’état du Bunyoganda avait réussi le tour de force de mourrir dans son lit, lui qui s’imaginait déjà libérer toute la Mazuri. Armadillio secoua la tête avec dédain, avant de refermer la porte. Furieux, il ne pu empêcher de laisser s’écouler, entre ses dents serrés, un court épitaphe, sous la forme d’une insulte.

Son compte était réglé. Néanmoins, la question demeurait : Où était donc passé le cygne ? Il parcouru en long et en large le couloir, finit par conclure qu’il n’était pas ici, et se frappa le front de la paume de sa main. Astérion ne s’était peut-être pas enfui tout seul. Lui et les gardes avaient peut-être emporté avec eux leur otage. Il s’apprêta à descendre les escaliers, lorsqu’une voix parvint d’en-bas.

- AH ! IL EN RESTE LÀ-HAUT !

Le coyote se retourna brusquement pour remonter à l’étage. Il trébucha, évitant de peu les tirs des assaillants traversant les marches. Les entendant monter à l’assaut, son sang ne fit qu’un tour. Il ouvrit au pas de course la porte de la chambe du Général, ouvrit la fenêtre, et, après un dernier regard en arrière, sauta.


Bratata !
Thème d'Armadillio


Dernière édition par Armadillio Finstev le Ven 22 Sep - 2:22, édité 2 fois
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MessageSujet: Re: MO-47 [Réservé]   Jeu 21 Sep - 23:59

Le lac Nicole. Il fallait remonter des siècles plus tôt pour comprendre pourquoi cette bête étendue d’eau s’est retrouvé affublé d’un nom semblable. À dire vrai, aucun historien du continent humain n’en connaissait la raison. Du temps de la colonisation humaine, le lac portait déjà ce patronyme Mobotropolitain. De toute évidence, après d’âpre lutte, un conquérant était venu aux abord de ce lac. Le Bunyoganda lui-même n’existait pas en ce temps-là : Ce n’était qu’un lac au milieu d’une forêt, mais il se devait d’être baptisé, afin que le conquérant puisse l’accrocher à son tableau de chasse mémoriel, afin d’honorer la reine l’ayant envoyé. Qu’est-ce qui nomme les choses ? Qui nommerait les événements amènenant à la destitution post-mortem du dictateur Bunyogandais ? Ferait-il rentrer dans l’histoire les dizaines et les dizaines de cadavres, allongé au milieu des traces de lutte, tout aux alentours d’Amanga ? Personne n’aurait pu le dire. Tout au plus pouvait-on constater que l’épicentre de la Vallée des Mercenaires avait été forcé de se déplacer de plusieurs centaine de kilomètre vers le nord. Mouvement appréciable, mais dont les architectes disparaîtraient bientôt, coulant au fond des abîmes de l’oubli.

L’eau du lac Nicole, dans lequel avait plongé le coyote, était tiède et remplie de boue. Il remonta à la surface en crachant, et agita les bras, pour nager à tout allure en direction de la berge. La chute avait été de plusieurs mètres. Mal tombé, il avait mal au torse, mais pouvait déjà s’avérer heureux d’être mal tombé dans de l’eau. Nageant le plus vite possible, il finit par mettre le pied sur la berge d’en face, secoua ses poils plein d’eau et agita le pistolet, espérant que la charge des balles n’ait pas été atteinte. Il monta la petite pente en direction de la forêt.

Dans cette atmosphère ombragée, les tirs semblaient provenir de loin. Il écarta les branches des arbres, tenta d’y voir quelque chose malgré la végétation dense. Soudain, il vit, au loin, un paquet de fougère arraché sur le passage. S’en approchant, il vit alors les traces de végétations écrasé, semblant presque former une route. Pas de doute, c’était par là que le massif taureau était passé. Armadillio se dépêcha de suivre cette piste. Il accélèra le pas, à bout de souffle, traversant la forêt. Au loin, des tirs en direction du ciel indiquait que les hommes d’Hamifa avait pu prendre le palais, et avait trouver le gorille mort. Il fit une courte pause pour souffler, puis s’apprêta à repartir. C’est alors qu’il entendit le cliquetis d’un pistolet chargé. Il s’immobilisa. Cela venait de derrière lui. Il osa un coup d’oeil, les mains levés.

- Tu sais, tu mériterais que je tire.

Le coyote se retourna, pour voir venir celui qu’il cherchait. Le cygne, caché entre deux souches d’arbres, se leva, méconnaissable. Il était recouvert de terre et de sang caillé. Il avait l’air furieux, et tournait vers lui un bec vindicatif, alors que le coyote, les bras ouvert, remerciait le ciel, comme si seul le soleil pouvait, à ce moment précis, rayonner davantage que son soulagement.

- “Tout ira bien, tu seras retenu dans des conditions super, gnagnagna”... Je t’en foutrais, dit-il en lui donnant un coup de pied. Et en option on m’a rien donné à manger depuis deux jours !

Le cygne baissa les bras dans un signe d’épuisement, avant de relever la main.

- Ah ! Et, bien sûr, petit détail mais pas des moindres, pour agrémenter le séjour, des rebels ont attaqué à l’arme lourde la foutue de villa. Non vraiment, Kwarno Soletine, dit-il en faisant des grands gestes, tu m’en dois une.

- Une, oui, dit le coyote en lui tappant sur les épaule, deux, même, ce que tu veux, mon ami.

- “Mon ami”, oui - je peux être tranquille ! avec un ami comme celui-là, pas besoin d’ennemi...

PV4 soupira, et s’assit contre un tronc.

- J’ai réussit tout de même à sortir de la maison la nuit dernière. J’ai compris que quelque chose n’allait pas quand j’ai entendu crier les soldats. Apparement il s’agissait de faire entrer un maximum d’affaire dans un convoi.

- Un convoi ?

- Ouais. J’ai réussit à descendre par la fenêtre en prenant appui sur le balcon d’en-bas, puis je suis allé me cacher dans la forêt. Mais, en regardant par une fenêtre, tu sais, ces fenêtre sur le côté de la maison, j’ai vu qu’il essayait de faire entrer un piano, mais aussi une espèce de gros coffre-fort. Impethu était genre, là, en chemise de nuit, a tapper sur tous ceux qui passait. Le coffre-fort était tombé et s’était renversé… Enfin, de ce que j’ai pu voir, les lingots n’y sont plus.

- Ah, tu parles de l’or qu’Impethu avait promis ? Mouais, dit le coyote, pensif. C’est un peu tard pour s’en occuper.

- Tu penses qu’on pourrait les retrouver et les poursuivre ? Ils ont pris la route, direction Sand Ocean.

- ça, ça veut sans doute dire que les lingots vont revenir à leur envoyeur, quelque part dans une banque de Grand Metropolis, j’imagine.

- Ah ? Et… Pourquoi ça ? demanda le cygne, en époussetant son t-shirt plein de terre.

- Le grand Général était une marionnette. Celui qui tirait toutes les ficelles, c’était un agent du GUN, un certain Astérion. Son garde personnel.

- M’baba, une marionnette du GUN ? Mais où tu…?

- D’ailleurs en parlant d’Astérion, tu l’aurais pas croisé, celui-là ?

- Le garde personnelle... Je l’ai vu passé y a un moment, dit le cygne. Il courrait en direction de la forêt, un gros sac sur son dos. Drôle de garde.

- N’est-ce pas ?

Le coyote, suivit du cygne, se dirigea de la façon à s’éloigner le plus possible du palais, en montant sur une butte au sein de la forêt. Il tendit l’oreille.

- Tu entends ça ?

- De quoi ?

Au loin, semblait résonner un bruit sourd, découpant l’air. Il semblait s’approcher.

- Un hélicoptère, dit le coyote.

Ils marchèrent encore un peu, hésitant entre rester à couvert et trouver l’origine du bruit. Le coyote se baissa pour passer sous la large et lourde branche d’un karité. Il écarta les tiges des hautes herbes, apercevant du monde, là-bas en bas.
En montant au travers de la forêt, il était arrivé en amont d’une large clairière, entouré d’arbre abattu, visiblement créé par l’un des nombreux exercice militaire du maintenant décédé Général. L’hélicoptère s’était stabilisé, et descendait. Le coyote se retourna pour voir si le cygne suivait.

- PV4 ?

Il se retourna, jeta un oeil, pour le voir à une dizaine de mètre de là, regardant, la main en visière au-dessus des yeux, en direction de l’autre côté du lac.

- Tu les as vu ?

Le coyote plissa les yeux. Il lui sembla voir quelques buisson bouger, mais rien de plus. Puis, soudain, des Mobiens en sortirent. Ils ne ressemblaient ni à des soldats, ni à des mercenaires. À moitié nu, portaient des pagnes. Le coyote cru même distingué des peintures de guerre, sur le visage de ce qui semblait être des lions.

- Ils sont armés. Il y en a un qui a un lance-roquette…

- J’ai vu, répondit le coyote. C’est curieux on croirait voir des Baguos.

- Des Baguos ?

- Oui, dit le coyote. C’est une population de Mobiens vivant au milieu des forêts, et ceux-ci s’étaient installé pas loin du palais d’Impethu. Il les méprisait, mais il avait réussit à maintenir la paix avec eux. Je leur ai vendu des armes, une fois. Ceux-là ne doivent pas encore savoir ce qui s’est passé, quoique, avec tout ce bruit… Bon, tu v...

Une voix, amplifié par un mégaphone, résonna fortement, semblant faire trembler la clairière. PV4 tourna la tête.

- ALORS ? OÙ EST VOTRE CHEF ?

- C’est qui ça ? demanda le cygne.

- Je connais cette voix, dit le coyote, le coeur battant. Dépêche.

Armadillio tira vers lui le cygne pour s’en revenir à l’hélicoptère. Celui-ci volait toujours, immobile dans les airs, à une altitude moindre. Ses pales faisait voler en tornade les branches et les brins d’herbe, agitait les arbres l’aurait fait une petite tempête. Mais ce qui attira le regard du trafiquant et de son associé, c’est ce qui était en-dessous. Au beau milieu des troncs abattu, avait été stationné, et mal camouflé, deux véhicules. Le premier était une jeep dans un état déplorable, et le second, un camion à l’allure familière. À leur côtés, leurs armes dressés en direction du ciel, se tenait un tatou, une jeune lycaon, talonné par un loup blessé à l’épaule. PV3, Zulaïka, Ishmaël. Le reste de l’équipe était en vie. Le coyote
leur aurait bien crier qu’il était là ; Mais l’individu, penché depuis l’ouverture de l’hélicoptère, l’en empêchait. Cet individu, n’était personne d’autre qu’Abu Hamifa.

- OÙ EST-IL ? VOTRE COYOTE DE CHEF !

- On en a pas la moindre idée, répondit le tatou d’une voix forte. Probablement tué au combat !

- CA M’ÉTONNERAIT, dit l’encagoulé. CERTAINS DE MES HOMMES L’AURAIENT APERCU AUX ALENTOURS DU PALAIS !

- Impossible ! cria Ishmaël.

Le coyote assisstait à la scène ébahi. Le cygne vint lui murmurer à l’oreille.

- C-C’est qui ce mec ?

Le coyote tourna la tête vers PV4. Il ne l’avait jamais vu,

- C’est celui qui a dirigé l’attaque sur le palais. Abu Hamifa…

- Y veut ta peau ?

- BON, EH BIEN DANS CE CAS, VOUS NE ME SERVEZ PLUS À RIEN !

Le coyote ne réfléchit pas. Voyant la mitrailleuse présente dans l’hélicoptère, il n’avait pas besoin de la voir en action pour comprendre ce que s’apprêtait à faire Hamifa. Arrivant en courrant au milieu de la plaine, suivit du cygne, hésitant, il mit les mains des deux côtés de son museau et hurla de toute ses forces.

- JE SUIS LÀ, CAGOULE !

Abu le chercha du regard, et, le vit. Un large sourir se dessina sur sa bouche édentée. Il ordonna à ce que l’hélicoptère s’approche du coyote, qui, le pistolet tiré et en joue, s’attendait à tout. Il jeta un regard en direction du camion. Ses associés avait tourné vers lui des yeux exorbités.

- Tant mieux. Tiens, dit-il en tendant quelque chose en direction du coyote. Sam m’a dit, c’est ce qu’Impethu t’avais demandé de chercher ?

Armadillio plissa les yeux, et finit par distinguer l’objet. Il s’agissait d’un long bras gris recouvert de sang, au bout duquel se balançait une main recouverte de bague.

- La main du roi, dit-il dans un souffle.

- Qu’ont-ils de si “surnaturel”, ces symboles de l’oppression ?

Abu agita la main. Des gouttes de sang et des bagues tombèrent, avant qu’Hamifa ne jette le membre mort lui-même sur le sol de la clairière.

- C’était personnel. D’un côté, Ezembi était une des pires enflures que la terre ait jamais porté, expliqua l’encagoulé. En laissant des agents de l’Empire Eggman tester une version de leur robotiseur sur des villages entiers non loin de la Vallée, mais aussi et surtout parce qu’il était par essence un souverain allumé, sans la moindre once de moral, ou même d’honneur... Il fallait faire un exemple. Toutes ces petites breloques... Elles auraient eut un pouvoir sur les membres des vingts tribus. Ni toi ni Impethu ne le savait, mais ces tribus n’existaient plus.

Il cracha.

- Celles qui n’ont pas servi de cobaye et qui ne sont pas morte en défendant ce roi maudit nous ont rejoint. Du sang a coulé, oui, avant que nos routes ne se recroisent à nouveau !

Il croisa les bras.

- Alors, j’imagine que tu as eut le temps de réfléchir ?

- Réfléchir à quoi ? demanda le coyote avec véhémence.

Il regardait celui qui avait mis en danger toute son organisation, sentant son doigt se retenir d’appuyer sur la gâchette.

- Eh bien, deux choix s’offre à toi, dès à présent, pourvoyeur de mort.

Le cygne aurait bien voulu avoir une arme. Il avala avec difficulté. La mitrailleuse, derrière laquelle s’affairait un autre Mobien portant une cagoule, semblait vraiment très proche.

- Tu es le rouage essentiel de toutes les guerres qui divisent ce continent. Bien plus que n’importe quel marionnette, que n’importe quel roi, tu es mon ennemi naturel. Et cela sera toujours le cas tant que vous vous ferez de l’argent, en bon vautour que vous êtes, toi et tes acolytes, sur les montagnes de cadavres produites par vos foutus fusils de coyote, ces MO-47 de malheur.

- Ces MO-47 de malheur ? s’interposa PV4. Il me semble pourtant que vos soldats n’ont pas libéré le palais à l’aide de pierre et de bâton ?

- Non, en effet, oiseau, dit l’encagoulé en riant. Il aura bien fallu qu’un jour le vent que vous aviez semé vous explose au visage. Plus d’Impethu ! La Mazuri ne pourra que s’en porter mieux. Je sais ce qu’est une arme. Et je sais reconnaître un Mobien-clé. Kwarno Soletine, dit-il en s’adressant au coyote, si tu l’acceptes, je te donnerai le moyen d’exercer ton art de déstabilisation sur bien d’autres territoires.

- Mon art de déstabilisation ? Étrange langage pour un unificateur, répliqua le coyote.

- La prise d’Amanga et du Bunyoganda n’est que le début d’une large entreprise. Les forces que nous devrons alors affronter, si elles restent fortes et unis, dans le vernis pourris des anciennes alliances, seront bien difficile à vaincre. Alors, il va nous falloir détruire.

L’encagoulé hocha de la tête. Tout les brins d’herbes semblaient agités au sol comme s’ils s’agissaient de serpent, du fait de l’hélicoptère.

- Détruire, détruire, détruire. Pour reconstruire un monde nouveau. Tu es un outil essentiel, Trafiquant. Mais si tu n’es pas avec moi, tu seras contre moi.

Le coyote compris alors là où Abu voulait en venir. Il regarda les membres de son équipe, qui s’était rapproché pour faire bloc.

- Aussi, deux choix s’offre à toi. Soit mon hélicoptère se pose, tu montes et décide de commencer à remplir le véritable rôle que t’as donné le messager, le pouvoir par la rédemption, soit, la mitrailleuse se chargera de te rendre à la terre pleine de boue et du sang qui t’as fait monstre. Alors ? te joins-tu à moi ?

Le coyote avait la mâchoire serrée. Travailler sous les ordres d’Hamifa ? Cela pouvait être une possibilité, bien qu’il ne misait absolument rien sur la réussite de son entreprise. Cependant, en regardant le tatou cracher par terre à ses côtés, il se souvint d’un détail, presque oublié au cours de cette journée infernale, n’ayant pourtant rien d’anodin.

- Et mon équipe ? Tu as essayé de tuer deux des miens à Central City et en Spagonia, pourquoi, s’ils peuvent nous aider dans ta… “déstabilisation” ?

- Je t’ai promis la rédemption, Kwarno, mais ne crois pas qu’il en sera de même pour tes sous-fifres. En effet, je veux le Mobien seul. Le messager le disait lui-même : Vivre, c’est renoncer. Et si tu veux me suivre, renonce au tiens, car ce sera avec toi, et seulement toi, que je veux fomenter un pacte. Pense aux richesses qui t’attendent si tu sais faire le bon choix. À moins que tu ne souhaites mourir ici, dans cette clairière, avec eux ?

L’encagoulé se mit à rire.

- J’ai du mal à croire que nous ayons cette discussion. Toi ? Avoir quelque scrupule à te passer de tes pions ? Allons, nous savons tout les deux qu’ils n’ont aucune importance à tes yeux. Qu’est-ce que cela cache ?

Le coyote compris alors que, quoiqu’il arrive, ces associés serait sacrifiés. Devant ses yeux apparu alors la silhouette de Rizwan, celle d’Ignacio. Ses associés le regardaient tous. Il les balaya du regard sans hésiter. Jamais.

Il enleva la sécurité de son pistolet.

- Je ne les abandonnerai pas... Jamais.

L’encagoulé paru surpris de la réponse. Il avait vu dans le coyote un être sans valeurs, uniquement attiré par l’appât du gain. Et cela aurait pu être vrai si le coyote n’avait pas eut une conscience. Son oeil droit se mit à le brûler.

- Bon… ! Dommage, mais puisque cela doit se terminer ainsi… Mitrailleuse.

Abu Hamifa se retourna et disparu dans l’hélicoptère. L’artilleur placé derrière l’arme tira sur levier de retour de l’arme, qui claqua avec un bruit sinistre, engageant une des nombreuses balles du collier cuivré dépassant de la mitrailleuse. Autant de balles faites pour transpercer les chaires et les êtres. La sinistre ironie d’être tué par son propre matériel était sans doute inévitable pour un trafiquant. Même pour un trafiquant sur les épaules duquel était posé quatres paires de mains. Même pour un Mobien qui ne mourrai pas seul.

- Wahadiiya…

Soudain, une voix domina le silence en attente d’un déluge.

- Les Baguos !

***

Un déluge de balle provenant de la forêt s’abattit sur la carlingue de l’hélicoptère, tuant l’artilleur sur le coup. Le bruit sourd d’un missile se fit entendre, pendant que son ogive frôlait l’hélicoptère de peu. Le coyote tourna la tête en direction de la forêt, pour voir en sortir nombre de Mobiens armé, portant des peintures de guerre. PV4 hurla.

- Les Baguos !

Ils tiraient à vue sur l’hélicoptère, équipés de matériel hétéroclite. L’hélicoptère d’Hamifa fut obligé de prendre de l'altitude, avant de fuir au-dessus du palais. Le cygne se retourna, constatant que d’autres bruits de balles provenaient également des hauteurs du lac Nicole. Ishmaël les montra du doigts.

- Ils essayent de reprendre le palais ! Kwarno, qu’est-ce qu’on fait ? Woh !

Une rafale vint traverser les hautes herbes, les obligeant à courir tête baissé en direction des véhicules. Zulaika se précipita à l’avant du camion, talonné par le loup.

- On se casse, oui ! Plus aucune raison de rester là, dit le coyote en courrant vers la jeep. PV3, PV4, avec moi, tout le monde, on se barre, et loin de ce merdier !

- Je conduis, dit le tatou en arrivant dans l’habitacle.

Armadillio sauta sur le siège passager, tandis que le cygne s’était déjà jeté sur la plage arrière. Le convoi démarra à toute allure, dépassant bien vite la terre de la forêt pour rejoindre le bitume de la route d’Amanga. Sous le feux des fusils, le tatou décida de couper par la forêt, au milieu d’une piste étroite entourées d’arbre. Décision plutôt aventureuse. Le camion, portant déjà de nombreux impact de balle, y perdit un rétroviseur. Les véhicules semblaient rebondir sur ce chemin cahoteux. Enfin, ils arrivèrent à nouveau sur une colline, la montèrent en poussant leur moteur dans leur derniers retranchements, pour arriver sur une piste de terre battue, qui leur permettrait de rejoindre les localités de l’ouest, jusqu’au autoroutes menant à Ishede. À mi-chemin les attendait un camion-planque, propriété personnel de PV3, aménagé en cas de pépin.

Ils étaient tiré d’affaire. Le tatou et le cygne parlaient, plaisantaient. Mais le coyote ne les entendait pas. Ce sentiment si difficilement descriptible, qui l’avait tenu après la mort de Rizwan, ne l’avait pas lâché. Pire, il semblait peser de plus en plus lourd. Oh, certes, c’était bien le lycaon qui avait décidé de courir vers lui, avant de se faire sectionner la jambe par la jeep renversé. Son sang perlait encore sur la vitre en morceaux. Le tatou racontait ce qui s’était passé : Ils avaient, lui et Ishmaël, tourné un moment après avoir traversé des unités, appartenant, de toute évidence, à Abu Hamifa, alors en pleine confrontation avec ce qu’il restait des troupes du Roi Ezembi. Ils étaient revenu sur place, avaient retrouvé la jeep, la jambe de Rizwan. Le coyote expliqua alors comment il avait tenté de s’en sortir. Auraient-ils pu tous se retrouver plus tôt ? Le coyote reçu la confirmation que c’était impossible, les troupes d’Ezembi s’étant alors étendu tout le long de la voie de chemin de fer. Armadillio ne fit pas l’impasse sur le tunnel, et sur ce qu’il vit au-delà de celui-ci.

Mais il expliquait cela en s’entendant parler. Il était ailleurs. Le coyote pensait à Zulaika. À un moment où à un autre, elle allait sans doute lui demander qu’est-ce qui s’était passé. Les trois membres survivants de l’équipage avait directement eut l’idée, en voyant la jambe du lycaon, que celui-ci était déjà mort. Mais sans doute sa soeur avait-elle gardé un espoir. Oserait-il parler avec elle ? La culpabilité provenait moins de la mort de Rizwan elle-même que de tout ce qui s’était passé jusque là. Une fois l’euphorie passé, il savait que son équipe s’en rendrait compte. C’était lui qui avait décidé de les mettre dans cette situation, en acceptant une mission qui n’en était pas une. C’était lui qui avait précipité toute cette situation anarchique, en encourageant Impethu à se préparer à une guerre avec son voisin. Lui qui avait forcé le cygne, encore jeune et inexpérimenté, à rester enfermé plusieurs jours de suite, jusqu’à risquer même sa vie. Tout était entièrement de sa faute.

- Tu penses à quoi ? Demanda PV4 en posant une main sur son épaule. Tu ne dis rien depuis un moment.

- Oh, je… Je me demandais, comment tu avais trouvé la Mazuri ?

Le cygne secoua la tête.

- Nul ! Nul à chier, dit-il en riant. C’était horrible et je ne suis pas prêt de vouloir y remettre les pieds.

- Je comprend. Tu sais quoi ? demanda le coyote. Moi non plus. Retournons à Grand Metropolis.

- À Grand Metropolis ? Demanda le cygne.

- Ouais. Je me souviens de ce dont tu m’avais parlé, là, ton commerce de… De vitrage ? Bref. Je dois me faire pardonner. Tiens.

Il ouvrit sa ceinture pour y prendre le sac de tissus qui y était solidement accroché. Le cygne mit la main pour en sortir des pierres brillantes.

- C’est des diamants. On devrait pouvoir trouver un type qui nous les achètera, dit le coyote.

Le cygne les regarda longuement, et hocha de la tête.

- Très bien ! Comme tu veux…

Le coyote regarda sur le côté, et ouvrit la vitre pour profiter un peu de l’air nocturne. Oui, il aurait encore beaucoup à faire pour alléger ce poid. Il jeta un oeil, et vit une silhouette bouger, au loin.

- Tu as vu...

Le missile, tiré par l’un des combattants des unités Baguos resté à l’arrière, fondit sur la jeep, atteignant la portière derrière laquelle le coyote était assis. Le véhicule se retourna sous le choc, tandis que le camion s’arrêtait net à l’avant.

***

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- Retenez bien son nom : “Balaje Arpad”, un hérisson d’un âge avancé, qui a été retrouvé et identifié par des sauveteurs, dans les ruines de la cathédrale du petit village non loin de Spagonia. Poursuivit après avoir revendu de nombreux stock d’armes chimique à des groupes terroristes, c’est, ce matin, la mort d’un trafiquant d’arme connu par de nombreux services autour de la planète qui a été résoluement confirmé. L’ONG Peacemaker s’est d’ailleurs fendu d’un communiqué à son égard sur son site dreamnet.

- Revenons maintenant donc, sans transition sur l’incident ayant eut lieu tôt ce matin : L’explosion d’un barrage en amont d’un village en périphérie de Tchistilichtche a fait plusieurs morts et une centaine de blessés. Sur ces images, particulièrement impressionnante, on peut voir que même la cathédrale du village n’a pas résisté au choc et s’est effondré. Les villageois ont pu dans leur grande majorité se réfugier sur les collines environnante. Un prêtre, qui n’a pas souhaité
communiquer son nom, a été interrogé par nos envoyés sur place (...)

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FIN


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